Discernement

Ecoutons-nous nos sensations corporelles ?

Quand nous y prêtons attention, nos tripes, nos émotions et notre corps peuvent nous informer en partie sur la nature de l’intention, bienveillante ou calculée, de nos interlocuteurs. Par exemple, être tendu, avoir mal au ventre, mal dormir. Prenons-nous en compte ces réactions corporelles spontanées ? Sentons-nous si nous sommes apaisés ou stressés, l’esprit clair ou confus, si notre corps se plaint ou non ? Notre corps et nos émotions peuvent être de bons alliés, ils déjouent les circuits de notre cerveau pour venir nous informer directement du déséquilibre de notre environnement. Mais nous avons aussi besoin d’éléments tangibles et réels.

Dans une relation virtuelle, l’absence de contact physique et de ressenti direct en présence de notre interlocuteur rend impossible l’usage de nos sensations physiques, même si notre corps réagit. Nous ne pourrons jamais avoir de certitude dans une telle relation. Dans ce cas-là, nous devons faire appel à notre intuition et notre logique.

Nos décisions cartésiennes ont-elles une part intuitive ?

Mon fils me dit que l’intuition n’existe pas. Quelle drôle d’affirmation ! Mon approche serait plutôt de comprendre sa nature profonde plutôt que de questionner son existence.

Si nos intuitions nous donnent des idées, les germes de ces pensées ont pu être plantés dans notre cerveau. Notre intuition ne s’appuie que sur ce que nous connaissons déjà du monde. Pouvons-nous avoir l’intuition qu’une plante nous soignera, si nous n’avons jamais entendu parler de cette plante, ne l’avons jamais vue, ni jamais touchée ? Notre intuition seule n’est pas une source fiable de détection, ou non, de manipulation ou d’influence toxique, juste un indicateur dont les informations demandent à être vérifiées.

L’intuition pourrait-elle être le résultat d’une réflexion spontanée de notre cerveau qui aurait traité des informations
sans que le raisonnement ne soit encore arrivé à notre conscience ?

Nous parlons de logique dans nos prises de décisions, les experts en management se rendent pourtant compte que le déclic pour pencher dans une direction ou l’autre est presque toujours intuitif et émotionnel.

La part émotionnelle dans nos décisions.

De nombreux outils et techniques existent pour apprendre à communiquer, nous aider à vivre nos relations et prendre nos décisions avec nos émotions. Si l’essence de tous ces outils était expliquée très simplement, nous pourrions mieux les intégrer comme une aide précieuse dans nos interactions tout en gardant de la spontanéité.

Parmi eux, la méditation pleine conscience ou d’autres techniques relaxantes peuvent nous aider à nous calmer et éloigner une influence. Elles peuvent nous permettre de calmer nos émotions, sans jugement. Prendre du recul. Elles peuvent nous aider à prendre des décisions, à ressentir ce qui est juste et nous apaise, sans nous laisser déborder par une émotion intense et éphémère, en réaction à une situation immédiate frustrante. Utilisons-nous des méthodes qui nous aident à nous calmer et à discerner ce qui est bon pour nous ?

Mon expérience personnelle de toutes ces méthodes est extrêmement positive. Je connais de nombreuses personnes qui les utilisent régulièrement et en mesurent les effets dans leur vie. Pourtant, ces méthodes sont, la plupart du temps, décrites comme des pseudo-sciences, avec des effets peu concluants, voire dangereux, et minimisées en disant qu’aucune étude sérieuse n’a démontré leurs effets. Pourquoi ? La collectivité et le monde scientifique n’ont-ils pas encore fait assez d’études sérieuses sur des techniques formidables, opérantes et peu coûteuses ? Qui finance les études ? Qui bénéficie de la dénigration de ces méthodes ? Voulons-nous prouver, grâce à des études scientifiques sérieuses le degré d’efficacité de ces techniques ?

Quels outils de communication connaissons-nous et utilisons-nous pour nous aider à prendre des décisions plus justes et sereines et avoir des relations plus apaisées et constructives ? Voulons-nous apprendre à mieux vivre avec nos émotions et apprendre à nos enfants à l’école à vivre avec les leurs ? Comment les parents qui ne connaissent pas leurs émotions pourraient-ils apprendre à leurs enfants à les traiter pour le meilleur ?

La procrastination ou « glandouille créative » a aussi son bon côté.

La procrastination est la tendance à remettre au lendemain, à ajourner et à temporiser. Or, plus nous attendons, plus le problème grossit et devient compliqué à résoudre. S’en rappeler peut aider à sortir de la procrastination. Mais la procrastination a aussi du bon, elle aurait été la méthode de nombreux intellectuels tels que Steve Jobs, Victor Hugo ou Léonard de Vinci car elle favorise l’émergence d’idées atypiques. Les Egyptiens de l’Antiquité pensaient que c’était le fait d’attendre le bon moment pour agir. Notre façon de réagir à un évènement ou d’utiliser un trait de caractère rend la situation constructive ou délétère.

Le discernement est la clé de notre autonomie.

Comment apprendre à avoir du jugement ? La base du discernement s’appuie sur la réponse à la question « Pour quoi ? » pour prendre des décisions qui ont du sens. Le but est d’arriver à prendre une décision :

  • Cohérente, avec une finalité, une raison d’être et des valeurs.
  • Discutée avec un pair pour tenter d’éliminer au maximum les biais cognitifs inconscients.
  • En conscience de nos émotions et de celles des personnes impactées.
  • Eclairées par un questionnement et une écoute de notre ressenti, en intégrant l’éthique et les aspects rationnels.
  • Juste, dans le sens de la justesse pour chacun.

