Emotions et société

Notre incapacité actuelle à vivre avec nos émotions crée un vrai problème de société.
Quand nous nous laissons déborder par nos peurs, à titre individuel et collectif, nous constatons des émeutes, des saccages, du terrorisme, de la violence. L’actuel manque d’accès à nos propres émotions entraîne aussi les problèmes de santé mentale qui augmentent peu à peu et deviennent un problème de santé publique prédominent. L’OMS définit la santé mentale comme « un état de complet bien-être physique, mental et social qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. » Voici quelques autres situations courantes, seraient-elles aussi des symptômes de notre manque d’accès à nos émotions ?

Nos émotions personnelles conscientisées peuvent-elles permettre de trouver plus de sérénité dans la société ?
Une personne qui s’écharpe avec tout le monde dans la vie personnelle et interpersonnelle peut-elle trouver des solutions apaisantes pour une organisation humaine ? Si les responsables de nos sociétés savaient mieux gérer leur vie sexuelle, émotionnelle, sentimentale et familiale, nos sociétés tourneraient-elles mieux ? Cherchons-nous, pour nous guider, des gens parfaits, ou des gens qui se remettent en cause et qui deviennent de plus en plus humains ? Si la vie des groupes humains est l’assemblage de nos vies humaines personnelles, n’est-il pas indispensable de savoir gérer nos émotions à titre individuel avant de prendre des responsabilités sociétales ?

Violence intrafamiliale funeste dans tous les milieux sociaux.
Le confinement a tristement fait apparaître des histoires de violence domestique, psychique ou physique. Nous sentons-nous concerné par nos voisins, familles ou amis pour leur venir en aide ? Réalisons-nous quand ils sont victimes d’abus qui, souvent, ne peuvent pas s’exprimer librement et dont le cerveau sous emprise est en état de confusion totale ? Si nous dénonçons le tapage nocturne de nos voisins, voulons-nous aussi dénoncer ces situations auprès des autorités ?

Harcèlement physique et moral.
Dans le monde professionnel, nous avons entendu parler de harcèlement moral ou de suicide d’employés pressurisés. De nombreuses personnes se sentent pressées comme des citrons au boulot. Avons-nous envie d’apprendre à gérer nos émotions plutôt que de générer de telles violences ou d’en rester les témoins consentants par notre silence ?
Parmi ces êtres soumis à leurs émotions bridées ou débordantes sont les prédateurs sexuels inconscients, coupés d’une part plus ou moins importante de leur ressenti et de leur humanité qui prétendent parfois que les femmes sont consentantes face à leurs pratiques dévastatrices. C’est un problème de société majeur dont on commence enfin à parler dans les médias. Toutes ces femmes abusées et abîmées au plus profond de leur être ont droit à la vie, elles peuvent s’en sortir en parlant avec des personnes formées et des thérapeutes ou même des proches, elles ont droit à un avenir heureux et libre, je leur ai écrit un poème :

Prédateur
A toi le malheureux
Toi qui as choisi le peu
Trop peu de toi
Trop de dégâts
Je voudrais que tu saches
Les coupes de ta hache

L’éblouissant d’une flamme
Tu as utilisé le corps d’une femme
Tu l’as traité comme un objet
Pour tes besoins incontrôlés
Pour t’assurer de ta puissance
Tu as creusé sa béance

Mon amie s’est faite violée
Courageuse, elle a enfanté
Mais sache que jamais de ses jours
Elle n’a retrouvé l’amour
Elle se bat pour s’en sortir
Tu as volé son avenir

Ma voisine est une grand-mère
A treize ans, abusée en hiver
Aujourd’hui encore
Quand elle évoque son sort
Elle a honte de le dire
Tente de garder le sourire

Un jeu qui t’a fait rire
Ton doigt a détruit son empire
Elle n’a jamais su après
De sa vie se lier
Envolée la déesse
De ce corps en détresse

Toi le prédateur
Tu as instillé la peur
Ces femmes n’ont pas parlé
Victimes ensorcelées
Nymphes anéanties
Ignorantes de leurs cris

Femmes touchées
Choisissez de parler
Pour tuer la confusion
Qui éteint votre raison
Belles dames éternelles
Tentez de retrouver votre sel

Prédateurs, arrêtez vos actes insensés
Femmes, apprenez à vous protéger
Homme ou femme, ton corps t’appartient
C’est le temple de ton bien
Tu peux en prendre soin
Respecte tes besoins

Guerres.
Qui veut les conflits armés, les citoyens ou quelques dirigeants, plus ou moins coupés de leurs émotions, qui cherchent à prendre le pouvoir sur les peuples ? Ces dernières années, Elodie est allée tous les ans voir sa famille en Syrie, en passant par Beyrouth. Elle m’a raconté comme la vie est difficile, pas à cause des bombes, mais à cause des conséquences économiques de la guerre. Encore une famille de la Terre, rien de plus, rien de moins. Ces familles ne cherchent-elles pas la paix elles aussi ? Comment prenons-nous soin des êtres humains et des familles à travers le monde ?

Radicalisation religieuse.
Mon ancienne cheffe Ayline, turque, vit maintenant en Allemagne, elle est dévastée de voir comme son pays est meurtri par le gouvernement actuel. Elle me dit comme il ne représente pas sa nation. Est-ce que leur dirigeant cherche le bien commun ?

