Amours malheureux

L’assistance à l’autre n’est pas de l’amour.

D’autres couples confondent l’amour qui les relient et l’assistance l’un envers l’autre. Que faisons-nous quand nous protégeons l’autre, est-ce que nous le restreignons ou est-ce que nous lui offrons la liberté ? Mes parents connaissaient un couple dont l’époux était devenu handicapé suite à un accident. Lumia a répondu à toutes les demandes de son conjoint sans mettre de limite, sans rien refuser pour se préserver elle-même. Elle a perdu de sa liberté, de son essence, de sa vitalité. Lui, a perdu son autonomie. Elle ne s’est pas assez respectée elle-même et en accédant à toutes les requêtes de son mari, elle l’a rendu totalement dépendant. En le protégeant, elle l’a enfermé dans ses manquements et l’a empêché d’évoluer. Elle est devenue son point d’accès au monde extérieur. L’amour, au lieu de devenir source de vie et de liberté, est devenu foyer de dépendance réciproque. Assistons-nous notre chéri.e, nos enfants ? Notre assistance crée-t-elle une dépendance ou leur apporte-t-elle de la liberté ?

Cinq conclusions de comptoir sur l’amour.

Un de mes copains, Fabrice, a deux frères. Il s’est marié avec une femme adorable. Ils étaient amoureux et complémentaires, mais il était peu communicant. Elle a divorcé quand leur fils a eu quinze ans. Son frère Tom a été séduit par une belle Aphrodite qui le subjuguait par sa beauté, l’a épousé jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il était son porte-monnaie et qu’elle le quitte pour un autre qu’elle connaissait depuis toujours. C’est peut-être cette expérience traumatisante qui l’a poussé à se mettre en couple avec une femme qui leur offrait une qualité de vie très agréable grâce à des revenus confortables et qui ne voulait pas d’enfant. Mais ils ont fini par se rendre à l’évidence, leur couple ne fonctionnait pas, elle avait projeté sur lui l’image d’un autre, il avait cédé à la facilité. Ils se sont quittés. De façon tout à fait fortuite, il a rencontré Léna, ils se sont plus, se sont mariés, leur vie est plus simple. Il a maintenant cinquante ans et est devenu père pour la première fois depuis six mois. Sa vie s’est transformée. Il prend soin du bébé et poste des photos de sa petite lumière régulièrement en commentant ses apprentissages. Sa paternité l’épanouit. Fabrice ne l’a jamais vu aussi heureux. Son petit frère quant à lui, s’est marié avec Astou qui venait de quitter son premier mari pour lui. Ils ont eu un petit garçon. Quelques années plus tard, Astou a divorcé pour retrouver son premier mari. Il était abattu. Il a finalement rencontré Elly, déjà mère de deux enfants, avec qui il a eu une petite fille et mène une vie qu’ils ont choisie et pleine des plaisirs et des mouvements de la vie. Mes conclusions de comptoir hâtives :

  • L’amour ne suffit pas, un couple a besoin de communiquer pour durer.
  • Ne nous marions pas avec une beauté, mais créons une relation.
  • Le confort matériel apporte de la sécurité, pas du bonheur, cherchons l’amour avant la facilité.
  • Réfléchissons bien avant de nous engager avec quelqu’un qui quitte son partenaire pour nous, nous pourrions être le prochain sur la liste.
  • Ce n’est pas toujours dans les relations que nous avions imaginées que nous trouvons l’équilibre et le bonheur. Et parfois même, les différences vont devenir le terreau de la vie puisqu’elles obligent le couple à se créer de nouvelles références qui ne sont plus ni celles de l’un, ni celles de l’autre. Ils créent leur lien à leur image.

Roméo et Juliette, un amour psychotique.

Quand nous parlons d’âmes sœurs, ne nous méprisons pas, la plus grande légende de l’histoire d’amour nous entraîne sur un chemin sans issue. Roméo et Juliette, le couple romantique par excellence, est un amour bancal, psychotique, les gamins sont tellement incapables d’aimer avec force qu’ils préfèrent se tuer ensemble plutôt que de résister ensemble grâce à la force d’amour qui les relie. Amour toxique dans toute sa splendeur.