Pour cela, nous pouvons prendre le problème dans tous les sens, sous tous ses angles et prendre en compte tous les aspects pour le juger de manière censée et intelligente. Certains aspects sont objectifs, personnes impactées, faits, enjeux, causes, contraintes, options, intérêts en jeux, ressources, conséquences. D’autres aspects sont subjectifs, perceptions, pensées, préoccupations, émotions.

Le discernement est la clé de notre autonomie.

Marie, une amie catholique engagée m’a appris le discernement Ignacien. Quand nous devons prendre une décision importante, nous pouvons commencer par déterminer les options suffisamment raisonnables que nous pouvons envisager concrètement. Puis nous vivons une journée, ou deux ou trois, en ayant choisi la première option et notons, à la fin de cette période, comment nous nous sentons. Nous choisissons ensuite la deuxième option, pendant le même nombre de jour, et notons comment nous nous sentons à la fin de la période. Nous faisons enfin notre bilan émotionnel. Il nous permet de ressentir l’option qui nous fait nous sentir le mieux.

Nous pouvons travailler pour améliorer notre capacité de discernement. Par exemple en nous renseignant sur un sujet que nous ne connaissons pas. Nous commencerons alors à comprendre qui est impacté, dans quels rôles, quels sont les intérêts des uns et des autres, quels sont les faits, les enjeux, les causes, les conséquences, les options, les contraintes, les promesses, nous nous poserons le plus de questions possibles et chercherons des réponses et des points de vue divergents. Nous utiliserons différentes sources d’informations et discuterons du sujet avec nos pairs pour nous forger une opinion personnelle.

Comment une victime peut-elle réagir face à la manipulation ?

Dans tous les cas, en tant que proie d’un abuseur, si nous ne sommes pas trop confus pour prendre une décision, nous devrions commencer par prendre conscience de ce que gagne le manipulateur dans l’échange. Une fois que nous arrivons à nommer l’intérêt du manipulateur, il est beaucoup plus facile de prendre du recul et nous éloigner de lui. Ensuite, nous devrions prendre conscience, avec beaucoup de bienveillance envers nous-même, de ce que nous gagnons, car si une partie de nous-même souffre terriblement, l’autre partie trouve un bénéfice secondaire à rester dans la relation abusive.

Encore une fois, la conscience nous permet de prendre du recul. Dans tous les cas, rester dans une relation toxique pour répondre à notre soif de nous sentir aimé est une grave erreur, car la relation est malsaine et ne peut pas nous donner de fondation solide sur le plan affectif. La confusion peut nous empêcher de passer à l’action, dans ce cas-là, il est indispensable d’accepter ou de demander de l’aide. Trois options s’offrent à nous.

Rester. Nous pouvons reconnaître que nous sommes manipulés, mais voir et accepter cet état car nous mesurons ce que nous apprenons, nous nous développons et prenons confiance en nous. Certains appellent cela de la manipulation positive. Nous pouvons aussi nous sentir contraint dans une situation tout en acceptant d’y rester à cause des bénéfices que nous y trouvons. Dans ces cas, nous avons besoin d’être clairs avec nous-mêmes pour agir en conscience. Ainsi, si notre choix nous conduit dans l’impasse, nous pourrons minimiser nos regrets ou nos remords.

Partir. Nous pouvons quitter la relation toxique, c’est la proposition de solution la plus répandue et sans doute la plus satisfaisante quand nous nous sentons diminué, insécurisé, déstabilisé, confus et angoissé. Une fois sorti de la relation toxique, sans aucune interaction avec l’abuseur, la confusion disparaît très rapidement. De nombreux psychologues conseillent de partir du jour au lendemain sans laisser d’adresse, ce n’est pas toujours facile à faire et cela dépend de l’intensité de l’abus.

Nous interroger régulièrement. Nous pouvons être conscient de l’emprise, sans pour autant nous sentir capable de faire face à une séparation. Le raisonnement peut être tronqué par notre situation. Mais, dans une relation de couple avec enfants, par exemple, nous pouvons choisir de rester quelques années, le temps que les enfants grandissent. Nous pouvons ne pas nous sentir capable de faire face, seul.e, à nos enfants pour les éduquer. Dans ce cas, des livres peuvent nous aider à réagir à l’abus dans chaque interaction pour limiter la casse, nous protéger au maximum et protéger les enfants. Ce faisant, par notre exemple, nous donnons à nos enfants une référence de vie de couple qui ne nous convient pas. Alors, nous pouvons nous interroger régulièrement pour savoir ce que nous nous sentons capable d’assumer et le rechoisir de période en période, nous pourrons ainsi minimiser nos regrets ou nos remords.

Si nous influencions notre cerveau pour construire nos rêves, que se passerait-il ?

Si nous apprenions à prendre du recul sur nos influences et voir le positif du présent en nous projetant positivement dans l’avenir, aurions-nous plus de chances de créer un monde dont nous sommes fiers ? Quand nous sommes souriants et plein d’élan, attirons-nous plus de monde prêt à nous aider que quand nous déprimons, sommes négatifs ou anxieux ? Le jour où nous décidons de partir à « l’îlovacances », nous voyons soudain et entendons partout des informations sur « l’îlovacances ». Quand nous avons une vision des choses, un centre d’intérêt, soudain notre cerveau met en avant tout ce qui nous donne des informations et confirme notre point de vue. Le monde a-t-il changé, ou est-ce uniquement notre cerveau qui a viré ? Quand nous parlons aux gens de ce sujet qui nous intéresse, ils nous apportent encore plus d’informations sur notre centre d’intérêt, en nous aidant à avancer dans notre projet. Voyons-nous un inconvénient à positiver avec pragmatisme et réalisme ? Si nous avions une vision positive de notre avenir commun, trouverions-nous plus de force pour surmonter échecs et épreuves, grandir ensemble et construire un monde plein de vie ?