Polygamie.
Côme était mon grand copain pendant une colonie de vacances. Envoyé par son père depuis la Guinée. Il me parlait de ces vingt-trois frères et sœurs avec humour, sans en connaître beaucoup, son père était polygame. Entre nous, quelle horreur pour les femmes, et dire que c’est encore légal aujourd’hui dans de nombreux pays ! Sommes-nous poly-quoi-que-ça-soit ? Avons-nous déjà eu une relation avec un poly-quoi-que-ça-soit ? Etions-nous heureux ? Côme me disait « J’imagine que je divorcerai deux ou trois fois dans ma vie. » Je trouvais cela d’une tristesse à mourir. Moi je me suis toujours dit « Je ne divorcerai jamais, mais nul ne connait l’avenir. » Il a divorcé, moi aussi. Quand je repense à son histoire familiale, forcément, je comprends son malaise face à la relation de couple. Tant qu’il ne laissait pas son histoire à sa place, dans le passé nourrissant mais non invasif, il avait du mal à se détacher de ces références qui ne lui convenaient pas dans sa vie d’homme. Il ne trouvait pas la paix.
Nous avons besoin de conscience et de reconnaître nos émotions pour nous en libérer, nous reconnaître dans nos différences, laisser au passé ce qui lui appartient et construire la paix.
J’ai entendu parler de Cynthia, qui faisait partie d’un harem somptueux en terres arabes. Elle a réussi à s’enfuir. Elle est devenue vendeuse de chaussures à Paris et s’est installée dans un petit appartement. Elle n’a jamais regretté son choix. Plus de faste, certes, mais la liberté et le droit à disposer d’elle-même, à être reconnue comme une personne à part entière. Pour rien au monde, elle ne voudrait retourner là-bas. Comment pouvons-nous encore accepter de telles pratiques au XXIème siècle ? Les hommes prouvent peut-être leur fortune, leur puissance et gavent leur sexe, mais sont-ils heureux, entiers, où est leur humanité ?

Sectarisme communautaire.
Une copine serbe de Londres a rencontré un jeune allemand d’origine turque. La magie a opéré, leurs cœurs ont chaviré, ils sont tombés très amoureux, ont fait crac-crac et la belle est tombée enceinte. Deux jeunes gens intelligents, éduqués, et promis à un bel avenir. Jusque-là, nous avons des petites étoiles dans les yeux. C’est malheureusement sans compter l’origine turque de Mermet. Sa communauté lui a interdit cette relation, ce mariage, et la reconnaissance de paternité de cet enfant. Comment la vie, dans la subtilité de ses émotions, est-elle honorée dans une telle situation ? Trois vies ont été altérées, pourquoi ? Nous nous sentons coincés dans nos histoires, dans nos groupes d’appartenance, nous avons l’impression de ne pas avoir le choix, est-ce la réalité ?Voulons-nous continuer à imposer les vues de notre communauté à tous ses membres sans égard à nos humanités ?

Violences engendrées par l’ignorance ou une pensée culturelle, sans aucune rencontre de l’autre.
Lorsque j’avais dix-sept ans, j’ai eu la chance de recevoir une bourse de voyage attribuée à des jeunes prêts à partir seul étudier le sujet de leur choix durant plus d’un mois. Le but était de nous aider à devenir autonome, prendre confiance en nous, nous ouvrir aux autres et apprendre à nous engager. Des qualités pour nous préparer à devenir des adultes responsables dans la vie. Grâce à la dynamique pétaradante de mon amie Paola, j’ai monté mon dossier en une semaine. Elle avait vécu un an aux Etats-Unis, un échange avec Donald qui avait pris sa place en France pendant la même période. La femme de ménage de sa famille américaine était Amish, elle s’était bien entendue avec elle.
Elle m’a dit « Claire, je veux aller au Mexique avec une bourse de voyage, j’ai envie de partager ce type d’expérience avec toi, tu pourrais aller chez Kathy, elle est Amish, je la connais, je suis sûre qu’elle acceptera de te recevoir. Ça serait trop cool, je t’aide à faire le dossier, t’es partante ? »
Quelques mois plus tard, je m’envolais pour six semaines dans une famille Amish aux Etats-Unis. Premier voyage en avion pour découvrir le monde du passé : quel anachronisme ! C’est la « mère Américaine »de Paola, Amy, qui est venue m’accueillir à l’aéroport de Brooks Fields. Elle était prof de français. Elle m’a demandé si j’acceptais de venir dans sa classe pour que ses élèves me posent des questions sur la France. J’ai aimé l’expérience qui m’a pourtant déstabilisée. Dans leurs questions, la France et l’Europe étaient le même pays. Ils ne savaient pas situer Paris sur une carte. Je me sentais dépitée. Je me disais : « Mais ils ne sont jamais sortis de chez eux ! » Cinq ans plus tard, lors d’un long périple en Afrique noire, de Cape Town à Zanzibar, je me suis rendu compte que je réagissais exactement comme eux vis-à-vis de l’Afrique noire ! Il est tellement simple de juger l’autre sans regarder nos propres insuffisances !

Il est tellement facile de voir la paille dans l’œil du voisin et oublier la poutre dans le nôtre.

Les Amish vivent en communautés et mènent une vie simple. Ils m’ont accueillie avec gentillesse et délicatesse. Ils m’ont intégrée à leur vie comme une nièce. J’ai partagé leur quotidien avec plaisir. A cause de leur lecture de la Bible, ils refusent le progrès technique : pas de voiture, pas d’électricité. Mais, basé sur cette Bible, ils adoptent aussi des comportements sectaires, et tout membre de la communauté qui choisit une autre vie est excommunié, sans droit de visite aux siens. Comment pouvons-nous prendre des décisions si inhumaines sous prétexte de Dieu ?
Ils cultivent leurs champs comme mon arrière-grand-père l’aurait fait, se nourrissent essentiellement du produit de leur agriculture traditionnelle et exercent des métiers artisanaux. J’ai préparé les légumes qu’ils mettent en conserve pour l’année. Ils s’informent beaucoup, par les journaux papiers. J’ai voyagé dans leur buggy, les voitures à cheval, pour aller au culte du dimanche.
Ils s’habillent comme leurs ancêtres qui sont arrivés aux Etats-Unis il y a trois cent ans. Lors de mon séjour, la famille a été invitée à un mariage dans l’Etat voisin. Une amie non-amish, nous y a emmenés en voiture, mon but était de vivre comme eux, découvrir leur vie de l’intérieur, je portais donc leur robe fermée par des épingles et leur petit chapeau blanc : l’apparence de la parfaite jeune fille Amish sortie d’un livre d’histoire.
En route, nous nous sommes arrêtés sur une aire d’autoroute moderne des temps modernes avec des adolescents modernes qui voyageaient. Je me rappellerai toujours de ce regard inquisiteur et parfois agressif de certains d’entre eux. J’étais glacée. J’avais envie de leur crier « Eh les gars, je suis comme vous ! J’ai juste enfilé une robe un peu rétro ! »