Maman a peut-être raison.

Quand la mère d’un jeune homme se plaint qu’une fille a jeté le grappin sur son fils et que celui-ci ne veut rien entendre… elle a certainement raison. Une mère veut le meilleur pour son fils, mise à part celles qui veulent juste garder leur grand chéri pour elle toute seule. Or, un mec qui a trouvé une nana avec qui il a une relation sexuelle intense et euphorisante et qui lui dit plein de choses agréables va voir son hormone de l’amour, l’ocytocine, monter en flèche, il va donc se sentir super amoureux, mais pas de la personne qu’il a en face de lui, juste de l’état aphrodisiaque dans lequel il se trouve. Peut-être devrait-il essayer de comprendre pourquoi maman a ce sentiment et se projeter avec sa dulcinée dans une période un peu sèche en ocytocine, aura-t-il envie de continuer à chérir sa belle ?

Certaines relations sont toxiques.

Nous acceptons parfois des relations toxiques que nous croyons être des relations bienveillantes. Dans les relations amoureuses, de nombreuses femmes sont ainsi manipulées et utilisées et la réciproque est vraie même si les hommes s’en rendent moins compte et s’échappent plus facilement dans l’action pour s’évader d’une relation de couple destructrice de leur humanité. Dans une relation toxique[i], l’un des partenaires attaque la singularité de l’autre par l’usure et sous cette emprise, sa victime se laisse plus facilement soumettre, c’est un fait reconnu par les psychologues.

Les trois phases sont une première phase de lune de miel, puis la relation rend addict et dépendant et enfin, la proie se sent déprimée. Avec des ascenseurs émotionnels, des remarques insidieuses, des comportements blessants, des mensonges, des alternances de douceurs et de violences ou menaces, la personne abusive sape l’autonomie et la confiance de l’autre qui devient confus et ne peut se sortir seul de cette relation d’emprise. La victime peut garder son énergie, mais vit en dépendance psychologique, la plupart du temps invisible pour l’entourage, à cause du harcèlement moral.

La victime elle-même et ses proches ne comprennent pas toujours ce qu’il se passe, ils constatent seulement qu’elle n’est plus la même, et pour le pire. Ils ne mesurent pas comme elle a perdu sa capacité de jugement. Prendre conscience de l’emprise amoureuse est certainement un premier pas pour revenir à ses propres besoins et s’en sortir. Sommes-nous dans une relation toxique dans laquelle un.e abuseur prend l’ascendant sur l’autre et, par la confusion, anéantit la capacité de prise de recul de la victime ? La victime va-t-elle chercher de l’aide ?

Une relation virtuelle n’est pas une relation d’amour.

J’ai vécu un moment une relation virtuelle. J’ai eu des très hauts et des très bas. Au début j’ai rencontré un homme, puis nous avons débuté des échanges sur internet. Nous ne nous sommes jamais revus. Tout est resté virtuel. Je ne sais pas comment s’est passé le tour de passe-passe entre cette rencontre réelle et cette relation virtuelle, mais je me suis laissée totalement abusée, il utilisait tous les ressorts de la manipulation. Il me disait comme il m’aimait, comme il m’admirait, comme j’étais belle, comme j’étais intelligente, bref, il comblait mes besoins fondamentaux d’être humain. Il m’envoyait dans la vie réelle des messages, mais n’était jamais présent.

Mon cœur était balloté, j’avais des angoisses, je ne voulais pas me blesser en aimant, ça n’avait aucun sens. Au début, c’était simple d’aimer virtuellement, avec le temps qui est passé, c’est devenu un calvaire, ça ne pouvait pas durer. Il me disait qu’il me formait et j’apprenais des tas de choses. Quand j’arrivais à me distancier, il me disait comme il avait besoin de moi, de nous, et de mes messages. Il me rattrapait finement et je revenais toujours. Nous allions toujours nous voir dans un mois et après la non-rencontre, il me disait que j’avais encore des choses à apprendre, que la prochaine fois serait la dernière. Mais il y a eu des tonnes de prochaines fois.

