Le droit d’aimer

Pas de tendre souffrance
Elle est profonde et immense 
J’ai perdu mes références 
A la recherche du sens 
Les hommes sont devenus fous 
Plus de garde-fous Leurs lances percent mon cœur 
Plus de ciel, plus de douceur 
Un monde en échiquier 
Je me sens pion sur les pavés 
Où trouver l’espoir 
Sur ces tristes trottoirs ? 
A quoi rime la vie 
Où sont parties mes envies ? 
Que va-t-on devenir ? 
Quel sera notre avenir ? 
Choisirons-nous le bonheur 
Ou le pouvoir en leurre ? 
Je veux vivre en liberté 
Droit de rire et droit d’aimer 
Ensemble, honorer la vie 
Et la vivre à l’envi 

Amour humain

Devenons la personne que l’autre attend.

Pensons à la personne qui nous attend plutôt qu’à celle dont nous rêvons.Si nous reprenions le temps de nous relier ? Aujourd’hui, dans nos sociétés pressées, nous allons tellement vite que beaucoup ne prennent plus le temps d’être patients pour apprendre à se relier et à s’aimer. Et si nous réapprenions à prendre le temps de vivre et d’aimer ? Comment pouvons-nous progresser pour créer des liens plus satisfaisants ? Les robots vont-ils nous faire prendre conscience de notre besoin de lien en humanité ? Quelle est notre capacité à créer des liens humains et humanisés ? Est-ce que cette aptitude est étudiée par la science ?

Et si nous devenions cette personne que l’autre attend plutôt que d’attendre la personne de nos rêves ?

Les enfants sont des mini-copies de leurs parents.

Quand nous parlons de couple sérieusement, vient souvent la question des enfants. Avons-nous des enfants ? Avons-nous observé comme ils sont un doux mélange des traits de personnalité du papa et de la maman ? Les enfants sont toujours ceux de leurs parents, quelle que soit la qualité du lien, même s’ils développent leur propre personnalité. Avant d’avoir des enfants avec notre partenaire, nous sommes-nous assuré que nous souhaitons sa mini-copie évoluée ?

Savons-nous ce qu’est l’amour humain ?

J’ai aimé comme j’ai pu, avec des références bancales, avec mes blessures d’amour, en allant chercher en dehors de moi, incluant dans la religion, ce que je connaissais mal. Même quand j’ai rencontré mon mari, je me demandais si c’était ou non de l’amour. Ce que j’ai peu à peu compris, c’est que l’amour est d’abord et avant tout un échange émotionnel. L’amour est un sentiment nourri d’émotions. Pour faire vivre une relation, nous avons besoin d’échanger nos émotions, toutes nos émotions. Dans une relation aimante, si nous entendons la joie de l’autre, elle nous irradie, si nous entendons sa tristesse ou sa colère, nous comprenons mieux l’autre, nous avons envie de l’aider. Nous vivons ensemble. C’est la raison pour laquelle l’alphabétisation émotionnelle est si importante. Savoir dire à l’autre ce que nous ressentons, non seulement nous fait du bien, mais nourrit le lien avec l’autre et permet l’échange, bien plus qu’un bon restaurant ou que deux jours dans un hôtel de rêve. Les endroits magiques aident à vivre des instants magiques, mais sans l’échange d’émotions, ils entrent dans un catalogue, pas dans une expérience de vie. Quelle expérience nous fait penser que nous avons partagé un vrai amour ? Avec des parents, un.e chéri.e, des enfants, qui ? Comment définirions-nous cet amour ?

Avec nos enfants, nous pouvons découvrir l’amour humain.

Avec mes enfants, j’ai découvert la difficulté d’aimer sans condition, chaque jour et chaque heure, indéfectiblement des êtres humains. C’est exigeant, nourrissant et chaleureux. Nourrissons-nous notre besoin d’absolu en nous intéressant à nos pairs et aux personnes que nous aimons ? Avons-nous des enfants, des neveux ou des nièces, des filleuls ? Qu’avons-nous découvert de l’amour humain en aimant ces petits êtres en croissance ?

Amour et haine sont-ils le même sentiment ?

Avec les enfants, j’ai été confrontée à mes plus beaux sentiments et ma pire violence. Même dans mes pires colères, j’ai toujours ressenti que j’aimais mes deux trésors. Mais quand notre réservoir d’amour est vide, est-ce qu’aimer et adorer peut se transformer en détester et haïr ? Ces sentiments seraient-ils tous le même à des extrémités opposées ?