Désignation de bouc-émissaires.
Quand je me remémore cet épisode, le sentiment me bouleverse encore. Le plus effroyable, c’est de réaliser que dans d’autres circonstances, cette peur de l’inconnu et ces messages assassins se transforment en harcèlement qui deviennent des violences psychologiquement ou physiquement mortelles, qui engendrent des suicides, des meurtres et des génocides. Cela fait des morts. C’est déraisonnable et terrifiant.
Ne sommes-nous pas tous fondamentalement les mêmes ? Est-ce qu’un vêtement, une religion ou une nationalité change notre être profond ? Non. Quand nous n’avons pas rencontré quelqu’un personnellement, comment pouvons-nous lui faire payer le fait d’être juif, chrétien ou musulman ou celui d’être Éthiopien, Chinois ou Rom ? Essayons-nous de nous soulager de notre propre misère personnelle en désignant une victime innocente ? Est-ce une solution adulte ? Sommes-nous prêt à regarder en face nos propres limites pour les dépasser plutôt que de désigner un coupable ou s’acharner sur une victime arbitraire qui n’a rien à voir dans notre histoire ?


Désigner un bouc-émissaire responsable de nos problèmes amène-t-il une vraie solution ?

Non. En réalité, nous les accentuons. Que gagnons-nous à déprécier l’autre ? Au plus l’illusion que maîtrisons un bout d’une situation qui nous échappe totalement… en perdant toute capacité à prendre notre destin en main, en fuyant nos propres émotions et responsabilités face à nos propres problèmes.
Pour le groupe social, ethnique ou religieux qui est, ou se sent, victime, le seul moyen de ne plus l’être est certainement de refuser toute interaction qui le place en victime, refuser de se ressentir victime et de se tenir debout envers et contre tout, avec assertivité et le plus paisiblement possible. Evidemment, l’injustice provoquera des colères malgré tout. Celui qui nous désigne comme bouc émissaire n’est pas prêt à changer, c’est donc à nous de changer l’équilibre du système. Quand nous réagissons avec assertivité, c’est-à-dire en nous exprimant et en défendant nos droits sans empiéter sur ceux des autres, souvent, d’autres le voient et viennent nous soutenir.

Discrimination raciale.
Ondine a épousé un français d’origine africaine. Elle s’appelle désormais Ondine Ousmane. Ils auraient bien appelé leur fille Inaya. Mais elle pensait à son avenir dans notre France raciste et elle a dit à son cher et tendre : « Tu sais, elle porte déjà ton nom, si en plus elle porte un prénom sénégalais, son CV ne passera pas quand elle cherchera du travail. » Ils l’ont appelé Sandra. Triste, insupportable et pourtant commun. Pourquoi pouvons-nous encore être aussi étroits d’esprit ? Peur de la part des recruteurs, recherche de certitude illusoire sur les candidats, pression managériale ? Son époux s’est installé à son compte, épicier puis livreur. Aliou n’avait pas d’éducation supérieure mais un grand cœur, de l’énergie, de la volonté. J’adorais son thiéré bassi salté, il était maître dans cet art culinaire. Pouvait-il trouver un emploi salarié ? Discriminons-nous des gens car nous ne les connaissons pas assez et recherchons une sécurité en partie illusoire ?

Le problème, c’est que certains incompétents et paresseux vont jouer sur cette corde de la discrimination pour expliquer leur parcours pourri. Dans toutes les situations, il y a des profiteurs. Certains vont jouer les victimes alors qu’ils n’ont rien pris en main.
Aux Etats-Unis, cette discrimination est flagrante envers « les noirs ». Vous rappelez-vous de Tamir Rice, un garçon noir de douze ans de Cleveland, abattu en novembre 2014 par un policier blanc parce qu’il brandissait un jouet représentant un pistolet ? Ce policier n’a pas été poursuivi par la justice. J’en ai été si chamboulée que je lui ai dédié ce poème qui ne parle pas de sa vie, mais que sa mort m’a inspirée.

Gamin
Moi, j’suis qu’un gamin isolé
A la maison j’suis pas aidé
Mon père est loin, ma mère partie travailler
Pas d’sœur, pas d’frère pour jouer
Dans l’quartier, c’est pas tout rose
Parfois, j’voudrais fuir pour faire une pause
Ici, les deals, les vols, les cons, ça s’arrose
Soit tu restes un fantôme, soit tu t’imposes
Moi, j’suis qu’un gamin isolé
A la maison j’suis pas aidé
Pas d’vélo, pas d’bus, à l’école, j’y vais à pied
Et j’sais pas bien pourquoi je veux leur prouver
Que dans c’panier d’crabes on peut exister
Vivre en vrai, quitter l’quartier, sans l’renier
J’veux leur montrer à tous ces abrutis
Auxquels je tiens et dont je fais partie
Qu’y a mieux à faire, que d’être tous rôtis
Qu’y a un chemin pour trouver la sortie
Et tous les jours, je sors, j’observe, je joue
Aujourd’hui au parc avec mon nouveau joujou
Un super revolver
Cadeau d’anniversaire
Pistolet à air comprimé, je l’tiens entre les mains
Il est trop cool, le rêve de tous les copains
Mais c’est quoi ces crétins qui débarquent ?
Deux grands pantins armés dans le parc
Comme si j’étais le pire des criminels
J’suis leur cible, mais qu’est-ce qu’ils ont dans la cervelle ?
Qu’est-ce qui s’passe dans les rues d’ce pays ?
J’suis qu’un gamin, j’veux d’une vie qui existe
Moins merdique que celle de tous ces défoncés
J’m’accroche, je bosse, j’veux y arriver
Même si j’suis seul et isolé
Et j’me fais tuer par un policier armé
De l’au-delà, je crie à l’injustice
De quoi j’suis l’sacrifice ?