Avec le temps, j’ai compris que sans nouvelle rencontre physique, il m’était impossible de connaître ses réelles intentions, impossible. Pourtant cette histoire a duré très longtemps. Pourtant, je ne crois en l’amour que lorsqu’il déjoue notre réalité humaine dans son étroitesse physique et matérielle et nous illumine dans sa majesté de présence subtile. Dans cette histoire virtuelle, il manquait la dimension palpable et le grand écart entre ma vision de l’amour, incarné dans le réel, et la nature de cette relation me plaçait en porte-à-faux. Elle engendrait un sentiment très désagréable qui n’avait rien à voir avec l’amour. Avons-nous déjà été dans une relation virtuelle ? Nous a-t-elle fait du bien ? Nous a-t-elle fait souffrir ? Pouvons-nous qualifier cette relation comme une relation d’amour ?

Des malfaiteurs abusent de personnes très bien dans des relations amoureuses virtuelles.

Sophie était célibataire, elle s’est inscrite sur un site internet et a rencontré Sam qui habitait à l’autre bout de la planète. Echanges virtuels et pourtant si magnifiques, je l’ai vue se transformer, cette magie amoureuse. Je m’inquiétais qu’elle ne le rencontre pas, il avait tout, tout… sauf de l’argent, il avait acheté son billet d’avion, mais un problème professionnel l’a retenu, puis un accident, il a eu besoin d’argent et lui en a demandé. Pauvre bonne poire. Emprise amoureuse dans sa plus vile essence… elle a envoyé plusieurs fois de l’argent pour finalement comprendre. Son cœur était en miettes et son compte en banque à sec[ii]. Connaissons-nous des personnes qui ont été abusées ? Avons-nous été abusé ? Avons-nous honte ? Réalisons-nous que nous avons été une victime et que la honte se trouve du côté du manipulateur ?

En parlant d’amour, certains guides profitent de leur position pour abuser des victimes.

L’amour peut également n’être qu’un mirage dans une relation enseignant-enseigné. Comme ingénieur formateur, j’ai mesuré le pouvoir du formateur sur son élève parce que nous sommes leur référence, leur source de savoir ou leur tuteur.

Tout le monde connaît cette ascendance du maître sur l’élève, plus ou moins importante selon l’élève, du gourou sur ses adeptes, du professeur sur ses étudiants, de l’adulte sur l’enfant, de la responsable sur son subalterne et du coach, de l’entraineur et du mentor en général sur son apprenti quel que soit le domaine. L’enseignant nous éveille-t-il à nos propres qualités et nous aide à les déployer ? Est-ce que nous l’aidons aussi à se déployer ? Est-ce que nous sommes dans une relation d’égal à égal ou dans une relation toxique ? Abuser de sa position de guide sur l’apprenant est irresponsable, c’est un crime.

Pouvons-nous aimer un robot ?

Aujourd’hui, de pauvres malheureux s’achètent un robot pour trouver un compagnon de vie, est-ce un progrès ou est-ce une régression ? Miroir en alter-égo ? Où est l’altérité ? Où est la chaleur humaine ? Où sont les rêves ? Dans ses discussions, le robot pourra proposer des sujets qu’il connaît, et il aura une expertise exceptionnelle, mais où seront ses émotions, ses colères, ses exaspérations, son intensité, son opinion personnelle, ses réactions de défense et d’attaque, sa tendresse, sa créativité ? Et sa chair, sa vie sexuelle ? C’est l’apologie de la technique qu’on laisse nous mener par le bout du nez. La technologie semble de plus en plus créative, pourtant elle découle d’un processus préétabli par l’intelligence humaine et logique, elle est le fruit de bits et de lignes de codes inventées et assemblées de façon logique par des personnes en chair et en os, elle ne réfléchit pas. Les ordinateurs quantiques ont une approche plus globale, sont-ils plus intelligents ? Si nous arrivons à créer des machines sensuelles, aussi jolies et sexy soient-elles, envisageons-nous qu’un robot nous offre un jour la jouissance d’un lien humain ?


[i] Le harcèlement moral – Marie-France Hirigoyen – Pocket – 2018

[ii] Amour, emprise et m@nipulation sur internet – Stéphanie Vigne – Librairie Eyrolles – 2017