Plutôt que de glisser vers nos sentiments ténébreux, pourrions-nous regarder nos blessures profondes pour les soigner en partie et réduire ces béances d’amour afin de préserver les gens que nous aimons de nos propres déchirures ? Est-ce que l’amour se déploie dans la bienveillance et la tendresse et la haine face à l’isolement, l’injustice et l’abus ?

L’amour serait-il notre nature profonde d’être humain et la violence, notre réaction à l’amour piétiné au fond de nos entrailles, liée à nos blessures d’amour ? Sommes-nous à l’aise avec cette la dualité sentimentale amour-violence, la voyons-nous à l’intérieur ou à l’extérieur de notre être ?Est-ce qu’amour et haine sont trésors et blessures intérieures que nous avons besoin de regarder en face pour grandir ?

Le chemin de devenir en capacité d’aimer donne du sens à notre vie.

Nous oublions-nous dans notre relation à Dieu ou aux autres ? Savons-nous nous affirmer dans le respect de l’autre ? Nous autocentrons-nous sur nos besoins ? Est-ce que nous nous aimons nous-même ?

Est-ce que nous apprenons à aimer dans des relations concrètes ? L’amour nous a-t-il encouragé à nous dépasser ? L’amour nous donne-t-il de la force ? En même temps, une fois que nous aimons, nous nous sentons vulnérable, car toute relation d’amour peut être abîmée ou rompue, et alors nous souffrons. Choisir d’aimer et d’apprendre à toujours aimer mieux donne-t-il, malgré tout, du sens à notre vie ?
Voudrions-nous réapprendre à créer des relations chaleureuses et constructives ?

Chaudoudoux

Enfant, j’ai eu la chance de lire « Le conte chaud et doux des Chaudoudoux[1] », il m’a raconté l’art d’être heureux et de rendre les autres heureux, la joie de donner et de recevoir. L’histoire se passe dans un pays lointain, il y a fort longtemps. Les gens s’échangeaient des chaudoudoux, ils étaient inépuisables. Chaque fois que quelqu’un recevait un chaudoudoux, il se sentait immédiatement chaud et doux de partout, c’était gratuit et ils s’échangeaient des chaudoudoux à longueur de journée.

La sorcière qui cherchait à développer son commerce sema le doute dans l’esprit des villageois pour leur vendre les froids-piquants qu’elle avait inventés. Ça coûtait cher et les gens commençaient à compter, éliminant presque les chaudoudoux dont ils avaient soudain peur de manquer.

Quand Julie Doux arriva dans le village, elle n’avait jamais entendu parler de la pénurie et offrit gratuitement des chaudoudoux à tous ceux qu’elle rencontrait. Les enfants l’adoraient car ils se sentaient bien avec elle et eux aussi se mirent à distribuer des chaudoudoux quand ils en avaient envie, comme au bon vieux temps.

Nous l’aurons compris, les chaudoudoux sont toutes ces marques d’attention et de bienveillance que nous pouvons échanger et qui nous réchauffent autant que celui qui reçoit. Les froids-piquants représentent toutes ces piques que nous nous envoyons en guise d’interaction, mais qui nous laissent un peu pantois. Ce conte traite non seulement du partage inconditionnel et de la peur de manquer qui détériore les relations humaines, mais aussi de l’espoir et d’un changement possible. Pouvons-nous continuer à être gentils ? Voulons-nous créer des liens pour le plaisir de l’échange ?

Comment se connecter à notre humanité face au grand nombre ?

Si nous entendons que cent-vingt personnes sont décédées aujourd’hui du virus, entendons-nous parler de vies disparues ou entendons-nous un chiffre ? Nous sentons-nous concerné ? Si notre ami nous dit que sa mère vient d’être emportée, sommes-nous touché ? Comment réagissons-nous face aux chiffres ? Gardons-nous notre humanité ? Si nous entendons parler de cette caissière ou cette soignante, cela nous fait-il réaliser l’importance de son rôle, son engagement malgré le risque pris face au virus et sa vie financière et organisationnelle difficile ? Nous sentons-nous plus concerné par cette femme que par des chiffres ? Qu’est-ce que la vie sans aimer ?