Comment pouvons-nous accepter le racisme, en général, dans nos pays aux populations bigarrées ?
Réfléchissons-nous personnellement pour aboutir à des opinions racistes ou suivons-nous les idéologies de notre groupe d’appartenance ? Quelles blessures personnelles nous empêchent de rencontrer l’autre, différent ? Sommes-nous guidé uniquement par nos peurs en oubliant toutes les autres émotions ?
Par ailleurs, nous parlons encore de race humaine alors que, depuis le milieu du XXème siècle, des études scientifiques, fondées sur la génétique, ont montré que ce concept était incorrect. Caractériser les différents sous-groupes géographiques de l’espèce humaine n’a pas de sens car la diversité génétique est beaucoup plus importante entre les individus d’une même population qu’entre groupes différents.

Sommes-nous prêt à nous changer nous-même pour changer le monde ?
Malgré notre capacité d’adaptation impressionnante à un environnement toxique et cruel, aspirons-nous à la justice, l’harmonie et la paix ? Pourquoi devenons-nous impitoyable ? Avons-nous envie de nous sentir humain et vivant ?
Est-ce que nous nous coupons de nos sentiments pour ne pas ressentir nos blessures d’amour ? Ça serait alors une réaction de survie inadaptée, nous choisirions de perpétrer la barbarie au lieu de nous soigner.

Si nous reconnaissions mieux nos émotions, nos peurs particulièrement, nous pourrions réduire les discriminations d’un côté et les privilèges de l’autre, nous pourrions commencer à reconnaître la vraie valeur des gens. Que les incompétents soient reconnus comme tels et que les compétents soient appréciés, promus et payés à la hauteur de leur service. Nos vies professionnelles et personnelles évolueraient avec plus de sérénité. Nous profiterions mieux de nos vies de famille.

Pensons-nous que la maîtrise de nos émotions pourrait devenir une clé de l’avenir de nos sociétés ? Utiliser nos émotions comme des indicateurs de nos propres besoins pourrait-il nous permettre d’agir plus en adéquation avec nos élans naturels plutôt qu’en réaction à des stimuli extérieurs ? En faisant de nos émotions nos alliées, trouverions-nous mieux le bonheur ?

Echelle locale

Voici un pêlemêle de mes idées, elles sont à éliminer, faire évoluer ou prendre en compte… à vous de choisir… quelles seraient vos idées? Ce monde rechercherait la transparence pour soutenir l’éthique. Nos sociétés valoriseraient l’honnêteté et le courage du juste, par exemple, les lanceurs d’alerte seraient protégés, accompagnés et valorisés.

Nous favoriserions la mixité intergénérationnelle[i], interculturelle et interreligieuse.

Des tiers-lieux permettraient aux citoyens de se côtoyer plus naturellement dans leurs quartiers et de se sentir membres connus dans leur communauté locale. Ces groupes de voisinage seraient représentatifs de la vie dans toutes ces étapes avec des enfants, des jeunes, des étudiants, des travailleurs, des parents au foyers, des handicapés, des malades, des personnes aidantes ou des personnes âgées. Tous les parents qui le souhaiteraient pourraient participer à des groupes de formation et de parole sur la parentalité.

L’école nous apprendrait à devenir conscient et à penser plus globalement.
Nous enseignerions notamment la philosophie dès un très jeune âge. Les enfants apprendraient à apprendre. En plus de lire, écrire et compter, ils apprendraient également des compétences pour faire face à la vie concrète : investir et gérer ses finances, comprendre le monde professionnel et ses interactions, connaître les autres. L’art et le dessin apprendrait à observer, rêver et ressentir. Les repas scolaires et le sport apprendraient à se sentir responsable de sa bonne santé physique et du bon fonctionnement de son cerveau. Les mathématiques et les sciences apprendraient la logique, l’analyse et la synthèse. La langue apprendrait à réfléchir, débattre, argumenter et revenir aux faits. Les travaux manuels, à trouver des solutions qui fonctionnent dans la réalité. Le contact avec la nature à rester humain et se recentrer sur l’essentiel. Les techniques de communication, à gérer ses relations et ses émotions. Humour, méditation et gratitude seraient également enseignés pour donner un sens et un liant à l’ensemble et rappeler que nous sommes des êtres vivants.
Les enfants apprendraient à comprendre comment ils fonctionnent pour développer leurs compétences personnelles.

Apprendre par le jeu et l’exploration serait la normalité pour les plus jeunes.
Il existerait un tronc commun de connaissances et compétences à acquérir qui seraient évaluées, mais les contenus détaillés seraient adaptés au territoire. Les écoles auraient des objectifs de résultats mais choisiraient leurs méthodes. Les activités manuelles, musicales, artistiques, sportives ou jeux de société seraient intégrés dans les processus d’apprentissage avec des objectifs pédagogiques clairs comme apprendre à créer des règles, fonctionner en équipe, gérer la frustration, se dépasser et s’ancrer dans des valeurs humaines.

Apprendre à utiliser son cerveau.
A l’école, tous les enfants apprendraient comment fonctionne leur cerveau. Comment les émotions, générées par les hormones, les aident à apprendre ou au contraire, les bloquent. Ils apprendraient comment faire fonctionner leur cerveau pour le meilleur, comment transformer une expérience négative et bloquante en un souvenir positif et émotionnellement positif pour avancer avec enthousiasme dans leurs apprentissages. Evidemment, les enseignants auraient appris touts ces techniques, et auraient appris que tout individu apprends mieux lorsqu’il est bourré d’ocytocine et de dopamine, hormones créées par le lien affectif et la gratification. Ainsi, la vieille école qui dit qu’il faut être strict, intransigeant, dur et donner des mauvais points disparaitrait. La gratification est liée aussi à la satisfaction de réussir, aider les élèves ne serait donc en rien une question d’être « gentil et hyper flexible ». Chaque enseignant trouverait son style, mais ce qui est sûr, c’est que le sentiment qui guiderait les enseignants serait l’empathie, l’envie de faire progresser les élèves, et les profs apprendraient à revenir à ce noble sentiment après des scènes traumatisantes avec des enfants qu’ils n’auraient pas réussi à gérer. En bref, nous connaissons aujourd’hui ce qui motive notre cerveau à agir, nous savons dans quelles situations le cerveau humain apprend le mieux, nous savons comment remplacer un souvenir négatif par une image positive et énergétisante… et toutes ces connaissances seraient enseignées à l’école, à chaque enfant.

