Moments ordinaires

La vie n’est pas un long fleuve tranquille, nous faisons face à des évènements, nous devons prendre des décisions et nous passons ou non à l’action. Quand ces moments ordinaires nous laissent amers, pouvons-nous devenir plus conscients de ce qui se passe pour nous sentir mieux avec nous-même?

Regrets, remords et rumination

Préférons-nous avoir des regrets ou des remords ?
Le regret est le déplaisir d’avoir perdu, ou être passé à côté de quelque chose ou quelqu’un
. Il peut aussi venir de la contrariété à faire quelque chose qui nous déplaît pour nous-même ou pour autrui. Le regret nous apporte un sentiment de mécontentement et de chagrin.
Le remord vient du fait d’avoir osé, et de devoir constater que nous nous sommes trompé ou que nous n’aurions pas dû le faire. Le remord pèse sur notre conscience. Pour l’alléger, nous pouvons remplacer l’affirmation « Je n’aurai pas dû le faire » par la question « Pourquoi je l’ai fait ? »

Comment choisir entre les deux ?
L’action est-elle vraiment importante pour nous ? Avons-nous le courage et la volonté de changement en pensant aux différentes conséquences possibles ? Cela en vaut-il la peine ou non ? Face à ces questions, nous pouvons essayer de nous observer au maximum en faisant confiance à nos émotions, nos sentiments, notre intuition et nos signaux corporels. Ressentons-nous élan ou lourdeur ? Nous sentons-nous plein d’énergie ou fatigué ? Parmi nos réactions spontanées, certaines sont toutefois automatiques, liées au passé, et ne nous aident pas. Par exemple, mon nerf sciatique se réveille et me fait mal car la situation ressemble à une situation passée. Si nous arrivons à identifier les raisons de nos réactions, nous pouvons leur redonner une place plus ajustée.

En cherchant à comprendre nos motivations, à réaliser les conséquences de nos actes sur les autres, nous pouvons accepter que notre choix en valait la peine, ou que nous nous nous sommes blessé nous-même ou avons blessé une autre personne. Nous pouvons alors nous pardonner à nous-même ou demander pardon, en apportant réparation. La seule possibilité pour nous soulager du regret ou du remord, qui peut nous entraîner dans la rumination, est de revenir dans le présent.

La rumination découle de nos regrets et remords.
Comment arrêter de ruminer ? Observer ce qui nous entoure : les formes, les couleurs, les mouvements, ou passer à l’action, permet d’arrêter de ruminer. Toucher et ressentir ce que l’on touche, par exemple, se frotter le pouce et l’index et porter notre attention sur le contact de la peau. Notre cerveau ne peut pas se concentrer sur deux choses en même temps. Si nous tournons notre attention sur notre environnement concret, les personnes que nous rencontrons, ou une activité, nous ne pouvons pas nous concentrer sur nos ruminations. Observer et agir nous permet donc de continuer à avancer en choisissant de dépasser nos émotions négatives ou nos pensées récurrentes.

Simplicité

Les erreurs naissent souvent de notre mauvaise compréhension ou de notre manque d’expérience. Parfois nous simplifions trop, c’est le simplisme, parfois nous créons des structures bien trop complexes.
Le simplisme peut engendrer de graves erreurs puisque nous passerons à côté de notions importantes en oubliant de prendre en compte des facteurs primordiaux. La complexité provoque les mêmes travers, nous nous y perdons, les critères de tri sont mal définis et les priorités mal gérées. Trop d’infos tuent l’info.
Le simplisme nourrit l’ignorance. La complexité favorise la confusion. Ces deux défauts créent un terrain parfait pour installer un pouvoir malsain et toxique.
La simplicité, quant à elle, démontre une capacité d’analyse et de synthèse qui permet de repérer les données essentielles et de les trier par ordre d’importance.
La simplicité, fruit d’analyse et de synthèse, crée le terrain le plus favorable au développement sain d’une organisation.