Le droit d’aimer
Pas de tendre souffrance
Elle est profonde et immense
J’ai perdu mes références
A la recherche du sens
Les hommes sont devenus fous
Plus de garde-fous
Leurs lances percent mon cœur
Plus de ciel, plus de douceur
Un monde en échiquier
Je me sens pion sur les pavés
Où trouver l’espoir
Sur ces tristes trottoirs ?
A quoi rime la vie
Où sont parties mes envies ?
Que va-t-on devenir ?
Quel sera notre avenir ?
Choisirons-nous le bonheur
Ou le pouvoir en leurre ?
Je veux vivre en liberté
Droit de rire et droit d’aimer
Ensemble, honorer la vie
Et la vivre à l’envi

Quelle place donnons-nous à l’amour dans notre vie ?

Nous sommes revenus hier de Dübendorf, j’y ai emmené mon fils passer un test pour tenter de rejoindre la section des parachutistes pour son futur service militaire, obligatoire en Suisse. Sur la route du retour, il me racontait ses épreuves puis nous avons abordé les perspectives de la vie militaire, le sens de la mission de ces hommes et de ces femmes qui sont prêts à mettre leur vie en péril pour défendre leur patrie, ce qui nous a entraînés sur des discussions plus générales, évoquant les guerres et le sens de la vie. Il s’est bien moqué de moi quand je lui ai parlé de la beauté comme sens de la vie. Voici une bribe de notre dialogue :

– Arrête avec tes trucs philosophiques, moi je ne me pose pas ce genre de questions.

– Quand j’avais ton âge, j’ai participé à un camp qui s’appelait « Réussir sa vie », nous nous interrogions sur ce que ça voulait dire pour nous, qu’est-ce que c’est pour toi, réussir ta vie ? Ça a quel sens pour toi ?

– Déjà là, tu vois, rien que la question, ça ne m’intéresse pas. Vivre, ça veut dire survivre, on n’a pas le choix.

– Survivre, seulement ? Pourtant tu me dis que tu es fier de toi et que tu as plein de projets et dans mon cœur, t’aimer, te voir vivant, ça a du sens. Se sentir vivant, ça a du sens.

– Mais maman, c’est pareil, on est bien obligé d’aimer pour survivre.

– On est bien d’accord 🙂

Nous n’avons pas les mêmes approches mais le même élan du cœur. Est-ce que l’essence de notre humanité n’est pas notre capacité d’aimer ? Aimer l’autre, n’est-ce pas lui permettre d’être lui-même dans son entier, ses besoins et ses choix ? Suivre notre cœur en gardant notre tête, et en respectant notre corps peut-il nous aider à nous sentir vivant, voire heureux ? Se centrer sur un sentiment d’amour authentique, peut-il nous aider à nous éloigner des manipulateurs ?


[1] Le conte chaud et doux des chaudoudoux – Claude Steiner – Librairie Eyrolles – 2009

Amours malheureux

L’assistance à l’autre n’est pas de l’amour.

D’autres couples confondent l’amour qui les relient et l’assistance l’un envers l’autre. Que faisons-nous quand nous protégeons l’autre, est-ce que nous le restreignons ou est-ce que nous lui offrons la liberté ? Mes parents connaissaient un couple dont l’époux était devenu handicapé suite à un accident. Lumia a répondu à toutes les demandes de son conjoint sans mettre de limite, sans rien refuser pour se préserver elle-même. Elle a perdu de sa liberté, de son essence, de sa vitalité. Lui, a perdu son autonomie. Elle ne s’est pas assez respectée elle-même et en accédant à toutes les requêtes de son mari, elle l’a rendu totalement dépendant. En le protégeant, elle l’a enfermé dans ses manquements et l’a empêché d’évoluer. Elle est devenue son point d’accès au monde extérieur. L’amour, au lieu de devenir source de vie et de liberté, est devenu foyer de dépendance réciproque. Assistons-nous notre chéri.e, nos enfants ? Notre assistance crée-t-elle une dépendance ou leur apporte-t-elle de la liberté ?

Cinq conclusions de comptoir sur l’amour.

