Economie de marché, tirée par la demande

Pour une économie qui réponde plus à nos besoins réels, j’ai imaginé une économie de marché tirée par la demande. Aujourd’hui, nous sommes dans une économie de marché tirée par l’offre : les entreprises proposent des produits et s’ils nous intéressent ou si publicité et marketing arrivent à nous convaincre que nous en avons besoin, nous les achetons. En remettant la pyramide à l’endroit, posée sur une large base qui s’exprime plutôt que sur un étroit sommet décisionnaire, nous pourrions créer une économie de marché tirée par la demande : les marchés formuleraient leurs besoins, avec l’aide de visionnaires, créatifs, scientifiques, ingénieurs ou artistes et entrepreneurs pour développer de nouveaux produits qui satisfont de réels besoins identifiés dans la population des territoires. Les territoires choisiraient leur production dans le cadre d’une économie éthique, durable, circulaire, solidaire et responsable. Je ne m’y connais pas particulièrement en économie, c’est la réflexion d’une mère de famille avec une vie professionnelle dans divers univers. Plutôt que de jouer avec des concepts, voici un exemple imaginaire.

Exemple de marque imaginaire.
Nous sommes tous rassurés par le nom d’une marque que nous connaissons car nous le relions à la qualité, à des valeurs, à l’évasion ou à l’innovation par exemple. Imaginons une marque de biscuits Kissyu, adorée par petits et grands, réputée dans le monde entier. La recette de ces biscuits a été inventée par Mme Yummy qui a créé de nombreuses autres recettes, toutes destinées à être fabriquées par des artisans. Mme Yummy veut participer à l’avènement d’un monde qui respecte nos écosystèmes humains et naturels et fixe des exigences d’éthique et de qualité parmi lesquels : commerce équitable, circuits courts si possible, agriculture biologique ou raisonnée, recyclage des produits et emballages, responsabilité sociétale de l’entreprise incluant une rémunération digne pour tous les acteurs de la filière, qualité nutritionnelle qui respecte la santé des gourmands.
Le territoire α vient d’être démarché par le réseau Yummy. Il a envie de produire ces biscuits car il sait que cela devrait être rentable. Il interroge son marché et les marchés avoisinants pour comprendre si les gens sont intéressés ou non par le produit. Au vu de la réponse positive qu’il reçoit, il décide d’intégrer le réseau. Cela implique qu’il paiera des redevances liées à son chiffre d’affaire au réseau.

Réseau d’indépendants.
Intégrer le réseau, c’est s’engager à respecter les exigences qualité requises dans cette économie solidaire systémique, c’est profiter de la synergie de groupe. Le réseau Yummy est un réseau d’indépendants qui s’engagent à respecter les exigences de la marque. Le territoire va donc faire appel aux artisans de la région pour savoir qui voudrait se lancer dans le projet en créant totalement l’activité ou en transformant ou complétant son activité actuelle.
Pour les matières premières : blé, matière grasse, chocolat, lait, œufs et autres, tout ce qui peut être acquis en circuit court est choisi. Le territoire, parfois associé à d’autres territoires a créé des coopératives qui collectent les céréales, le lait, les œufs et tous autres produits locaux. Ces coopératives indépendantes sont reliées en réseau pour permettre les synergies et les échanges de pratiques.
Pour le chocolat, le territoire, associé à quelques autres territoires, possède sa propre filière cacao.
Pour les emballages, le territoire a également une filière d’emballages biodégradables ou recyclés et fait appel à ses partenaires locaux.

Pour la communication et la promotion de la marque, le réseau propose des idées à mettre en avant. Les premières idées viennent des proches collaborateurs de Mme Yummy. Ensuite, c’est souvent les idées locales qui sont redéployées. La promotion est orchestrée localement car le territoire ne promeut pas uniquement les biscuits « Kissyu par α » mais les biscuits qui sont sains (comme des biscuits peuvent l’être), rentables et durables pour le territoire. Or le territoire α a de nombreux artisans en nom propre qui créent un tissu social et professionnel riche et veut promouvoir également le travail de ses meilleurs artisans, élus par les consommateurs. Ce territoire n’a jamais eu un gros budget publicitaire car les produits qui fonctionnent bien sont rentables et les autres sont abandonnés.
Ce territoire dépense plus en recherche et développement. Ses équipes, qui sont en lien constant avec d’autres équipes nationales et internationales pour favoriser l’émergence de nouvelles découvertes, ont d’ailleurs inventé de nombreux produits innovants qui se sont diffusés peu à peu dans d’autres territoires et reçoit des redevances substantielles liées à ces produits. Lorsqu’une personne ou une équipe a découvert un principe ou inventé un produit qui devient rentable, il reçoit à vie une redevance sur les ventes. Pas grand-chose, mais quand le produit devient un hit, ça peut rendre vraiment riche.
Au lancement du produit, le territoire a choisi de faire une campagne promotionnelle « Kissyu par α », il s’est basé pour cela sur une campagne existante dans le réseau, qu’il a adaptée à la culture locale, en revanche, après un an, il a fait une campagne promotionnelle multimarque. Pour ces deux campagnes, c’est l’agence de communication locale Néovi, membre d’un réseau d’agences indépendantes, qui a gagné la campagne. Elle a communiqué ensuite ses idées au réseau qui ont été reprises, elle reçoit maintenant des redevances.

Le territoire a légèrement modifié la recette pour s’adapter aux conditions locales et le réseau a validé cette variation puis l’a diffusée à tous les partenaires. Après six mois, Pascal, l’un des artisans, a proposé une variante un peu moins grasse de la recette. Yummy a de nouveau validé et informé le réseau. Cinq autres territoires ont immédiatement décidé de suivre cette nouvelle recette. Grâce à cette idée, Pascal reçoit maintenant un petit complément de revenu chaque mois lié aux royalties sur les ventes des produits qui adoptent sa recette.

Déontologie et personnalisation.
Quant à Youssef, il adhère depuis cinq ans au réseau de la marque de vêtements Beefree pour fabriquer des vêtements aux exigences de l’économie solidaire systémique. Aujourd’hui, il utilise le coton bio du réseau Beefree. Or, le douflex, un nouveau matériau à base de produits recyclés vient d’être inventé, avec toutes les qualités des textiles coton bio mais plus rentable et produit localement. Il vient donc d’informer le réseau Beefree qu’il cesserait de se fournir de coton bio dans un an et demi, c’est l’engagement minimum requis par la filière, pour le remplacer par le douflex. Youssef est en fin de carrière, ce qu’il adore dans la production d’aujourd’hui, c’est la possibilité de personnalisation de chaque vêtement. Depuis une vingtaine d’années, il s’y est vite habitué, les productions permettent des personnalisations de chaque unité, les pièces de rechanges sont facilement accessibles et permettent également de redonner une nouvelle vie à un objet qui paraissait usé.

Influenceurs.
Les influenceurs seraient des spécialistes formés aux exigences de l’économie solidaire systémique. Ils seraient payés par la collectivité en fonction de la taille de leur communauté liée à leurs avis, la pertinence de leurs conseils et un rapport entre le chiffre d’affaire généré et la qualité Bo des produits vendus, qui respectent une économie systémique solidaire. Plutôt que de promouvoir la marque qui les finance, ils deviendraient plus impartiaux pour mettre en avant les produits qui répondent le mieux aux exigences des consommateurs responsables qui recherchent les nouveautés, ou des produits existants dont ils n’ont pas encore beaucoup entendu parler.

Qu’en pensez-vous, quelles seraient vos idées?