Le premier pas est d’imaginer nos rêves, le deuxième est d’en parler, car plus nous en parlons, plus ils prennent chair et plus nous agissons pour qu’ils deviennent réalité. Dans le film « Demain[i] », des jeunes trentenaires partent explorer le monde pour découvrir les modèles d’organisations durables existants les plus abouties dans tous les domaines : agriculture, énergie, habitat, économie, éducation et démocratie. N’importe qui peut organiser une projection de ce film, voulons-nous montrer des informations qui nous inspirent, ce film ou d’autres supports ? C’est aussi en communiquant sur nos rêves de demain que nous construisons notre avenir.

Si les individus progressent, cela nous donne-t-il espoir que le monde puisse tendre vers la paix et l’équité pour le futur ? Croître en conscience et reconnaître notre sensibilité et nos besoins authentiques à titre individuel et collectif pourrait-il devenir un remède à la violence dans le monde ? Comment voulons-nous communiquer ? Avons-nous conscience du pouvoir des mots ?


[i] Demain – Film réalisé par Cyril Dion et Mélanie – 2015

Stratagèmes

Quelle est la stratégie du manipulateur ?

En apparence, il nous veut du bien et nous soutient, mais dans ses remarques et comportements, il nous fait douter de lui, de ses intentions, de nous. Avec lui, notre vie devient un cycle de périodes passées au paradis et en enfer. Il est subtil et insidieux et nous choisissons nous-même de le suivre, nous sommes sous emprise mentale.

la manipulation est connue depuis la nuit des temps.En 500 ans avant notre ère, Esope nous décrit déjà l’outil essentiel du manipulateur dans sa fable du Corbeau et du Renard : un corbeau vola un morceau de viande puis se percha sur un arbre. Un renard l’aperçut et voulut ce morceau de viande pour lui-même. Il se posta donc en bas de l’arbre et commença à le glorifier : « Que tu es beau et élégant, personne d’autre que toi n’a autant d’atouts pour être le roi des oiseaux. Si ta voix était aussi magnifique que ton apparence, tu serais déjà roi. » Flatté par ces propos, le corbeau voulut lui faire entendre ses vocalises, et ouvrant le bec pour chanter, il lâcha la viande. Le renard se précipita alors, saisit le morceau et dit « Ô corbeau, si tu avais aussi du jugement, il ne te manquerait rien pour devenir le roi des oiseaux. » Et voilà notre corbeau tout penaud et ayant tout perdu !

Cette stratégie est celle du manipulateur. Il crée un cercle vicieux addictif qui va peu à peu nous mettre sous son emprise. Il alterne les périodes où il nous distribue, douceurs, récompenses, attentions et gentillesses avec des épisodes où il nous abuse, nous menace, devient violent verbalement ou/et physiquement, nous déprécie et reporte les échéances promises. Pour nous amadouer, il répond à nos besoins : il nous admire, nous sommes beau, intelligent, il nous apprend des choses, nous soutient et a besoin de nous. Pendant la période suivante, en revanche, il nous menace, nous fait peur, nous insécurise, nous fait souffrir. Sidéré par le changement de comportement que nous ne comprenons pas, nous nous accrochons à notre souvenir du prince ou de la princesse charmante que nous connaissons et attendons avec conviction le retour des beaux jours. Ce bon moment revient… pour être suivi d’un prochain séjour en enfer. Nous pensons toujours que c’est la dernière fois, mais en réalité, ce cercle vicieux n’aura jamais de fin… sauf si nous sommes capable de la décider nous-même et de quitter cette relation abusive et toxique.

Ce stratagème a beau être connu depuis la nuit des temps, il reste implacable. La notion d’emprise paraît simple à démasquer, elle est pourtant tellement subtile et difficile à expliquer que très peu d’individus comprennent de quoi il s’agit exactement. L’emprise reste un concept, un mot, pour la plupart des gens.

Cette description concerne une personne physique mais peut facilement être extrapolée à la dimension d’un groupe humain ou d’une nation. Le mécanisme fondamental de la relation d’emprise se caractérise ce un double jeu : empathie et discours humaniste et bienveillant affiché, qui cache une action assassine, insidieuse, minutieusement structurée et destinée à détruire la victime. A titre sociétal, sommes-nous attirés par un groupe qui nous fait sentir, beaux, intelligents et importants ?

Quels sont les outils du manipulateur ?

La boîte à outils du manipulateur est fournie, ma description ne sera pas exhaustive.

Il nous emmêle les pinceaux, est le roi de l’opaque, des secrets et des tabous.

Il peut nous donner des idées et nous faire croire que ce sont les nôtres et nous suivons ainsi ses plans sans résistance.

Il peut nous donner de l’énergie à court terme en donnant beaucoup de conseils, mais il nous éloigne de notre être profond. A long terme, ses conseils et sa main mise devient un poids que nous avons du mal à identifier.

Il peut aspirer toute notre énergie vitale. Souvent il va mal quand nous allons bien, comme pour nous gâcher notre plaisir, nous finissons par aller mal, et alors il va bien.

Il manie l’humour comme une arme de dénigrement en privé, comme en public. Souvent de façon très subtile et insidieuse.