Un de mes copains, Fabrice, a deux frères. Il s’est marié avec une femme adorable. Ils étaient amoureux et complémentaires, mais il était peu communicant. Elle a divorcé quand leur fils a eu quinze ans. Son frère Tom a été séduit par une belle Aphrodite qui le subjuguait par sa beauté, l’a épousé jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il était son porte-monnaie et qu’elle le quitte pour un autre qu’elle connaissait depuis toujours. C’est peut-être cette expérience traumatisante qui l’a poussé à se mettre en couple avec une femme qui leur offrait une qualité de vie très agréable grâce à des revenus confortables et qui ne voulait pas d’enfant. Mais ils ont fini par se rendre à l’évidence, leur couple ne fonctionnait pas, elle avait projeté sur lui l’image d’un autre, il avait cédé à la facilité. Ils se sont quittés. De façon tout à fait fortuite, il a rencontré Léna, ils se sont plus, se sont mariés, leur vie est plus simple. Il a maintenant cinquante ans et est devenu père pour la première fois depuis six mois. Sa vie s’est transformée. Il prend soin du bébé et poste des photos de sa petite lumière régulièrement en commentant ses apprentissages. Sa paternité l’épanouit. Fabrice ne l’a jamais vu aussi heureux. Son petit frère quant à lui, s’est marié avec Astou qui venait de quitter son premier mari pour lui. Ils ont eu un petit garçon. Quelques années plus tard, Astou a divorcé pour retrouver son premier mari. Il était abattu. Il a finalement rencontré Elly, déjà mère de deux enfants, avec qui il a eu une petite fille et mène une vie qu’ils ont choisie et pleine des plaisirs et des mouvements de la vie. Mes conclusions de comptoir hâtives :

  • L’amour ne suffit pas, un couple a besoin de communiquer pour durer.
  • Ne nous marions pas avec une beauté, mais créons une relation.
  • Le confort matériel apporte de la sécurité, pas du bonheur, cherchons l’amour avant la facilité.
  • Réfléchissons bien avant de nous engager avec quelqu’un qui quitte son partenaire pour nous, nous pourrions être le prochain sur la liste.
  • Ce n’est pas toujours dans les relations que nous avions imaginées que nous trouvons l’équilibre et le bonheur. Et parfois même, les différences vont devenir le terreau de la vie puisqu’elles obligent le couple à se créer de nouvelles références qui ne sont plus ni celles de l’un, ni celles de l’autre. Ils créent leur lien à leur image.

Roméo et Juliette, un amour psychotique.

Quand nous parlons d’âmes sœurs, ne nous méprisons pas, la plus grande légende de l’histoire d’amour nous entraîne sur un chemin sans issue. Roméo et Juliette, le couple romantique par excellence, est un amour bancal, psychotique, les gamins sont tellement incapables d’aimer avec force qu’ils préfèrent se tuer ensemble plutôt que de résister ensemble grâce à la force d’amour qui les relie. Amour toxique dans toute sa splendeur.

Maman a peut-être raison.

Quand la mère d’un jeune homme se plaint qu’une fille a jeté le grappin sur son fils et que celui-ci ne veut rien entendre… elle a certainement raison. Une mère veut le meilleur pour son fils, mise à part celles qui veulent juste garder leur grand chéri pour elle toute seule. Or, un mec qui a trouvé une nana avec qui il a une relation sexuelle intense et euphorisante et qui lui dit plein de choses agréables va voir son hormone de l’amour, l’ocytocine, monter en flèche, il va donc se sentir super amoureux, mais pas de la personne qu’il a en face de lui, juste de l’état aphrodisiaque dans lequel il se trouve. Peut-être devrait-il essayer de comprendre pourquoi maman a ce sentiment et se projeter avec sa dulcinée dans une période un peu sèche en ocytocine, aura-t-il envie de continuer à chérir sa belle ?

Certaines relations sont toxiques.

Nous acceptons parfois des relations toxiques que nous croyons être des relations bienveillantes. Dans les relations amoureuses, de nombreuses femmes sont ainsi manipulées et utilisées et la réciproque est vraie même si les hommes s’en rendent moins compte et s’échappent plus facilement dans l’action pour s’évader d’une relation de couple destructrice de leur humanité. Dans une relation toxique[i], l’un des partenaires attaque la singularité de l’autre par l’usure et sous cette emprise, sa victime se laisse plus facilement soumettre, c’est un fait reconnu par les psychologues.

Les trois phases sont une première phase de lune de miel, puis la relation rend addict et dépendant et enfin, la proie se sent déprimée. Avec des ascenseurs émotionnels, des remarques insidieuses, des comportements blessants, des mensonges, des alternances de douceurs et de violences ou menaces, la personne abusive sape l’autonomie et la confiance de l’autre qui devient confus et ne peut se sortir seul de cette relation d’emprise. La victime peut garder son énergie, mais vit en dépendance psychologique, la plupart du temps invisible pour l’entourage, à cause du harcèlement moral.