Erreurs et opportunités

Nos erreurs surmontées nous font progresser.
Notre environnement et nos rencontres nous aident, ou nous empêchent, à nous projeter dans un avenir lumineux, à choisir notre parcours ou à nous laisser balloter pour devenir ce que nous sommes. Nos expériences réussies nous donnent confiance en nous et nous légitiment, la prise de recul sur les embûches rencontrées, nos erreurs et nos défaites surmontées nous permettent de progresser. Nos erreurs sont nécessaires et fondamentales pour grandir.
Quand, à dix-huit ans, ma copine dévastée m’a annoncé qu’elle avait loupé son permis de conduire et que c’était la première fois qu’elle ratait quelque chose dans sa vie, j’étais abasourdie, non pour son permis mais pour son expérience de la vie. Nos performances nous donnent confiance en nous, le respect de nos valeurs humaines et de notre identité nous donne l’estime de nous-même. Quand découvrons-nous nos limites ? Pouvons-nous trouver nos limites sans tomber ? Si elle ne cherchait pas ses propres limites dans sa jeunesse au risque de s’écrouler et se relever, quand irait-elle au bout d’elle-même ? Nous refusons-nous le droit à l’erreur ? Cela nous motive-t-il ou nous pèse-t-il ? Cela nous isole-t-il ? Avons-nous surmonté des épreuves ? En quoi cela nous a-t-il rendu plus fort ? Les gens qui ont fait des erreurs et les ont surmontées, ou ceux qui ont un parcours apparemment sans embûches, nous rassurent-ils ou nous inquiètent-ils ?

Un échec apparent peut en réalité devenir une formidable opportunité pour notre vie.
Ces questions me rappellent un conte Zen qui a marqué mon adolescence, écrite par Lao Tseu 5 000 ans avant notre ère. Il nous fait réfléchir sur le fait qu’une crise peut déboucher sur une transformation salutaire. Voici un avant-goût du récit.
C’est l’histoire d’un pauvre paysan chinois qui travaillait dur dans ses champs, aidé par son fils unique qui se casse la jambe et devient inutile. Est-ce un bien ou un mal ? Le paysan ne peut le dire. Quelque temps plus tard, la guerre éclate. Tous les jeunes hommes du village sont enrôlés dans l’armée, sauf ce fils invalide qui restera éloigné des combats meurtriers. Est-ce un bien ou un mal ? Le paysan ne peut le dire.
Ce conte peut nous aider à faire face aux événements, à ne rester ni trop optimiste, ni trop pessimiste, mais ouvert à toutes éventualités car nous ne savons pas de quoi l’avenir sera fait. Acceptons-nous de ne pas tout contrôler et de vivre notre vie avec ses aléas ? L’introspection peut-elle nous aider à mieux repérer nos réactions face à l’imprévu pour choisir notre vie avec plus de conscience et de confiance ?

Facteurs d’engagement

Qu’est-ce qui nous motive à agir ?
La théorie d’Herzberg s’intéresse à la manière dont nos besoins interagissent avec l’environnement pour nous amener à faire une chose plutôt qu’une autre, avec intensité ou nonchalance. Il a demandé en 1960, à deux cent ingénieurs et comptables, ce qui avait considérablement impacté leur motivation au travail en notant les effets sur leur rendement, leurs relations et leur bien-être personnel. Il a recensé deux types de facteurs.
– Les facteurs de motivation sont surtout reliés au contenu de la tâche et sont sources de satisfaction.
– Les facteurs d’hygiène dépendent de l’environnement de travail, l’organisation, le salaire, la sécurité de l’emploi par exemple, ils peuvent devenir sources d’insatisfaction.
Satisfaction et insatisfaction ne sont pas l’inverse l’une de l’autre. Leur opposé est l’absence de satisfaction ou d’insatisfaction.
Etant donné que les facteurs de satisfaction et d’insatisfaction sont différents, nous pouvons donc être à la fois satisfait et insatisfait dans un emploi. C’est une réalité que nous pourrions étendre à toute situation.

Quelles sont les caractéristiques de la personne motivée ?
Voici les constats d’Herzberg, Maslow et quelques autres. La personne motivée est attentive à elle-même et à son environnement, souvent satisfaite, positive, débordante d’énergie et peu stressée.
Elle se sent comblée et est très généreuse. Elle s’accepte comme elle est. Originale et créative, naturelle et sans prétention, elle sait qu’elle n’est pas parfaite. Elle a des perceptions justes des choses et en est consciente. Elle se penche sur des problèmes extérieurs à elle, a un sens éthique très développé, aime se retrouver seule et être un peu à l’écart. Elle est spontanée dans sa pensée et sa conduite, elle aime tous les plaisirs de la vie, respecte les conventions et s’intègre à la culture de la société. Elle aime apprendre, aime les gens, est gentille, curieuse, ouverte d’esprit, sage, courageuse, persévérante, authentique. Elle a le sens de l’intelligence sociale et du travail en groupe.
Parler d’engagement nécessite quelques prérequis : avoir ses besoins physiologiques satisfaits : une assez bonne santé, une et une sécurité matérielle. Quant à la stabilité affective, est-elle importante pour nos engagements extérieurs ? Pour moi, oui. De quoi avons-nous besoin pour rester engagé ? Reconnaissance de nos pairs, résultats tangibles suite à nos efforts, compensation financière, affective ou psychologique en adéquation avec la situation dans laquelle nous nous sommes investi ? La rémunération est-elle primordiale ou secondaire ? Etant donné que tout travail mérite salaire, quelle est l’importance du salaire de la part d’un l’employeur ? Pour nous sentir responsable, nous avons besoin de prendre part à la décision qui aura une incidence sur notre vie personnelle et professionnelle. Comment pouvons-nous prendre en compte cette donnée dans nos organisations ?