Si nous ne rions pas de ses blagues, attaques déguisées contre nous, il nous reproche notre rigidité, notre manque d’humour, nous critique et altère notre confiance en nous-même.

Nous pouvons être en discussion avec lui et il nous délaisse soudain comme si nous n’étions pas là, nous laissant le sentiment de notre inexistence.

Il nous donne un rendez-vous, ne vient pas, ne s’excuse pas et ne donne aucune explication.

Il fait une promesse, reporte incessamment l’échéance et ne la tient jamais. Il arrive à nous convaincre que c’est pour notre bien alors que cela nous insécurise.

Il nous met sous pression, nous n’avons pas le temps de prendre du recul ou d’étudier des propositions.

Il nous dit que nous avons tort de ressentir ce que nous ressentons, ce qui est totalement abusif et mensonger. Cela nous angoisse car nous perdons confiance en nos sensations.

Il nous dit ce que l’on doit penser de lui et comment nous devons le percevoir, ce qui encore une fois est totalement abusif.

Sous un soutien apparent, il discrédite nos actions par des petites remarques insidieuses. Derrière un discours d’encouragement vis-à-vis de nos projets, il égrène insidieusement tous les arguments pour nous démoraliser et nous donner envie de les abandonner.

Il minimise nos succès passés et présents pendant qu’il glorifie ses propres réussites. Il peut aussi constamment nous encourager dans notre travail tout en nous insécurisant sur d’autres plans ou tout en immisçant en nous des doutes sur ses intentions.

Il nous pousse à nous isoler des êtres qui nous sont chers, amis et familles, incluant même parfois nos propres enfants.

En famille, il peut utiliser les enfants comme outil de manipulation.

Il critique insidieusement tous les gens que nous admirons et que nous apprécions pour ternir l’image que nous avons d’eux, annuler l’inspiration qu’ils nous apportent et nous éloigner d’eux.

Il attaque et s’énerve lorsque nous le remettons en cause plutôt que de chercher le dialogue respectueux.

Ses promesses orales n’ont aucune valeur, ses mots ne sont là que pour nous hypnotiser.

Il ment sans scrupule du moment que le mensonge lui permet d’obtenir ce qu’il convoite.

Ses excuses sont un principe oral qui ne veulent rien dire, des mots pour nous assoupir. Son comportement et ses actions ne changent pas après les excuses.

Avec un manipulateur, chaque information engageante devrait être notée et enregistrée pour mémoire et référence.

La seule preuve de son engagement envers nous peut se mesurer dans les actions. Sur le court terme, il pourra prendre des initiatives juste pour nous assoupir, mais sur le long terme, soit ses actions confirment ses paroles, soit elles témoignent de son comportement abusif, opposé à son discours officiel.

Il peut nous attaquer sur nos pratiques soi-disant manipulatrices sans que nous ne comprenions le fondement de ce dénigrement. En réalité, il nous parle de ce qu’il connaît, il nous parle de lui et de ses propres pratiques. L’écouter, pour comprendre ses mécanismes sans nous sentir personnellement incriminé est difficile au début, mais très instructif.

Il dit ne pas se rappeler de ses paroles passées quand ça l’arrange. Il nous affirme que nous avons tenu des propos que nous n’avons en réalité jamais tenus. Ainsi il nous rend totalement confus et incertain de ce que nous avons entendu ou non, ce que nous avons dit ou non.

La confusion mentale nous rend indécis et vulnérable.

Le manipulateur nous fait vivre des ascenseurs émotionnels, et nous soumet à la double contrainte pour créer la confusion dans notre esprit. La double contrainte nous soumet à deux exigences incompatibles qui rend la situation insoluble et engendre troubles et souffrances mentales. Notre cerveau peut se bloquer et ne plus arriver à prendre de décisions. Dans l’extrême, toute décision à prendre au quotidien devient un calvaire. Par exemple, en faisant les courses choisir entre des pommes ou des poires va devenir une décision compliquée à prendre. Nous avons besoin de prendre conscience de la situation, souvent avec l’aide d’un pair, parfois grâce à son intervention, pour sortir de cette ascendance.

Notre cerveau peut aussi créer la confusion pour nous faire oublier un secret ou une situation traumatisante.

Quand je vivais à Lille, mon copain Sven ne voulait pas que je rencontre son père, sans me donner d’explication. Mon cerveau avait besoin de logique et j’ai commencé à imaginer mille scenari plus horribles les uns que les autres, ça créait une bouillie tiédasse dans ma tête. Après des mois et des mois, il a fini par me raconter son grand secret, qui m’a paru si anodin, que je ne me rappelle même plus du problème aujourd’hui, mais du jour au lendemain, ce méli-mélo a disparu de mon cerveau. Même un secret non divulgué, comme un secret de famille, peut avoir cet effet.

Avons-nous conscience que garder un secret peut créer une énorme confusion dans la tête de ceux que nous croyons protéger, ou dont nous voulons nous protéger, bien plus dommageable que le secret lui-même ? Pourrions-nous être victimes de secrets non divulgués ? Gardons-nous des secrets qui nous pèsent ? Voulons-nous parler de ces situations à une personne bienveillante pour nous libérer ?

Quatre tabous colossaux interfèrent dans nos vies : sexe, argent, santé et sentiments sincères.

Certains sujets sont plus ou moins formellement interdits, c’est toute la difficulté des tabous qui deviennent toxiques. Les tabous permettent des dérives car personne n’en parle. Ces tabous sociétaux parlent pourtant de nos quatre besoins fondamentaux primaires et gênent le bon fonctionnement de nos vies individuelles et collectives. Heureusement, depuis quelques années, la parole se libère et permet une évolution et des prises de conscience.