La victime elle-même et ses proches ne comprennent pas toujours ce qu’il se passe, ils constatent seulement qu’elle n’est plus la même, et pour le pire. Ils ne mesurent pas comme elle a perdu sa capacité de jugement. Prendre conscience de l’emprise amoureuse est certainement un premier pas pour revenir à ses propres besoins et s’en sortir. Sommes-nous dans une relation toxique dans laquelle un.e abuseur prend l’ascendant sur l’autre et, par la confusion, anéantit la capacité de prise de recul de la victime ? La victime va-t-elle chercher de l’aide ?

Une relation virtuelle n’est pas une relation d’amour.

J’ai vécu un moment une relation virtuelle. J’ai eu des très hauts et des très bas. Au début j’ai rencontré un homme, puis nous avons débuté des échanges sur internet. Nous ne nous sommes jamais revus. Tout est resté virtuel. Je ne sais pas comment s’est passé le tour de passe-passe entre cette rencontre réelle et cette relation virtuelle, mais je me suis laissée totalement abusée, il utilisait tous les ressorts de la manipulation. Il me disait comme il m’aimait, comme il m’admirait, comme j’étais belle, comme j’étais intelligente, bref, il comblait mes besoins fondamentaux d’être humain. Il m’envoyait dans la vie réelle des messages, mais n’était jamais présent.

Mon cœur était balloté, j’avais des angoisses, je ne voulais pas me blesser en aimant, ça n’avait aucun sens. Au début, c’était simple d’aimer virtuellement, avec le temps qui est passé, c’est devenu un calvaire, ça ne pouvait pas durer. Il me disait qu’il me formait et j’apprenais des tas de choses. Quand j’arrivais à me distancier, il me disait comme il avait besoin de moi, de nous, et de mes messages. Il me rattrapait finement et je revenais toujours. Nous allions toujours nous voir dans un mois et après la non-rencontre, il me disait que j’avais encore des choses à apprendre, que la prochaine fois serait la dernière. Mais il y a eu des tonnes de prochaines fois.

Avec le temps, j’ai compris que sans nouvelle rencontre physique, il m’était impossible de connaître ses réelles intentions, impossible. Pourtant cette histoire a duré très longtemps. Pourtant, je ne crois en l’amour que lorsqu’il déjoue notre réalité humaine dans son étroitesse physique et matérielle et nous illumine dans sa majesté de présence subtile. Dans cette histoire virtuelle, il manquait la dimension palpable et le grand écart entre ma vision de l’amour, incarné dans le réel, et la nature de cette relation me plaçait en porte-à-faux. Elle engendrait un sentiment très désagréable qui n’avait rien à voir avec l’amour. Avons-nous déjà été dans une relation virtuelle ? Nous a-t-elle fait du bien ? Nous a-t-elle fait souffrir ? Pouvons-nous qualifier cette relation comme une relation d’amour ?

Des malfaiteurs abusent de personnes très bien dans des relations amoureuses virtuelles.

Sophie était célibataire, elle s’est inscrite sur un site internet et a rencontré Sam qui habitait à l’autre bout de la planète. Echanges virtuels et pourtant si magnifiques, je l’ai vue se transformer, cette magie amoureuse. Je m’inquiétais qu’elle ne le rencontre pas, il avait tout, tout… sauf de l’argent, il avait acheté son billet d’avion, mais un problème professionnel l’a retenu, puis un accident, il a eu besoin d’argent et lui en a demandé. Pauvre bonne poire. Emprise amoureuse dans sa plus vile essence… elle a envoyé plusieurs fois de l’argent pour finalement comprendre. Son cœur était en miettes et son compte en banque à sec[ii]. Connaissons-nous des personnes qui ont été abusées ? Avons-nous été abusé ? Avons-nous honte ? Réalisons-nous que nous avons été une victime et que la honte se trouve du côté du manipulateur ?

En parlant d’amour, certains guides profitent de leur position pour abuser des victimes.

L’amour peut également n’être qu’un mirage dans une relation enseignant-enseigné. Comme ingénieur formateur, j’ai mesuré le pouvoir du formateur sur son élève parce que nous sommes leur référence, leur source de savoir ou leur tuteur.

Tout le monde connaît cette ascendance du maître sur l’élève, plus ou moins importante selon l’élève, du gourou sur ses adeptes, du professeur sur ses étudiants, de l’adulte sur l’enfant, de la responsable sur son subalterne et du coach, de l’entraineur et du mentor en général sur son apprenti quel que soit le domaine. L’enseignant nous éveille-t-il à nos propres qualités et nous aide à les déployer ? Est-ce que nous l’aidons aussi à se déployer ? Est-ce que nous sommes dans une relation d’égal à égal ou dans une relation toxique ? Abuser de sa position de guide sur l’apprenant est irresponsable, c’est un crime.

