Discernement

Ecoutons-nous nos sensations corporelles ?

Quand nous y prêtons attention, nos tripes, nos émotions et notre corps peuvent nous informer en partie sur la nature de l’intention, bienveillante ou calculée, de nos interlocuteurs. Par exemple, être tendu, avoir mal au ventre, mal dormir. Prenons-nous en compte ces réactions corporelles spontanées ? Sentons-nous si nous sommes apaisés ou stressés, l’esprit clair ou confus, si notre corps se plaint ou non ? Notre corps et nos émotions peuvent être de bons alliés, ils déjouent les circuits de notre cerveau pour venir nous informer directement du déséquilibre de notre environnement. Mais nous avons aussi besoin d’éléments tangibles et réels.

Dans une relation virtuelle, l’absence de contact physique et de ressenti direct en présence de notre interlocuteur rend impossible l’usage de nos sensations physiques, même si notre corps réagit. Nous ne pourrons jamais avoir de certitude dans une telle relation. Dans ce cas-là, nous devons faire appel à notre intuition et notre logique.

Nos décisions cartésiennes ont-elles une part intuitive ?

Mon fils me dit que l’intuition n’existe pas. Quelle drôle d’affirmation ! Mon approche serait plutôt de comprendre sa nature profonde plutôt que de questionner son existence.

Si nos intuitions nous donnent des idées, les germes de ces pensées ont pu être plantés dans notre cerveau. Notre intuition ne s’appuie que sur ce que nous connaissons déjà du monde. Pouvons-nous avoir l’intuition qu’une plante nous soignera, si nous n’avons jamais entendu parler de cette plante, ne l’avons jamais vue, ni jamais touchée ? Notre intuition seule n’est pas une source fiable de détection, ou non, de manipulation ou d’influence toxique, juste un indicateur dont les informations demandent à être vérifiées.

L’intuition pourrait-elle être le résultat d’une réflexion spontanée de notre cerveau qui aurait traité des informations
sans que le raisonnement ne soit encore arrivé à notre conscience ?

Nous parlons de logique dans nos prises de décisions, les experts en management se rendent pourtant compte que le déclic pour pencher dans une direction ou l’autre est presque toujours intuitif et émotionnel.

La part émotionnelle dans nos décisions.

De nombreux outils et techniques existent pour apprendre à communiquer, nous aider à vivre nos relations et prendre nos décisions avec nos émotions. Si l’essence de tous ces outils était expliquée très simplement, nous pourrions mieux les intégrer comme une aide précieuse dans nos interactions tout en gardant de la spontanéité.

Parmi eux, la méditation pleine conscience ou d’autres techniques relaxantes peuvent nous aider à nous calmer et éloigner une influence. Elles peuvent nous permettre de calmer nos émotions, sans jugement. Prendre du recul. Elles peuvent nous aider à prendre des décisions, à ressentir ce qui est juste et nous apaise, sans nous laisser déborder par une émotion intense et éphémère, en réaction à une situation immédiate frustrante. Utilisons-nous des méthodes qui nous aident à nous calmer et à discerner ce qui est bon pour nous ?

Mon expérience personnelle de toutes ces méthodes est extrêmement positive. Je connais de nombreuses personnes qui les utilisent régulièrement et en mesurent les effets dans leur vie. Pourtant, ces méthodes sont, la plupart du temps, décrites comme des pseudo-sciences, avec des effets peu concluants, voire dangereux, et minimisées en disant qu’aucune étude sérieuse n’a démontré leurs effets. Pourquoi ? La collectivité et le monde scientifique n’ont-ils pas encore fait assez d’études sérieuses sur des techniques formidables, opérantes et peu coûteuses ? Qui finance les études ? Qui bénéficie de la dénigration de ces méthodes ? Voulons-nous prouver, grâce à des études scientifiques sérieuses le degré d’efficacité de ces techniques ?

Quels outils de communication connaissons-nous et utilisons-nous pour nous aider à prendre des décisions plus justes et sereines et avoir des relations plus apaisées et constructives ? Voulons-nous apprendre à mieux vivre avec nos émotions et apprendre à nos enfants à l’école à vivre avec les leurs ? Comment les parents qui ne connaissent pas leurs émotions pourraient-ils apprendre à leurs enfants à les traiter pour le meilleur ?