Parlons-nous d’argent librement ? L’argent est plus ou moins tabou selon les sociétés. Comment parlons-nous d’argent, avec qui. ? Sommes-nous à l’aise de parler de nos succès ou soucis financiers ? Nous sentons-nous obligés de nous cacher si nous perdons notre emploi ? Les femmes ou les sociétés catholiques, par exemple, souvent mal à l’aise pour parler d’argent, sont-elles négativement impactées ? Parlons-nous du peu que nous octroyons aux plus déshérités de nos sociétés ?

Parlons-nous de notre sexualité ? Rêvons-nous d’une vie sexuelle épanouie, excitante, créative, tendre et respectueuse ? Dialoguons-nous en couple sur notre sexualité ? Quels sont nos sentiments par rapport à notre sexualité ? Sommes-nous à l’aise et heureux ? Nous sentons-nous coupable ou honteux ? Quand nous parlons de sexualité, parlons-nous de nos besoins ou en parlons-nous avec humour ou cynisme ? Parlons-nous de sexe ou de sexualité ? Les victimes d’abus sexuels parlent-elles, sont-elles écoutées, entendues et protégées ? Si nous nous sentons pudiques, des livres peuvent nous aider à explorer le sujet.

Parlons-nous de notre santé simplement ? Ne pas en parler nous a-t-il déjà empêché de nous soigner correctement ? Savons-nous où trouver de l’information ? Avec qui dialoguer ? Parlons-nous ouvertement de notre santé et de son coût ? Le secret médical peut-il entraver notre vision de problèmes sanitaires collectifs ?

Parlons-nous de nos sentiments sincères ? Sommes-nous pudiques avec nos sentiments ? Arrivons-nous à créer des liens chaleureux, fidèles et confiants auxquels nous aspirons profondément ? En intimité, savons-nous parler de nos sentiments sincères ?

Les secrets et tabous protègent-ils le manipulateur ou la victime ?

Il existe des secrets de manipulateurs et des secrets qu’on garde pour se protéger. Nos enfants apprennent la vie en la vivant avec nous, en nous regardant, et non en écoutant ce que nous leur disons. Gardons-nous des secrets ou partageons-nous avec eux les évènements de la vie ? Cette question peut être élargie au niveau d’un groupe ou d’une nation. Comment choisissons-nous les informations que nous transmettons et celles que nous gardons secrètes ? Donnons-nous assez d’informations aux membres du groupe ou aux citoyens pour leur permettre ensuite de prendre leurs décisions en toute connaissance de cause ?

Révéler le secret dans le respect, en préparant le terrain peut libérer.

Si vous me balancez un secret comme un missile, ça me crispe, sinon, je deviens beaucoup plus réceptive et la compréhension de la situation m’apaise, quelle qu’en soit l’horreur ou l’invraisemblance. Les secrets peuvent être purement techniques et faciles à garder. Qu’en est-il des secrets émotionnels et relationnels, peuvent-ils passer inaperçus dans notre cerveau et nos affects ou se mutent-ils en un poids psychique ? Ces secrets-là grignotent notre mental. Nous isolent-ils, nous rendent-ils clandestins de notre vie ? Nous sommes-nous déjà libéré d’un secret, cela nous a-t-il permis de retrouver la vie et de nager dans son flot naturel ?

Profil des protagonistes

Le manipulateur était un enfant manipulé.

J’ai remarqué qu’un manipulateur a toujours été, dans son enfance, un enfant manipulé. Les enfants apprennent la vie en la vivant, quel exemple avons-nous donné à nos enfants ? Nous adoptons tous des comportements plus ou moins manipulatoires à un moment, en tant que parent. Cela nous paraît plus simple ou plus rapide à court terme, mais quel modèle devenons-nous alors à long terme, quelle référence proposons-nous à nos enfants sur la vie relationnelle et émotionnelle ? Sommes-nous plus toxiques ou plus bienveillants envers nos enfants ? La différence entre un parent toxique et un parent bienveillant tient dans le lien chaleureux, l’empathie pour notre enfant, la reconnaissance de nos erreurs auprès de nos bambins et l’amour inconditionnel que nous leur offrons.

La mère peut être aussi manipulatrice que le père, voire plus. La manipulation est basée sur le contrôle, et parfois la menace et peut paraître une éducation stricte et ordinaire. Les menaces insécurisent l’enfant qui n’a pas le droit de se plaindre, ni de pleurer. La manipulation permanente est corrosive, elle ne transmet pas de chaleur humaine et l’amour est conditionnel. L’enfant ne se sent pas entendu, il se sent très seul alors qu’il a besoin de s’appuyer sur nous pour le guider et découvrir la vie. Des parents aimants, en revanche, sauront s’excuser, prendre en considération les émotions et sentiments de leur enfant et seront fondamentalement bienveillants. L’enfant apprend les stratagèmes de manipulation par l’exemple et n’a aucune conscience de son désert intime et de sa souffrance d’amour puisqu’il n’a aucun autre repère.

Certains sont si abîmés que leur développement cognitif et affectif se bloque très tôt. Ceux-là sont incapables d’autocritique et, une fois adultes, ils deviennent abusifs et se nourrissent de la souffrance de leur proie. Cette souffrance peut même créer une pathologie relationnelle comme celle des pervers narcissiques.

A quoi ressemble le manipulateur ?