Pouvons-nous aimer un robot ?

Aujourd’hui, de pauvres malheureux s’achètent un robot pour trouver un compagnon de vie, est-ce un progrès ou est-ce une régression ? Miroir en alter-égo ? Où est l’altérité ? Où est la chaleur humaine ? Où sont les rêves ? Dans ses discussions, le robot pourra proposer des sujets qu’il connaît, et il aura une expertise exceptionnelle, mais où seront ses émotions, ses colères, ses exaspérations, son intensité, son opinion personnelle, ses réactions de défense et d’attaque, sa tendresse, sa créativité ? Et sa chair, sa vie sexuelle ? C’est l’apologie de la technique qu’on laisse nous mener par le bout du nez. La technologie semble de plus en plus créative, pourtant elle découle d’un processus préétabli par l’intelligence humaine et logique, elle est le fruit de bits et de lignes de codes inventées et assemblées de façon logique par des personnes en chair et en os, elle ne réfléchit pas. Les ordinateurs quantiques ont une approche plus globale, sont-ils plus intelligents ? Si nous arrivons à créer des machines sensuelles, aussi jolies et sexy soient-elles, envisageons-nous qu’un robot nous offre un jour la jouissance d’un lien humain ?


[i] Le harcèlement moral – Marie-France Hirigoyen – Pocket – 2018

[ii] Amour, emprise et m@nipulation sur internet – Stéphanie Vigne – Librairie Eyrolles – 2017

Ames soeurs

Je me suis sentie si vivante
Dans cette relation innocente
La vie dans toute sa splendeur
Sourire, énergie et bonheur
Tout mon être plein de vie
Bonne humeur dans mes envies
Je me sentais heureuse
Je suis tombée amoureuse

Nous avons appris à nous connaître
A rire, échanger, apparaître
J’ai perçu la vie en lui
Son esprit et ses folies
Ses trésors cachés
Son cœur panaché
Je suis tombée amoureuse de lui
Comme un rêve accompli

Comme disciple et apôtre
Repère et refuge l’un de l’autre
Croissance intérieure
Avec éthique et honneur
Respect de nos âmes humaines
Malgré les embûches et les peines
Actions conformes à nos valeurs
Grandis, en tout, dans nos meilleurs

Partage de nos vulnérabilités
Tourments et créativité
Peurs et authenticité
Soutien avec intensité
Chant de la vie dans tous ses états
Attente, baisers et entrelacs
Dans les flammes, paix de nos cœurs
Rencontre de deux âmes sœurs

Connaître nos émotions primordiales

Neuf émotions primordiales.
Appendre à les reconnaître nous permet de ne pas rester soumis à nos émotions, mais de les utiliser comme des indicateurs précieux pour nous comprendre et comprendre les autres en facilitant l’échange. Il existe de nombreux ouvrages pour approfondir ce sujet. Parmi nos émotions, six sont considérées comme primaires. Pour m’aider à aborder ce sujet avec mes enfants, j’ai constitué une petite liste préliminaire nommant neuf émotions primordiales. La voici, elle peut être utile comme premier pas vers la reconnaissance des émotions.

  • Sérénité : calme, heureux, sage, patient, tendre.
  • Joie : soulagé, content, amusé, fier, satisfait, câlin.
  • Amour : amical, confiant, gentil, aimant, bienveillant.
  • Surprise : choqué, stupéfait, étonné. 
  • Tristesse : mélancolique, isolé, démoralisé, désespéré.
  • Peur : nerveux, inquiet, effrayé, terrorisé, paniqué.
  • Colère : furieux, pas content, tracassé, énervé, irrité.
  • Dégoût : arrogant, méprisant, répugné, écœuré.
  • Honte : coupable, gêné, contrarié, humilié.

La sérénité est liée à notre capacité à lâcher-prise.
La sérénité est un état de bien-être. Elle nous aide à accepter ce qui se passe et lâcher-prise. Elle nous rend plus patient. Elle nous aide à vivre plus dans le moment présent, en ressentant nos sensations immédiates et en calmant notre cerveau. Nous permet-elle d’exprimer notre gratitude ? Nous aide-t-elle à évacuer les rancunes ? Nous pouvons choisir des objets de réconfort ou des endroits qui nous aident à retrouver cet état de bien-être. En les regardant, en y allant, nous retrouvons plus vite cette sensation de bien-être.