Donner confiance en eux aux enfants.
L’objectif serait de permettre aux enfants de développer leur potentiel et leur intelligence en prenant confiance en eux. Les enfants apprendraient à s’accepter sans jugement dans l’instant présent. Les connaissances sur développement de l’enfant seraient intégrées dans les enseignements. Par exemple, il est aujourd’hui reconnu qu’un prof impliqué affectivement avec ses élèves les motive et augmente leurs résultats[ii].  Les enseignants les plus recherchés par les parents puis par les étudiants obtiendraient un bonus de fin d’année.

L’instruction à tous les niveaux serait gratuite ou aurait un coût symbolique.
Les étudiants méritants seraient admis dans l’enseignement supérieur sans critère financier. Seraient-ils accompagnés par la collectivité pour faire un prêt qui les engage assez pour prendre leurs études au sérieux mais pas trop pour ne pas leur mettre une corde au cou à l’obtention de leur diplôme ? Seraient-ils parrainés par des anciens élèves ? Les territoires qui formeraient et ceux qui embaucheraient les jeunes auraient des accords pour équilibrer les frais de formation avec équité.

Religions.
Les religions et philosophies de vie apprendraient à leurs brebis à vivre l’amour humain dans le respect et la dignité, comme première pierre à l’accès à l’amour divin.

Justice.
La justice serait basée sur l’éthique avec l’objectif de permettre aux êtres humains de vivre dignement plutôt que sur la morale qui juge ce qui est bien ou mal. Ainsi, plutôt que de trancher pour savoir si le mariage homosexuel, l’avortement, la gestation pour autrui, les enfants nés par insémination artificielle sont bien ou mal, possibles ou non, la justice admettrait que ces pratiques existent car elles répondent aux besoins de certains individus et elle légifèrerait pour encadrer ces évènements et protéger ces individus en leur permettant d’avoir une vie digne dans leurs choix. Dans l’éthique existe aussi le refus de certaines pratiques comme, par exemple, l’interdiction de fabriquer des clones humains pour faire tourner une usine.

Découvertes dans l’univers.
Toute découverte dans l’univers ne pourrait en aucun cas devenir la propriété d’un territoire terrestre. L’humanité pourrait s’intégrer à sa manière dans un territoire extra-terrestre exploré mais elle arrêterait de se positionner en conquérant tout puissant qui exploite tout et toute ressource jusqu’à la folie déséquilibrée qu’elle a atteint sur notre Terre en 2021.

Des groupes officiels prendraient en charge les personnes addictes et leurs réseaux fournisseurs.
Plutôt que de laisser les réseaux criminels se développer pour répondre aux besoins addictifs des gens, des groupes officiels fourniraient eux-mêmes ces malheureux : drogue et prostitution en particulier.
Grâce à cette mesure, ils pourraient aider les personnes dépendantes à sortir de leur addiction. La prostitution pourrait-elle disparaître ? On dit que c’est le plus vieux métier du monde. Sans idéologie, mais ancré dans le respect de la dignité humaine, pensons-nous au sort de ces femmes ou hommes qui sont utilisés comme des outils ? Evidemment, nos sociétés ne pourront jamais accepter la pédophilie qui nuit gravement au développement de l’enfant. En revanche, en gérant nous-mêmes la prostitution, pourrions-nous permettre à ces personnes de travailler dans des conditions sanitaires et psychologiques dignes ? Pourrions-nous les aider à s’orienter vers un métier plus gratifiant ? A partir du moment où nos sociétés s’accepteraient avec leurs limites en prenant en charge leur côté sombre, avec le label B°, réduirions-nous la nuisance des réseaux criminels ? Ne cherchons pas la polémique ou la bien-pensance, essayons de proposer des solutions pour permettre à une triste réalité humaine d’être mieux encadrée pour la dignité des victimes.

Les prestations de services sociétaux seraient mutualisées et optimisées.
Nous mettrions en place un fonctionnement qui évite la gratuité systématique qui rend les gens irresponsables et le trop payant qui exclut les populations défavorisées. Chaque individu épargnerait-il pour sa retraite et pour le chômage avec des obligations légales d’un minimum à verser ? « Un régime universel de santé est un moyen efficace et rentable de fournir à la population un système d’assurance-maladie de qualité » nous dit Barack Obama. Le régime de santé universel permettrait-il à chacun de se soigner en engageant des frais symboliques avec connaissance du vrai coût engendré, en fonction de l’acte ? Les soins recommandés mais non indispensables auraient-ils des tarifs forfaitaires ?
Les gens prendraient des assurances santé mutualistes en choisissant leurs options, des assurances « confort + » permettraient à ceux qui le souhaitent d’accéder à des conditions matérielles privilégiées pour leurs séjours médicaux. Le but serait de rendre les gens responsables de leurs propres dépenses de santé avec un accès aux soins égalitaire mais sans redondances inutiles et sans gâchis. Les honoraires des médecins et personnels de santé seraient balisés mais une collectivité pourrait accepter des dépassements d’honoraires pour un médecin qu’elle voudrait absolument garder sur son territoire.