La procrastination ou « glandouille créative » a aussi son bon côté.

La procrastination est la tendance à remettre au lendemain, à ajourner et à temporiser. Or, plus nous attendons, plus le problème grossit et devient compliqué à résoudre. S’en rappeler peut aider à sortir de la procrastination. Mais la procrastination a aussi du bon, elle aurait été la méthode de nombreux intellectuels tels que Steve Jobs, Victor Hugo ou Léonard de Vinci car elle favorise l’émergence d’idées atypiques. Les Egyptiens de l’Antiquité pensaient que c’était le fait d’attendre le bon moment pour agir. Notre façon de réagir à un évènement ou d’utiliser un trait de caractère rend la situation constructive ou délétère.

Le discernement est la clé de notre autonomie.

Comment apprendre à avoir du jugement ? La base du discernement s’appuie sur la réponse à la question « Pour quoi ? » pour prendre des décisions qui ont du sens. Le but est d’arriver à prendre une décision :

  • Cohérente, avec une finalité, une raison d’être et des valeurs.
  • Discutée avec un pair pour tenter d’éliminer au maximum les biais cognitifs inconscients.
  • En conscience de nos émotions et de celles des personnes impactées.
  • Eclairées par un questionnement et une écoute de notre ressenti, en intégrant l’éthique et les aspects rationnels.
  • Juste, dans le sens de la justesse pour chacun.

Pour cela, nous pouvons prendre le problème dans tous les sens, sous tous ses angles et prendre en compte tous les aspects pour le juger de manière censée et intelligente. Certains aspects sont objectifs, personnes impactées, faits, enjeux, causes, contraintes, options, intérêts en jeux, ressources, conséquences. D’autres aspects sont subjectifs, perceptions, pensées, préoccupations, émotions.

Le discernement est la clé de notre autonomie.

Marie, une amie catholique engagée m’a appris le discernement Ignacien. Quand nous devons prendre une décision importante, nous pouvons commencer par déterminer les options suffisamment raisonnables que nous pouvons envisager concrètement. Puis nous vivons une journée, ou deux ou trois, en ayant choisi la première option et notons, à la fin de cette période, comment nous nous sentons. Nous choisissons ensuite la deuxième option, pendant le même nombre de jour, et notons comment nous nous sentons à la fin de la période. Nous faisons enfin notre bilan émotionnel. Il nous permet de ressentir l’option qui nous fait nous sentir le mieux.

Nous pouvons travailler pour améliorer notre capacité de discernement. Par exemple en nous renseignant sur un sujet que nous ne connaissons pas. Nous commencerons alors à comprendre qui est impacté, dans quels rôles, quels sont les intérêts des uns et des autres, quels sont les faits, les enjeux, les causes, les conséquences, les options, les contraintes, les promesses, nous nous poserons le plus de questions possibles et chercherons des réponses et des points de vue divergents. Nous utiliserons différentes sources d’informations et discuterons du sujet avec nos pairs pour nous forger une opinion personnelle.

Comment une victime peut-elle réagir face à la manipulation ?

Dans tous les cas, en tant que proie d’un abuseur, si nous ne sommes pas trop confus pour prendre une décision, nous devrions commencer par prendre conscience de ce que gagne le manipulateur dans l’échange. Une fois que nous arrivons à nommer l’intérêt du manipulateur, il est beaucoup plus facile de prendre du recul et nous éloigner de lui. Ensuite, nous devrions prendre conscience, avec beaucoup de bienveillance envers nous-même, de ce que nous gagnons, car si une partie de nous-même souffre terriblement, l’autre partie trouve un bénéfice secondaire à rester dans la relation abusive.

Encore une fois, la conscience nous permet de prendre du recul. Dans tous les cas, rester dans une relation toxique pour répondre à notre soif de nous sentir aimé est une grave erreur, car la relation est malsaine et ne peut pas nous donner de fondation solide sur le plan affectif. La confusion peut nous empêcher de passer à l’action, dans ce cas-là, il est indispensable d’accepter ou de demander de l’aide. Trois options s’offrent à nous.