De quoi avons-nous besoin pour nous engager ?
Nous agissons pour de bonnes et de mauvaises raisons.
Nos bonnes raisons d’agir sont celles qui comblent nos besoins dans le respect de l’autre. Ces besoins incluent notre développement et celui de la société dans laquelle nous vivons en humanité. Ces actions donnent du sens à notre vie.
Nos mauvaises raisons sont liées à une réponse insatisfaisante à nos besoins, elles sont purement égoïstes, ou protectrices de nos blessures intimes et boucliers de nos souffrances.
Nous pouvons aussi agir en solidarité pour nous donner une bonne image de nous-même, sans réellement nous intéresser aux résultats de notre action pour les personnes que nous aidons.

Maturité adulte

Qu’est-ce que la maturité adulte ?
Notre personnalité se dessine au fur et à mesure de nos expériences dans un environnement donné. Elle évolue donc tout au long de notre vie et nous la restructurons en fonction des évènements de notre existence. La plasticité de notre cerveau nous permet de nous adapter et d’évoluer à tout âge. Être mûr, est-ce aussi assumer notre vie, malgré tout et avec tout, nos blessures, nos peurs, notre honte, nos parents et nos histoires personnelles et les soigner ? Est-ce qu’un signe de la maturité est de nous aimer nous-même et d’aimer les autres, dans l’appréciation de nos meilleurs et l’acceptation de nos pires ?

Notre personnalité s’affirme en fonction de trois enjeux développementaux.
La Gestalt-thérapie du lien[i] explique le développement de notre personnalité avec de nombreux facteurs. Elle met en avant les trois enjeux pour le développement de la personnalité, ils s’imbriquent dans nos besoins et envies et les complètent.
S’attacher. Un enfant a besoin de s’attacher profondément à une personne pour grandir harmonieusement car il se sent alors en sécurité. S’il sent que nous sommes là pour lui, il sait qu’il peut demander de l’aide et cela lui permet de mieux gérer ses émotions et de créer des liens intimes et durables. Cette expérience lui apprend peu à peu à gérer tout seul ses émotions.
Avoir une bonne estime de soi. C’est être capable de se reconnaître à sa juste valeur, savoir s’affirmer avec assertivité, c’est-à-dire à s’exprimer et à défendre ses droits sans empiéter sur ceux des autres et s’accepter avec bienveillance. C’est reconnaître ses forces et ses limites, faire face à la nouveauté, surmonter ses erreurs et entendre les critiques d’autrui sans se sentir ébranlé.
Equilibrer son éros et son éthos. Eros est le rapport au plaisir et à la sexualité et éthos, le rapport aux limites, à l’éthique et à la règle. Se sentir à l’aise avec son genre et sa sexualité, respecter la loi sans se sentir contraint, se sentir intègre et capable de ressentir du plaisir dans l’échange tout en respectant l’autre.

Pour atteindre notre maturité adulte, nous avons besoin de nous attacher profondément, avoir une bonne estime de nous-même, avoir une sexualité épanouie et trouver des plaisirs tout en acceptant des limites et en respectant les autres et les lois sereinement.

Nous sentons-nous un adulte mûr ?
Nous pouvons choisir à tout âge le chemin de la maturité et trouver cet équilibre de notre personnalité d’adulte. Elle nous permet de nous aimer dans notre différence et de nous sentir vivant avec les gens qui nous entourent.
De nombreux tests et de nombreuses classifications définissent des typologies de personnalités. Ces tests ont l’avantage de nous aider à explorer nos fonctionnements et de nous permettre de comprendre que deux individus, face à une même situation, peuvent réagir très différemment. Ces catégories ne nous réduisent-elles pourtant pas à de petites cases limitantes ? Prendre ces résultats de tests comme une indication de notre fonctionnement dans un contexte donné peut-être éclairant, nous restreindre à une description générale est forcément erroné. Réagissons-nous toujours de la même manière dans tous les contextes avec tous les types de personnes ? Quel recul prenons-nous sur ces informations ? Nous laissons-nous la liberté de devenir entier ?


[i] Des clés pour comprendre les impasses de nos vies : ma vie vue par la Gestalt-Thérapie du Lien – Aliette Defoort, Elisabeth Drault  – Auto-édition – 2019