Un revenu universel permettrait d’éradiquer la pauvreté.
De nombreux économistes expliquent que nous sommes capables d’éradiquer la pauvreté. Dans son livre « Utopies Réalistes », Rutger Bregman envisage un monde qui éradique la pauvreté et crée un revenu universel. Il simplifierait grandement des tonnes de paperasses, permettrait aux individus de grandir en dignité et à nos sociétés d’éradiquer la grande pauvreté insupportable de nos pairs. Adieu la complexité administrative et la violence psychologique pour prouver que nous sommes en incapacité de subvenir à nos besoins, pour savoir si nous avons droit ou non à un logement, une indemnité ou une compensation : chaque individu, sans critère d’âge, de statut marital et familial, de santé, de fortune recevrait un revenu qui lui assure le minimum pour vivre dignement : toit, alimentation, santé, éducation. Ce minimum donnerait aux personnes l’accès à leurs capacités et l’énergie de les déployer.

Les revenus de l’activité économique seraient mieux répartis.
Ils privilégieraient les revenus du travail aux revenus des capitaux et prendraient en compte les citoyens les plus vulnérables. Les revenus d’une activité seraient répartis plus équitablement, chaque travailleur gagnerait plus et pourrait, lui-même, participer financièrement à la vie en société. Dans le sport par exemple, tous les joueurs professionnels et coachs recevraient des salaires plus équilibrés les uns par rapport aux autres. Dans le monde de la culture, tous les intervenants recevraient également un salaire qui met en valeur leur créativité ou leur technicité et leur permet de vivre confortablement, en relation avec leur implication et leur valeur ajoutée et sans précarité de l’emploi. Nous chercherions l’optimisation du travail en apportant assez de sécurité aux travailleurs. Nous gagnerions plus, la vie nous coûterait apparemment plus cher, nous ne deviendrions peut-être pas plus riches, mais nous serions plus fiers et responsables. Toute personne qui travaille à plein temps serait assurée d’avoir une vie digne.

Le montant des rémunérations pourrait être validé par les salariés et les pairs d’un travailleur ou d’un manager.
Des grilles de salaires seraient-elles suggérées ? La rémunération serait-elle, pour tous, la combinaison d’un salaire fixe + importante prime au résultat de l’équipe + bonus personnel et/ou actionnariat ? Pourrait-elle prendre en compte la valeur ajoutée par le travailleur, sa capacité d’innovation, ses responsabilités, le risque qu’il fait prendre à l’entreprise en fonction de la qualité de son travail, par exemple un agent de maintenance pourrait voir sa rémunération varier en fonction du nombre d’arrêts machines ? Les primes et les bonus n’auraient pas la fonction de valider l’atteinte d’objectifs stressants comme une épée de Damoclès mais de valoriser et de reconnaître le travail accompli avec implication, collaboration, justesse et résultat. La liste des rémunérations serait-elle publique ? Des territoires et leurs citoyens accepteraient-ils d’offrir des salaires énormes aux meilleurs pour les garder ?

Alliances concrètes entre riches et défavorisés.
Des alliances pragmatiques relieraient les territoires défavorisés aux territoires riches pour optimiser le développement équitable. Les Etats et territoires d’une nation seraient intégrés à des alliances Bo qui associent des territoires développés et des territoires en développement ou des réserves naturelles. Les plus riches investiraient, pas uniquement des capitaux, mais avec une alliance concrète, dans les structures humaines et économiques du territoire à développer pour lui permettre de devenir peu à peu autonome dans le respect de sa propre culture.

Sommes-nous prêts à nous focaliser sur ce que nous avons à gagner dans le changement plutôt que de rester paralysés dans la peur de ce que nous avons à perdre ?
Si l’Histoire de l’Humanité est ramenée à une année, Homo Sapiens a pointé son nez le 31 Décembre à 23h54 et l’ère industrielle a vécu une seconde en créant de belles avancées techniques tout en dégradant notre planète. Voulons-nous trouver un modèle plus pérenne et plus humain ? Liang m’a souvent dit « La non-décision est une décision que tu payes souvent deux fois plus cher après. » Voulons-nous prendre une décision claire dès maintenant ?

[i] La solidarité intergénérationnelle sur le terrain – Pourquoi ? Avec qui ? Comment ? – Dominique Thierry – Editions-harmattan.fr  -2019
[ii] Quand les profs aiment les élèves – Mael Virat – Éditions Odile Jacob – 2019

Echelle mondiale

Aujourd’hui, cherchons-nous à pousser l’instauration de démocraties dans tous les pays ? Est-ce la bonne solution pour un développement économique durable et palpable pour les citoyens ?

La bonne santé économique pour favoriser la liberté et la responsabilité d’expression.
Notre système serait basé sur des alliances de collaboration pragmatiques entre régions riches et régions en développement d’un pays ou du monde. Les territoires riches apporteraient leurs connaissances et leur soutien et offriraient soutiendrait l’accès à l’éducation supérieure aux élèves les plus prometteurs des territoires en développement avec lesquels ils sont liés et favoriseraient les échanges commerciaux et des travailleurs en les formant avant qu’ils retournent développer leur territoire d’origine.
Notre premier objectif serait d’éradiquer la pauvreté et la surnatalité pour éduquer les enfants et réduire la violence, dans l’objectif de stopper les conflits armés et respecter les droits de l’homme partout dans le monde. Toutes les opinions seraient de nouveau autorisées, toutes les religions seraient respectées, exprimées dans le respect de l’autre. Le monde serait organisé de telle sorte que les gens moteurs par leur intelligence, leur créativité ou leur force d’action restent répartis sur l’ensemble des territoires.

Débat démocratique.
Les démocraties, conscientes de l’importance du dialogue contradictoire, financeraient tout collectif, quelles que soient ses opinions, mêmes extrêmes. Ainsi, la démocratie pourrait canaliser les groupes, labellisés B°, pour que la diffusion de leur message reste démocratique : soutien de la liberté de chaque individu et respect de la dignité humaine. Refus de la violence et de l’incitation à la haine.