Mieux nous apprenons à reconnaître un manipulateur et ses techniques, plus nous avons de chances d’arriver à le repérer pour refuser son emprise. Le manipulateur est une personne plutôt coupée de ses émotions. Dans une relation virtuelle, c’est souvent un groupe de malfaiteurs. De nos jours, toutes les images, voire même vidéos, peuvent être volées et trafiquées. Tant qu’aucune rencontre réelle n’a lieu, nous ne pouvons pas savoir si notre interlocuteur existe réellement. Il est impossible, dans une relation purement virtuelle, de savoir qui est vraiment notre interlocuteur.

Dans le réel, l’amoureux transis, le chef admiratif, le coach épris, le nouveau venu passionnel, connaissent tous les ressorts pour répondre à nos besoins inassouvis. Avec eux, nous pouvons ressentir une tendresse infinie, un amour authentique, une joie profonde, une estime de nous-même réelle. Mais en même temps, nous doutons de leurs intentions. Avec eux, nous nous sentons dans un environnement émotionnel, voire financier, psychique et intellectuel, instable et insécurisant.

Pour une personne physique, le premier profil est celui d’une personne à l’air très amical et d’apparence chaleureuse, quoique nous laissant souvent une gêne dès le premier échange. Elle a l’air d’avoir une confiance en elle inébranlable, qui en réalité est un bouclier étincelant qui cache un manque de confiance en soi très intime et enfoui. Si c’est un homme il aime souvent briller, et a parfois la folie des grandeurs. Si c’est une femme, elle peut mettre son nez partout pour nous donner des conseils, sur tout, avec une apparente générosité, qui en réalité est une prise de contrôle sur nos activités et relations.

Le second profil est celui d’un individu plus discret, qui reconnaît son manque de confiance en lui, tout en étant courageux, persévérant et ambitieux, mais encore une fois, il est toujours dans le contrôle et se nourrit de l’énergie de sa proie.

Dans les deux profils, la personne manipulatrice est intelligente, voire extrêmement intelligente et démontre une aisance verbale remarquable. Le verbe est son premier outil pour contrôler sa proie. Cette personne peut devenir physiquement ou sexuellement pressante, voire violente avec sa proie, par son discours hypnotique ou par la force. Dans tous les cas, l’individu manipulateur va chercher à contrôler sa victime et tous les aspects de sa vie. Le lien émotionnel sera chaotique et l’abuseur tirera les ficelles de la relation.

A quoi ressemble la victime ?

Nous aurions tendance à croire que les proies idéales du manipulateur ne sont que les hypersensibles avec leur empathie, leur écoute et leur générosité, autant de qualités que le vampire utilise pour créer un lien de dépendance. En réalité, nous avons vu dans le paragraphe sur l’égo que les méchants égocentriques sont tout aussi manipulables que les gentils empathiques. Ainsi tous les dictateurs et autres chefs autoritaristes autoproclamés sont peut-être souvent, en réalité, des personnalités faciles à placer à la tête d’une organisation ou d’un état, et faciles à manipuler. Le parcours d’Hitler en est un triste exemple. Sans être le sujet principal, dans son livre « Le problème Spinoza[i] », Irvin Yalom s’intéresse à la montée du nazisme et d’Hitler à sa tête. Il apparaît clairement, au cours du récit, que cet homme déséquilibré n’a absolument pas choisi sa place, il a été formé et installé et son égo lui a donné la rage de plaider et servir son idéologie effroyable. Est-ce que des influenceurs internationaux avaient intérêt à le voir à cette place ? De même, Napoléon admettra sur l’île de Sainte Hélène qu’il n’avait jamais prévu sa vie ainsi. L’Histoire du monde s’articule autour de nombreux dirigeants tyranniques qui sont montés, ont changé le cours de l’Histoire, puis ont été éconduits, sans réelle volonté personnelle au départ, d’occuper leur charge. Des groupes d’intérêts pourraient-ils favoriser la mise en place de certains dictateurs à la tête de nations ? Quels seraient leurs intérêts ?

Ce qui est sûr, c’est que certaines personnes se retrouvent manipulées dans des relations toxiques et d’autres pas. A partir de ce constat, il est indispensable de se poser la question, pourquoi nous ? Bien que nous n’ayons jamais cherché ce type de situation, nous avons mordu à l’hameçon du manipulateur, pourquoi ?

Une fois devenu.e adulte et victime d’un.e abuseur, être capable de comprendre la détresse invisible, et souvent inconsciente du manipulateur, peut nous aider à réagir avec plus d’assertivité à son comportement abusifet à nous éloigner de lui sans rancœur. Quoi qu’il en soit, la seule manière de retrouver notre indépendance, sans passer d’une relation toxique à une autre, est de prendre conscience de nos forces motrices et nos valeurs pour choisir de façon éclairée nos pertes et nos gains personnels. Pour refuser les bénéfices secondaires et retrouver notre autonomie.


[i] Le problème Spinoza – Irvin Yalom – Librairie Eyrolles – 2014

Terreau de manipulation


Ego et humilité face à la manipulation.

Aux deux extrémités de la personnalité, l’égo peut être soit surdimensionné et créer une personnalité égoïste ou égotique, soit sousdimensionné et créer une personnalité à l’humilité ou la passivité démesurée. Ces défauts permettent au manipulateur d’attirer, soit des personnes brillantes, reconnues et égotiques en comblant leur besoin de se sentir des gens bien, soit des personnes brillantes, peut sûres d’elles-mêmes, hyperempathiques et généreuses en comblant leur besoin d’être reconnues.

Ces deux extrêmes apportent des réponses insatisfaisantes à nos besoins d’estime de nous par nous-même ou par les autres.