La joie est liée à la satisfaction d’un désir.
La joie s’appuie sur notre besoin de partage. Elle procure des hormones relaxantes et excitantes. C’est un sentiment de plaisir intense dans lequel nous nous sentons en plénitude pour une durée limitée. Pouvons-nous repérer des situations qui nous ont apporté de la joie ? Etions-nous seul ou à plusieurs ? La joie nous donne-t-elle envie d’avancer seul ou de partager ? Dans la joie, nous sentons-nous en accord avec nous-même ? Que nous dit-elle de ce qui est vital pour nous ?

L’amour est liée à une relation réciproque bienveillante.
Nous aimons des personnes chères, dans un couple, une famille ou une amitié. L’amour existe sous des formes innombrables. L’amour authentique est inconditionnel, il nous autorise à donner sans attendre rien en retour. Mais dans une relation d’amour saine, par la réciprocité, nous recevons dans l’échange.
L’état amoureux n’est pas encore de l’amour, mais il peut être un premier pas vers la découverte de l’amour. Il peut apporter palpitations, gorge nouée, mains moites. Nous tombons amoureux quand l’autre répond à nos besoins, sans pour autant en avoir toujours conscience. Plus le sentiment est fulgurant, intuitif et inexplicable, plus il rejoint nos besoins inassouvis. Peu à peu, nous apprenons à découvrir l’autre et à l’aimer pour ce qu’il est. Nous pouvons aussi passer plus doucement de l’amitié vers l’amour. Des psychologues suggèrent que nous créons une relation d’amour avec la personne qui va réveiller nos souffrances intimes et nous aider à les cicatriser grâce à son amour authentique, nous apportant de la sérénité. Le chemin de la relation d’amour sera donc semé d’embûches à surmonter ensemble, dans la confiance réciproque, avec nos vulnérabilités, dans nos entiers, nos singularités, nos meilleurs, nos limites et nos blessures, sans condition, et avec assertivité.
Dans l’amour, nous devenons humbles, beaux, vrais, justes et vivants et sommes prêts à faire face aux surprises et à l’inattendu. Avons-nous ressenti comme l’amour est une force d’une puissance inouïe pour nous mouvoir et nous permettre de croire en la vie ?

La surprise est produite par quelque chose d’inattendu.
C’est une émotion très brève. Accélération cardiaque, souffle coupé. Nous ouvrons grand les yeux, relevons les sourcils et ouvrons grand la bouche. Elle va rapidement faire place à une autre émotion. Elle va devenir bonne ou mauvaise. Si plusieurs stress s’accumulent, nos mécanismes de défense s’enclenchent. Comment réagissons-nous face à l’inattendu ? Aimons-nous les surprises ? Aimons-nous faire des surprises ? Nous rappelons de quelques surprises auxquelles nous avons fait face ? Quel sentiment ont-elles provoqué ? Avons-nous sauté de joie ou nous sommes-nous senti pris de court, ressentant peur ou colère ? Nos proches savent-ils le type de surprises qui nous font plaisir et celles qui ont un caractère négatif ? Que savons-nous de leur rapport à la surprise ?

La tristesse est liée à un besoin de réconfort.
Deuil, découragement, déception. Elle nous indique ce qui nous manque, un besoin insatisfait, un bouleversement brutal ou une perte affective. Nous pouvons avoir un sommeil agité, un réveil précoce, perdre l’estime de nous-même, déprimer, devenir indécis, nous sentir fatigué, avoir mal au dos ou des douleurs musculaires. Dans l’instant, pour l’éloigner, nous pouvons faire avec un exercice d’expiration. Nous pouvons mettre de la musique, danser et nous défouler.
Dans le temps qui passe, que nous dit notre tristesse ? Avons-nous besoin de prendre le temps de la ressentir pour intégrer, par exemple, la disparition d’un être cher ? Avons-nous besoin de nous en distancier pour réintégrer la vie en passant à l’action, n’importe quelle action ? Sommes-nous capable de la mettre dans un coin de notre cœur dans lequel nous reviendrons quand nous en sentirons le besoin ? Voulons-nous clôturer un épisode de notre vie pour passer à autre chose ?