Appartenance.
Regardons notre modèle social de base, la famille. Pouvons-nous le transposer en un modèle qui s’adapte à l’échelle d’un territoire ? Chaque membre du territoire, au-delà de ses réseaux d’appartenance transversaux, pourrait-il se sentir membre d’une communauté territoriale ? Chaque individu pourrait-il se sentir investi dans une compétition sur un socle de coopération pour un territoire, solidaire et protégé, comme un membre d’une famille.
Dans une famille classique équilibrée, soit un parent gagne de l’argent et l’autre s’occupe du foyer et des enfants, soit les deux génèrent du revenu et se partagent les responsabilités et les dépenses. Le budget est unique et commun ou séparé en concertation. Le parent au foyer ne demande pas un budget ponctionné sur la fortune de l’autre, la fortune appartient à la famille et si le père, selon le modèle le plus répandu à l’heure actuelle, assure les recettes, la mère gère l’éducation, la santé, l’alimentation et l’organisation familiale. Les dépenses sont partagées. De même, dans une entreprise, certaines fonctions génèrent les recettes, d’autres représentent des coûts. Pour payer les factures, les services concernés utilisent la trésorerie de l’entreprise.
Aujourd’hui, une économie a deux vitesses se développe : les riches ont accès à un logement, une éducation, une alimentation et des soins de santé de qualité et souvent chers et les autres, largement plus nombreux, doivent se débrouiller dans un environnement défavorable. Dans notre société, les recettes appartiennent au monde économique, alors que les coûts de santé, protection, éducation ou justice appartiennent aux Etats qui font appel à l’impôt pour recevoir des recettes. C’est comme si le service comptabilité devait demander un budget au service commercial pour payer les factures de l’entreprise.

De vraies opportunités offertes à chaque individu.
Inspiré de la gestion d’une famille ou d’une entreprise, un territoire, conduit comme partie d’une nation, partie d’une région, partie du monde, recevrait lui-même les recettes et gèrerait lui-même les coûts pour établir le plus d’équité possible entre les différents citoyens et offrir à chacun de vraies chances de pouvoir réellement choisir la vie qu’il souhaite? En plus de permettre une distribution plus équitable de la richesse mondiale, nationale ou territoriale, un tel système rendrait le monde plus agréable à vivre pour tous.

Dans cette structure, la séparation d’un secteur privé et d’un service public disparaitrait.
Notre organisation sociétale peut progresser. Il existerait le monde dans lequel les gens vivent et travaillent. Un territoire génèrerait des recettes, paierait ses factures et mettrait en place des stratégies pour équilibrer son budget. Quand je suis chez moi, tout me semble propre, puis le jour où je reçois un visiteur, soudain, je vois tout ce que je dois nettoyer, mes yeux voient ce à quoi ils s’étaient habitués. C’est l’impression que j’ai en regardant notre société, celle de m’être habituée au capitalisme libéral actuel : je le considérais comme fatalement la moins mauvaise solution, la pandémie m’a fait prendre conscience à quel point il génère des inégalités et abîme la planète et j’envisage soudain un autre modèle.
Dans ce système fédéral, chaque nation, selon sa taille, serait subdivisée en plusieurs territoires. Les décisions seraient prises au niveau des entreprises, associations et organisations locales des territoires et non plus par des têtes pensantes, qui, par leur position, ne peuvent prendre en compte la réalité multiple de la vie réelle des gens dans des environnements très diversifiés.

La société pourrait-elle être gérée avec de grands centres de profit ?
Je propose des idées, qu’en pensez-vous? A éliminer, faire évoluer, compléter… ?
Nous considérerions alors les recettes et les coûts liés à toute une chaîne d’activité interdépendantes de façon plus globale dans une économie solidaire systémique. Dans cette organisation, la santé de la planète serait un sujet transversal qui concerne absolument toutes les filières. Voici quelques idées destinées à ouvrir la réflexion.
Structures humaines. Elles seraient les remplaçantes des ressources humaines de nos entreprises, nous considérerions le nombre des naissances, la jeunesse, l’éducation, la formation en adéquation au marché du travail, l’emploi, l’impact économique et social du rythme de vie, la vie sociale solidaire et l’impact de l’interdépendance entre vie familiale et vie professionnelle sur les enfants et la santé, les taux de criminalité, l’intégration des malades, handicapés et des personnes âgées ou la prise en considération des différences culturelles pour favoriser la diversité dans une unité territoriale qui dépasse les clivages communautaires. Et d’autres sujets encore. Elles seraient garantes de la sphère culture & croyances du territoire. Elle détiendrait les grands médias qui sont facteurs majeurs d’influence de nos pensées et visions de la société.

Service santé. Il veillerait à un équilibre équitable entre les recettes et les coûts liés à la santé en s’assurant que chaque citoyen ait accès à un niveau de soin minimum digne. Le droit à la santé serait considéré comme un droit inaliénable pour tous. Il serait en charge de s’intéresser aux facteurs collatéraux majeurs d’impact sur la santé des personnes, sommeil, stress, maladies, accidents, alimentation, sport, gestion des émotions ou addictions par exemple. Ce service serait garant de s’intéresser à toutes les causes qui ont un effet sur la santé des êtres humains, incluant l’environnement naturel et construit, pour restreindre ou interdire les pratiques négatives et permettre le développement de nouvelles solutions dans tous les secteurs de la société.

Service juridique. Il aiderait les entreprises et organisations dans leurs démarches, défendrait ses citoyens et ses entreprises, ses organisations et son écosystème naturel dans des conflits internes au territoire ou impliquant d’autres territoires. Il aurait la vue globale sur les désordres sociétaux et dirigerait des campagnes de prévention et d’éducation pour réduire la violence et la criminalité. Il légifèrerait sur les questions locales, à partir de pratiques souvent existantes ou émergentes, et collaboreraient avec les autres territoires pour les lois nationales ou internationales. Il organiserait les forces de l’ordre, la défense et la justice. Les polices d’assurances, les clauses que l’on signe pour l’utilisation d’un site internet ou un objet seraient faciles à comprendre, destinées à nous informer et nous aider à un faire un choix éclairé en adéquation avec nos moyens et nos besoins. Le but du droit serait de protéger organisations et personnes pour la paix et l’équité sur l’ensemble du territoire.