Rester. Nous pouvons reconnaître que nous sommes manipulés, mais voir et accepter cet état car nous mesurons ce que nous apprenons, nous nous développons et prenons confiance en nous. Certains appellent cela de la manipulation positive. Nous pouvons aussi nous sentir contraint dans une situation tout en acceptant d’y rester à cause des bénéfices que nous y trouvons. Dans ces cas, nous avons besoin d’être clairs avec nous-mêmes pour agir en conscience. Ainsi, si notre choix nous conduit dans l’impasse, nous pourrons minimiser nos regrets ou nos remords.

Partir. Nous pouvons quitter la relation toxique, c’est la proposition de solution la plus répandue et sans doute la plus satisfaisante quand nous nous sentons diminué, insécurisé, déstabilisé, confus et angoissé. Une fois sorti de la relation toxique, sans aucune interaction avec l’abuseur, la confusion disparaît très rapidement. De nombreux psychologues conseillent de partir du jour au lendemain sans laisser d’adresse, ce n’est pas toujours facile à faire et cela dépend de l’intensité de l’abus.

Nous interroger régulièrement. Nous pouvons être conscient de l’emprise, sans pour autant nous sentir capable de faire face à une séparation. Le raisonnement peut être tronqué par notre situation. Mais, dans une relation de couple avec enfants, par exemple, nous pouvons choisir de rester quelques années, le temps que les enfants grandissent. Nous pouvons ne pas nous sentir capable de faire face, seul.e, à nos enfants pour les éduquer. Dans ce cas, des livres peuvent nous aider à réagir à l’abus dans chaque interaction pour limiter la casse, nous protéger au maximum et protéger les enfants. Ce faisant, par notre exemple, nous donnons à nos enfants une référence de vie de couple qui ne nous convient pas. Alors, nous pouvons nous interroger régulièrement pour savoir ce que nous nous sentons capable d’assumer et le rechoisir de période en période, nous pourrons ainsi minimiser nos regrets ou nos remords.

Si nous influencions notre cerveau pour construire nos rêves, que se passerait-il ?

Si nous apprenions à prendre du recul sur nos influences et voir le positif du présent en nous projetant positivement dans l’avenir, aurions-nous plus de chances de créer un monde dont nous sommes fiers ? Quand nous sommes souriants et plein d’élan, attirons-nous plus de monde prêt à nous aider que quand nous déprimons, sommes négatifs ou anxieux ? Le jour où nous décidons de partir à « l’îlovacances », nous voyons soudain et entendons partout des informations sur « l’îlovacances ». Quand nous avons une vision des choses, un centre d’intérêt, soudain notre cerveau met en avant tout ce qui nous donne des informations et confirme notre point de vue. Le monde a-t-il changé, ou est-ce uniquement notre cerveau qui a viré ? Quand nous parlons aux gens de ce sujet qui nous intéresse, ils nous apportent encore plus d’informations sur notre centre d’intérêt, en nous aidant à avancer dans notre projet. Voyons-nous un inconvénient à positiver avec pragmatisme et réalisme ? Si nous avions une vision positive de notre avenir commun, trouverions-nous plus de force pour surmonter échecs et épreuves, grandir ensemble et construire un monde plein de vie ?

Le premier pas est d’imaginer nos rêves, le deuxième est d’en parler, car plus nous en parlons, plus ils prennent chair et plus nous agissons pour qu’ils deviennent réalité. Dans le film « Demain[i] », des jeunes trentenaires partent explorer le monde pour découvrir les modèles d’organisations durables existants les plus abouties dans tous les domaines : agriculture, énergie, habitat, économie, éducation et démocratie. N’importe qui peut organiser une projection de ce film, voulons-nous montrer des informations qui nous inspirent, ce film ou d’autres supports ? C’est aussi en communiquant sur nos rêves de demain que nous construisons notre avenir.

Si les individus progressent, cela nous donne-t-il espoir que le monde puisse tendre vers la paix et l’équité pour le futur ? Croître en conscience et reconnaître notre sensibilité et nos besoins authentiques à titre individuel et collectif pourrait-il devenir un remède à la violence dans le monde ? Comment voulons-nous communiquer ? Avons-nous conscience du pouvoir des mots ?


[i] Demain – Film réalisé par Cyril Dion et Mélanie – 2015