La vie en liberté

N'attends pas demain
Pour ouvrir les mains
Regarde une fleur
Cadeau du cœur
Offre un sourire
Echange un rire
Dis un merci
Ciel éclairci
Ose un pardon
Réparation
Ressens tes émotions
Magique potion
Plonge dans les mauvaises
Libère-les, tu t'élèves
Cultive les bonnes
Le jour fredonne
Ton âme n'a pas d'âge
Partage, partage
Tu sentiras la joie
Le bonheur est en toi
Bain d'humanité
La vie en liberté

Nos émotions, nos guides

Nos émotions sont des messagers de nos besoins profonds qui nous appellent en criant.
Comment les écoutons-nous, que nous racontent-elles ? Comment réagissons-nous face à nos émotions ? Nos émotions négatives, plutôt que de nous martyriser, peuvent-elles juste bougrement nous em**der tout en nous aidant à reconnaître notre mal-être et changer la situation ? Pouvons-nous favoriser nos émotions positives pour nous sentir mieux?

La conscience et l’assertivité nous apportent la paix.
L’anxiété, la peur, la colère ou la tristesse peuvent amener la sidération. Toutes les théories complotistes naissent probablement de ce sentiment personnel d’incompréhension, de frustration et d’injustice, voire de victimisation, et de notre besoin d’y trouver un sens.

Nous posons souvent à l’extérieur de nous les influences négatives au lieu de regarder notre responsabilité dans ce qui nous arrive.

Bien sûr, les circonstances extérieures influencent notre vie, pourtant c’est nous qui décidons ce que nous acceptons et ce que nous refusons. Il existe des situations dans lesquelles une victime est abusée contre mon gré, et sous l’effet de la confusion, elle perd son libre arbitre. Peut-elle prendre conscience et demander de l’aide pour échapper à l’emprise d’une personne toxique ? Pourquoi elle et pas quelqu’un d’autre ? Veut-elle comprendre comment ses blessures intimes permettent à un abuseur de la harponner ? Arrivons-nous à nous respecter et nous faire respecter en respectant les autres ? Prenons-nous conscience de nos émotions pour prendre du recul et trouver une réponse satisfaisante à nos besoins et prendre notre part de responsabilité dans ce qui nous arrive ?

J’ai été dans des situations où j’aurai voulu en vouloir à la terre entière, tant je me sentais en décalage avec ce que je voulais vivre, avec les critères de la société, avec ma vision de la vie et de l’amour. Tant dans la globalité de ma vie à certains moments, que dans des relations particulières avec des gens très chers à d’autres moments. Accepter de regarder que je lis les évènements à la lumière de mes croyances et mes expériences, mes manques et mes peurs de manquer et que je favorise ainsi les situations dans lesquelles je me retrouve est d’un inconfort inégalable : je suis responsable de là où je me trouve! C’est même parfois insoutenable à accepter, je n’essaie donc pas de me culpabiliser, ça n’aurait aucun intérêt, j’essaie de découvrir quelles sont mes croyances limitantes, quelles sont mes manques d’expérience, pour reprendre plus consciemment les rennes de ma vie. Surtout, le but n’est pas d’ajouter du stress au stress, c’est plutôt de voir ma réalité en miroir, voir ce qui se passe dans ma tête, pour apprendre à ma tête à gérer différemment mes réactions, pour trouver plus de ressources internes, pour mieux me projeter et faire un virage, en ouvrant des pistes réalistes qui me donnent envie et sont accessibles, pour choisir de progresser pas à pas. Accepter que ma culture, mes références, mes expériences, mes influences me font, parfois, prendre de mauvaises décisions pour voir les situations sous un autre angle et comprendre que je pourrais agir autrement et prendre d’autres décisions.

Attention, je mets un bémol important, je ne voudrais pas ignorer l’injustice de notre monde inéquitable, je parle des opportunités qui m’ont été présentées et que j’aurais pu développer plus. Il reste important de noter que des jeunes filles qui ont grandi dans la caste des intouchables en Inde ou dans une banlieue pauvre d’un pays occidental n’ont pas les mêmes opportunités, au départ, que la fille du chef d’une grande entreprise. Un biais cognitif dit que nous voulons croire que le monde est juste alors que les faits nous indiquent clairement qu’il est injuste et si nous voulons créer un monde plus humain et plus juste, alors, nous avons besoin de regarder la réalité factuellement