Service qualité. Il veillerait au développement de l’économie solidaire systémique du territoire incluant les équilibres de nos écosystèmes naturels. Il serait garant du pôle de recherche fondamentale et appliquée tous secteurs confondus. En mutualisant la recherche, les différentes filières pourraient profiter davantage des découvertes pour en trouver des applications comme des technologies plus propres, plus saines, plus rentables et pourraient se développer plus rapidement. Des royalties seraient versées aux équipes dont les découvertes sont utilisées. La recherche deviendrait alors un centre de profit rentable.

Production. Elle serait garante de l’adéquation entre les besoins du territoire et ses moyens de production pour aider à ajuster l’offre à la demande en proposant ce qui devrait être produit sur place, importé ou exporté. Il serait garant d’ajuster l’offre logistique à la demande dans le respect de nos écosystèmes naturels. Il serait également en charge de veiller à ce que l’activité économique respecte la biodiversité, la qualité des eaux, des mers, de l’air et des sols.

Marketing et communication. Ils seraient en charge de bien connaître les demandes des citoyens, associations et entreprises du territoire, et d’engager des campagnes d’information.

Service technique. Il aurait la vue d’ensemble de l’aménagement du territoire et du développement immobilier. Il veillerait à la cohérence des règles d’urbanisme qui respectent les besoins sociaux, environnementaux, techniques et culturels des bâtiments locaux dans un paysage territorial et national en restant ouvert à l’innovation et l’avant-gardisme. Il serait responsable de veiller à la mise en œuvre des avancées énergétiques et écologiques du bâti.

Service informatique et nouvelles technologies. Il s’occuperait du lien du territoire au réseau international B°. Autoroutes de l’information, internet, moteurs de recherche, grands sites de réseaux sociaux, câbles qui véhiculent les informations, serveurs et serveurs-racines appartiendraient à une unité territoriale, nationale ou régionale, partie indépendante reliée aux autres en un grand réseau international. Il serait garant de l’innovation software et hardware du territoire. Il veillerait à la mise en valeur des acteurs économiques locaux sur internet, soutiendrait la sécurité informatique de tous les acteurs individuels, associatifs et entrepreneuriaux, régulerait les contenus sur internet, s’assurerait que les données collectées sur le profil et l’activité d’une personne, d’une société ou de toute entité leur appartiennent afin qu’ils puissent décider de donner, vendre ou garder leurs données personnelles avec conscience.

Service économique et financier. Il animerait et légifèrerait le réseau des banques, assurances, caisses chômage et retraite, territoriales et autres institutions financières, toutes coopératives ou mutualistes. Ces organismes indépendants locaux seraient membres de réseaux territoriaux, nationaux ou internationaux pour favoriser les synergies.
Pour éviter la spéculation sur le cours des devises, il existerait des monnaies locales, territoriales, et/ou nationales et/ou régionales labellisées Bo et une monnaie internationale pour les échanges internationaux. Aujourd’hui, pour protéger leur économie locale des fluctuations non reliées à l’activité économique réelle, mais à la spéculation, des associations sans but lucratif de l’économie circulaire créent des monnaies complémentaires. En France, les monnaies locales sont reconnues légalement dans la loi Économie Sociale et Solidaire, un rapport de la mission « Monnaies Locales Complémentaires[i] » s’y intéresse déjà en Avril 2015. Ces monnaies sont convertibles en euros et d’un usage légal pour tout adhérent à l’association organisant leur émission et leur circulation. L’usage de cryptomonnaies sécurisées, nominatives et labellisées Bo pourrait permettre de tracer les transactions électroniquement.  Ce service guiderait et conseillerait les acteurs économiques qui veulent s’installer en considérant les besoins du territoire : entrepreneurs, commerçants, artisans, agriculteurs, professions libérales, restaurateurs et autres.

[i] Mission d’étude sur les monnaies locales complémentaires et les systèmes d’échange locaux Economie.gouv.fr – 2015  

Service commercial et vente.
Il démarcherait les prospects au niveau local, national ou international pour vendre les idées et produits d’appellation contrôlée ou uniques à leur territoire pour permettre la récolte des redevances. Il serait responsable de soutenir des entreprises indépendantes reliées en réseaux pour faciliter les alliances avec d’autres territoires régionaux, nationaux ou internationaux pour l’acquisition de matières premières ou produits importés et pour l’exportation, en respectant une économie solidaire systémique, en étroite collaboration avec le service production.  Il serait responsable d’adapter les flux de l’offre à celle de la demande pour éliminer les redondances dans un coin et les déserts dans un autre.

Le territoire s’organiserait également de façon transversale.
Les filières devraient s’assurer un fonctionnement en économie solidaire systémique : tous les acteurs qui génèrent des recettes ou des coûts dans la filière alimentaire seraient interdépendants pour leur budget, incluant l’aménagement du territoire agricole, l’agriculture, l’écologie liée à la production agricole, l’immobilier agricole, les coopératives alimentaires, les transformateurs, la logistique, les distributeurs et le recyclage et les autres.

La filière santé regrouperait l’immobilier santé, les fabricants de matériel médical, les laboratoires et l’industrie pharmaceutique, les cliniques et hôpitaux, les médecins et acteurs de médecine douce et traditionnelle, la logistique, les distributeurs et tous les acteurs de la filière.
Il existerait différentes filières comme énergie, sport, culture, mode, biens de consommation courants, cosmétique et bien-être, transports et d’autres. Dans mon rêve le plus fou, l’industrie de l’armement finirait par disparaître car nous refuserions tout conflit armé.
Nous aurions mis en place un système qui empêche un Etat d’entrer en conflit armé, qui empêche un putsch ou une guérilla. Pour aboutir à cet état de paix, nous réduirions peu à peu nos armements. La filière armement et militaire intégrerait la gestion des réfugiés ainsi que la santé psychologique et physique des êtres humains touchés par les conflits.