La peur est liée à une insécurité.
Elle nous indique la présence d’un danger ou d’une menace. Elle s’accompagne de nombreuses manifestations physiques comme l’accélération du rythme cardiaque, des bouffées de chaleur, la paleur… Nous avons besoin d’utiliser notre cerveau pour prendre du recul et évaluer si ce danger est réel ou imaginaire, imminent ou lointain, grave ou insignifiant pour se protéger ou maîtriser notre peur pour continuer à vivre. La peur peut nous envahir, et nous couper l’herbe sous le pied. A l’extrême, elle se transforme en angoisse qui revient en boucle. Elle peut nous emmener vers la rumination. Pour sortir de cet état, le mieux est de poser un acte : écrire un texte, un email, faire une course, appeler quelqu’un, rien de spectaculaire, mais pourtant capital pour briser ce cercle vicieux. La logique et des exercices respiratoires ou corporels permettront de nous calmer.

La colère est liée à un besoin de respect et de considération.
Elle naît de la frustration et de l’oppression de nos besoins. Elle peut être suscitée par l’envie et se transformer en jalousie. Associée à un sentiment d’honneur bafoué, elle provoque un désir de vengeance. Tout notre corps la ressent. Nous pouvons exploser et tout casser. Nous pouvons retourner notre colère contre nous-même, broyer des idées noires et déprimer.
Pour dégonfler la colère, nous pouvons respirer très profondément et très lentement, l’observer, nous isoler, aller nous balader seul et crier notre rage, frapper un coussin de colère avec furie, écrire, pleurer, en parler, faire du sport, nous toucher le bras, boire de l’eau, regarder une photo agréable, rire de la situation.
Nous pouvons aussi la transformer en « saine colère » qui nous aide à affirmer qui nous sommes et nos besoins de façon claire et sans équivoque. Bien gérée, en comprenant ce qui s’est passé, en assumant ce qui nous appartient, en identifiant ce qui nous trotte dans la tête, en clarifiant ce que nous ressentons, et s’exprimant en vérité, elle peut nous aider à réduire les conflits et les frustrations. Elle peut nous apporter une force immense pour réagir.
Comment exprimons-nous nos colères, avec débordement et violence ou assertivité ? Quand nous n’exprimons pas nos colères, les retournons-nous contre nous-même ? Se transforment-elles en idées noires ?

Le dégoût est lié à un rejet physique ou moral envers quelqu’un ou quelque chose.
Aversion, répulsion, ne pas avoir de goût pour… C’est une émotion subjective et personnelle. Certains psychologues pensent que le dégoût permettrait de nous protéger pour garantir la survie de l’espèce. Quand nous somme dégoûtés, nous refermons nos sens : nous plissons les yeux, nous les fermons parfois pour ne pas voir l’objet de notre dégoût, nous fronçons le nez, nous avalons notre langue. Nous avons envie de vomir.
Qu’est-ce qui nous dégoûte ? Des gens ? Des comportements ? Des situations ? Des animaux ou des insectes ? La saleté ? Qui ? Quoi ? Lesquels ? Pourquoi ?

La honte est une expérience défensive.
On dit que c’est une émotion mixte, mélange d’émotions et de leurre pour nous berner nous-même et notre interlocuteur. Elle a une dimension sociale, secrète, intime, corporelle et spirituelle. Elle provoque gêne, malaise, peur, exubérance, agressivité… Nous baissons les yeux, la tête, nous rougissons. Nous ruminons en nous dévalorisant, nous nous sentons indigne. Nous avons un comportement social inadapté, isolement, inhibition, paralysie, évitement, phobie, anxiété ou ambition et exhibitionnisme… La honte de la victime double son martyr, car elle souffre d’une situation abusive et souffre en plus de la honte d’avoir subi une violence toxique. Dans ce cas, la honte est mal gérée.
Dans le cas inverse, nous pouvons utiliser notre honte pour nous informer d’un dysfonctionnement. Elle est puissante, elle nous permet de remettre en cause une situation qui n’est pas juste pour nous. Reconnaître notre honte nous permet de réaliser qu’une situation nous fait souffrir, elle nous donne la force de réagir.
Avons-nous ressenti de la honte ? Nous a-t-elle permis de poser des limites pour stopper un comportement dégradant ou refuser une situation déshumanisante, sans altérer notre identité ? Nous a-t-elle permis de rester humain sans tomber dans la bestialité ? Pouvons-nous reconnaître notre honte, pour devenir bienveillant avec nous-même, nous pardonner et refuser les situations qui ont fait naître ce sentiment ? Si la honte vient de notre comportement vis-à-vis d’autrui, pouvons-nous demander pardon en apportant réparation pour nos actions blessantes ou abusives et pour retrouver notre dignité ?
D’autres sentiments mixtes sont l’amertume, la culpabilité, la jalousie, la mépris, la pitié, la rancune ou le ressentiment. Que pouvons-nous apprendre de ces émotions ?