  • L’individu égocentrique se sentira peut-être très admiré mais manquera souvent d’estime de lui-même, sentiment bien déguisé. Son avidité à redorer son image vis-à-vis de lui-même lui fera désirer tous les messages usurpateurs du manipulateur qui peut l’abuser en lui permettant de s’approprier des qualités personnelles : tu dois être si fier, où vas-tu trouver toutes ces ressources ? Quelle générosité, perspicacité, efficacité…
  • L’individu trop modeste aura peut-être une très bonne estime de lui-même mais manquera de reconnaissance par les autres. Sa soif de reconnaissance et de pommade lui fera attraper en vol tous les messages usurpateurs du manipulateur qui peut ensuite l’abuser en lui attribuant des qualités personnelles : tu es si intelligent, si beau, si compétent, si drôle…

Notre égo et notre humilité seront à même de nous aider à nous développer harmonieusement, uniquement si nous les cultivons avec équilibre.

  • L’égo nous permet de passer à l’action sans réfléchir aux conséquences.
  • L’humilité nous permet de prendre de la distance, nous poser des questions, tout en restant passif.

Un égo développé de façon équilibré nous apporte donc une force incroyable qui balance la force d’action et la capacité de remise en cause.

Sur une échelle nuancée entre l’arrogance puante et l’effacement soumis,
il existe de nombreuses façons d’affirmer notre égo et notre humilité vis-à-vis de nous-même et des autres.

L’ignorance est le terreau de la manipulation.

Avons-nous conscience que nos secrets favorisent la manipulation ? Gardons-nous volontairement des secrets ou retenons-nous volontairement des informations pour cacher des situations aux personnes impactées dans l’intention de les manipuler ? Si non, avons-nous conscience qu’en rendant les gens ignorants, nous les rendons manipulables ? La transmission d’informations est une obligation minimum pour laisser aux individus la liberté de choisir en connaissance de cause. Les secrets pour cacher une vérité peu avouable sont-ils démocratiques ? Qui protègent-ils vraiment, sinon le coupable ou le manipulateur ?

En acceptant de piétiner nos valeurs, nous créons un terrain qui peut devenir notre talon d’Achille.

Une personne, un discours, une image ou un film peuvent nous inciter au meilleur ou à la corruption, à des pratiques scandaleuses ou immorales. Avons-nous l’impression d’avoir été piégé ? Avons-nous eu le choix de refuser une situation qui nous rend publiquement vulnérable ? Aurions-nous pu être incité à accepter des pratiques indignes avec l’intention de nous rendre manipulable ? Subissons-nous un chantage ? Pouvons-nous dénoncer cette manipulation ? Pourquoi ?

Les scandales sont-ils démocratiques ?

Même si les scandales permettent de dénoncer des affaires coupables, mettre en lumière ces histoires sous forme de scandale est-il démocratique ? Les rumeurs peuvent-elles être coupables ? Comment laissons-nous aux accusés la présomption d’innocence quand nous placardons leurs noms avant d’être certains ? Tout scandale peut-il être manipulatoire ? Quand éclate le scandale ? Quelle personnalité écarte-t-il ? Quel autre sujet d’actualité évince-t-il ? Combien de scandales, ou d’évènements déclencheurs portées aux nues, ont infléchi le cours de l’histoire de nos démocraties ? Les journalistes ont-ils été manipulés à leur insu pour enquêter sur un sujet ? Qui les a conduits à partir dans cette direction ? Qui est commanditaire ? Qui finance ? Qui trouve un bénéfice caché à l’exposition de ce scandale ? A qui ont bénéficié ces scandales sur le très long terme ? Quelle personnalité mettent-ils au-devant de la scène ? Combien de scandales ont modifié le résultat d’une élection présidentielle ou déclenché des émeutes ou des guerres ?

Quand nous déclenchons un scandale pour dénoncer, à juste titre, avec une intention démocratique de transparence, des pratiques frauduleuses et injustes, sommes-nous sûr de nos informations ? Le scandale est-il la meilleure façon de dénoncer cet abus pour s’assurer d’obtenir justice et réparation de la part des coupables ?

Le droit à l’erreur est une exigence en démocratie.

Quand nous croyons que nous n’avons pas droit à l’erreur, toute erreur, particulièrement dans la sphère publique, peut devenir fatale et peut être transformée en scandale qui élimine les uns ou les autres du paysage. Le scandale est-il la meilleure façon de dénoncer ?

Les leaders charismatiques au tempérament optimiste et battant réfléchissent-ils à se prémunir d’un potentiel scandale ? Ont-ils construit leur forteresse défensive pour éviter les attaques, si non, sont-ils les premiers à tomber ? Demander réparation à une personne publique pour son erreur est démocratique. L’éliminer à cause d’une erreur tue la démocratie. Celui qui s’excuse honnêtement, apporte réparation à son erreur, apprend et ne la répète pas est en processus d’apprentissage et de croissance.

Celui qui s’excuse honnêtement, apporte réparation à son erreur,
apprend et ne la répète pas, est en processus d’apprentissage et de croissance, il favorise une organisation apprenante.

Une personne touchée par un scandale dérange la bonne marche de son groupe d’appartenance et c’est souvent des gens de valeur qui sont éliminés. Nous avons besoin de connaître les sources d’information et de financement des campagnes de dénigration pour comprendre qui ressort gagnant grâce à cette éviction.  

Nous sentons-nous manipulés ou guidés ?

Une subtile présence intrusive dans ma vie m’a encouragée à développer et structurer mes idées pour ce livre, tout en m’aidant à aiguiser mon intelligence, approfondir ma compréhension de la nature humaine et des équilibres sociétaux, et à sentir ma part de responsabilité pour notre avenir commun. Ce faisant, j’ai perdu pied dans la vie réelle. A un moment, je me suis sentie guidée, mais ce grand écart entre mon écrit et ma réalité m’a laissé la sombre impression d’être manipulée et a fait remonter le souvenir d’une histoire que ma sœur m’avait racontée quand j’avais quinze ans.

C’était dans une jolie ville pimpante, les gens s’habillaient de toutes les couleurs et s’amusaient beaucoup. Le parfum des fleurs et le tapis herbeux, dense et confortable, invitait à faire des siestes bucoliques dans le parc. Tous les habitants travaillaient pour l’entreprise de poupées de la ville et leurs jouets étaient envoyés aux quatre coins du pays. Les gens étaient contents de savoir que leurs poupées égayaient les foyers. Mais un jour, une personne eut un flash, elle eut l’impression qu’elle était en train de construire des armes. Plusieurs fois, elle eut cette impression les jours suivants, jusqu’à ce qu’elle comprenne que tous les ouvriers fabriquaient des armes en étant hypnotisés par les écrans qu’ils regardaient en travaillant. Ils croyaient qu’ils produisaient des poupées, mais c’était une pure illusion, une vue de l’esprit, les produits qui sortaient de l’usine étaient bel et bien des armes. L’histoire s’achevait sur cette question : « Si tu étais cette personne, préférerais-tu savoir ou n’avoir jamais eu de flash ? »

Nous sentons-nous guidés ou manipulés ? Nous sentons-nous parfois hypnotisés par notre environnement et nos sources d’informations ? Avons-nous l’impression de penser et de vivre dans notre singularité, en référence à nos besoins profonds ? Prenons-nous des décisions pour créer notre rêve personnel et collectif dans un monde vivant ?

Manipulation et discernement

« Donne le doigt au diable et il voudra ta main. »

Proverbe russe

Pourquoi cédons-nous à la tentation ?

Pourquoi donnons-nous notre doigt au diable ? Il est tellement facile de se laisser corrompre que les films présentent souvent la corruption comme une contrainte inhérente à certaines professions ou fonctions. Chaque victime consentante, ou piégée, devient un maillon faible de notre société entière qui réduit la liberté de notre nation.

Quand avons-nous basculé, quel appât nous a séduit au point que nous acceptions d’écraser nos valeurs ? Jusqu’où sommes-nous allés dans la négation du sens de notre action ? Quelle estime de nous-même avons-nous ? Sommes-nous à l’aise avec nos décisions et actions, ou nous mentons-nous à nous-même ou à nos proches pour cacher notre culpabilité, honte ou apparente indifférence lancinante ? Nous sentons-nous libres de prendre nos décisions en notre âme et conscience ? Si non, qu’est-ce qui nous en empêche, quels sont nos intérêts personnels à accepter de prendre des décisions à impact collectif qui vont à l’encontre de nos convictions et nos valeurs ? Avons-nous le choix d’accepter ou non la manipulation ? Pourquoi ?

Combler nos besoins et désirs

« La volonté de gagner, l’envie de réussir, l’envie d’atteindre votre plein potentiel… ce sont les clés qui vous ouvriront la porte de l’excellence personnelle. »

Confucius

Quelles sont les forces qui nous mettent en route? Quand est-ce que nous considérons intimement que nous avons réussi? Quels besoins et envies avons-nous besoin de satisfaire pour nous sentir bien? Comment comblons-nous nos besoins? Nous entendons parler de nos besoins fondamentaux, mais il me semble que nous n’entendons pas parlé de manière égale de nos besoins d’humanité, alors j’ai tenté de compléter ma vision des besoins pour nous aider à mieux nous retrouver dans nos entiers. De plus, lister nos besoins est un point de départ, mais prendre conscience de ce que nous en faisons nous aide à mieux naviguer dans la vie.

En effet, c’est pour répondre à nos besoins que nous passons à l’action, alors je me suis dis que c’était une bonne idée de les regarder minutieusement. Dans mon questionnement, j’ai noté que pouvons combler nos besoins sainement et nous sentir bien, tout roule. Mais souvent, nous apportons une réponse insatisfaisante, et là, ouh là là, ça commence à dérailler dans notre intime, même si nos réponses peuvent paraître fantastiques aux yeux du monde. Parfois, nous comblons nos besoins sur l’instant, et nous sentons satisfaits, mais à long terme, ça ne nous convient pas, l’exemple de l’addiction est le plus flagrant. Parfois, notre action ne nous comble pas, même si nous sommes mentalement satisfaits, je proposerai dans cet exemple, l’hyper matérialisme. Et au-delà de nos choix personnels, nous pouvons aussi nous retrouver en face d’un manipulateur qui va nous harponner en comblant certains de ces besoins. Au fur et à mesure que j’ai approfondi la question du manipulateur, j’ai réalisé que nous avons tous, à certains moments, des comportements manipulateurs, le but n’est donc pas de se culpabiliser, mais d’ouvrir les yeux pour changer ce que nous pouvons changer. Car plus nous serons nombreux à changer individuellement, et plus nous changerons le monde, ensemble.

Pour chaque besoin individuel identifié, je propose donc l’envie qui s’y relie, l’implication amoureuse qu’il engendre et les réponses satisfaisantes ou non que nous leur apportons, ainsi que le comportement que peut adopter un manipulateur pour nous entraîner dans son sillage.
Est-ce que vous vous y retrouverez? Est-ce que vous aurez d’autres propositions à faire? Je suis ouverte à mieux comprendre comment nous fonctionnons, ce qui est unique et ce qui est universel.