J’ai toujours entendu dire qu’il serait préférable de se retrouver seul.e, face à soi même, à la fin d’une relation intime ou en quittant un groupe d’appartenance très soutenant, pour se retrouver soi-même et comprendre ses fonctionnements en dehors d’un ou de plusieurs autres. Facile à dire, compliqué à assumer… souvent nous préférons compter sur les autres pour combler nos peurs de manquer, notre solitude, ou nous pensons que l’autre ou les autres sont le problème. Pourtant, quand nous nous retrouvons de façon cyclique dans le même genre de situation, il y a un moment où nous pouvons nous interroger, pourquoi? Pourquoi je réussis, ou pourquoi je déraille, pourquoi la relation s’épanouit ou pourquoi la relation se détériore, quelle est ma part?
Quand j’ai démarré un premier job à 600 km de chez mes parents, personne ne me connaissait ni d’Eve, ni d’Adam, personne n’avait entendu parler de ma famille et je n’en parlais pas, j’ai donc transmis par mes paroles, mes comportements, mes attitudes, mes tenues vestimentaires, mes activités qui j’étais, seule. Et je me rappelle d’un collègue qui m’a fait une réflexion sur mon passé de « jeune fille de bonne famille ». Je ne m’étais jamais considérée comme telle, même si je venais d’une famille dans laquelle mes parents avaient fait des études supérieures et mes frères et sœurs également. Ce jour-là, je me suis interrogée « Pourquoi et comment ai-je transmis cette image? »

Communiquer au fur-et-à-mesure peut éviter qu’un détail devienne un monstre.
Une source de tension peut venir du fait que nos intérêts et nos besoins inassouvis diffèrent de ceux de nos voisins. Typiquement, quand mon voisin du dessous est venu me dire qu’il déménageait car mes bruits de pas l’indisposaient alors que j’étais discrète, j’ai senti la colère me monter au nez, il devait lui-même être en rage. Y-a-t-il un méchant et un gentil dans cette histoire ? Nous sommes tous les deux restés très calmes et très courtois, nous nous sommes écoutés et je reste sur un sentiment neutre, sans agressivité.

Comment calmons-nous nos émotions pour mieux prendre en main les rennes de nos réactions ?
Comment nos émotions, reconnues ou refoulées, guident-elles une grande partie de nos vies ? Notre monde, particulièrement les médias, la publicité et la culture les connaissent en détail et impliquent nos émotions ou jouent avec elles pour nous faire vibrer ou nous attirer. Quand nos émotions prennent le dessus sans réserve, laissons-nous déborder par elles, perdons-nous notre logique ?
L’idée de me coltiner une tâche administrative me stresse. Il suffit qu’un grain de sable vienne enrayer la machine quand je veux payer mes factures sur internet, je remets au lendemain pour oublier mon stress et j’ignore ma facture pour finir par la payer en retard. Je viens de payer mes factures, après une semaine de report pour des problèmes de connexion informatique, je sens instantanément un poids en moins et la fatigue s’envole. Nous rappeler de cet état de « l’après » peut nous aider à faire ce que nous devons faire quand nous sommes encore dans « l’avant » pour déjouer nos émotions inhibitrices.
Il existe des techniques pour se calmer en 5 à 10 minutes, attention et conscience, respiration comme la respiration en carré ou en rectangle, pensée positive, visualisation, relaxation, méditation, acceptation, mouvements du corps, occupation, ressenti d’une émotion que nous nommons. Utilisons-nous des techniques pour nous calmer ?

Quelle envie avons-nous d’aller mieux ?
J’ai suivi, peu après la naissance d’Oli, un cycle de méditation pleine conscience[i] qui a transformé mon cerveau pour le meilleur. Aucun effet exceptionnel à court terme, ma vie a changé graduellement. Voyant mon évolution, plusieurs de mes proches ont suivi mes pas sans obtenir les mêmes effets. J’y vois deux explications. D’abord, leurs thérapeutes, en mélangeant plusieurs techniques, ont certainement perdu une part de la pureté du processus cognitif proposé. Ensuite, j’ai suivi ce cycle après de longues recherches pour arrêter les anti-dépresseurs et trouver une sortie naturelle et durable à une dépression post-partum. Quand je suis entrée dans ce cycle, j’étais déjà investie émotionnellement dans un lent processus d’évolution et j’ai trouvé la méthode qui me convenait à ce moment de ma vie. S’il me semble que cet outil est particulièrement intéressant, ce n’est pas un outil qui m’a fait sortir de mon marasme, il m’a soutenue dans ma volonté de m’en sortir.
Quelle est notre envie profonde de nous transformer ? Voulons-nous trouver les motivations essentielles qui nous donnent de l’élan ? Pour échapper à leurs blessures d’amour et leur manque de confiance en elles bien caché, certaines personnes deviennent manipulatrices pour garder le contrôle et asseoir leur pouvoir, est-ce une raison pour laquelle notre monde s’est construit sur la domination ? Voulons-nous et pouvons-nous nous transformer pour devenir plus heureux ? Quand nous osons nous remettre en cause pour trouver un équilibre heureux, nous pouvons découvrir des relations harmonieuses qui changent notre univers et pouvons ainsi changer le monde. Est-ce vrai pour les pervers narcissiques ? Leur développement affectif est défaillant, peuvent-ils évoluer ?

Pour qui voulons-nous aller mieux ?
C’est pour mes enfants que j’ai décidé de sortir de ce marasme de manque d’amour. Ils ont toujours été mon moteur, je voulais leur donner mon meilleur. Mon amour pour eux m’a donné l’élan pour aller visiter ces cavernes intérieures et les éclairer pour ma croissance vers la maturité.
Pour qui avons-nous envie d’être le meilleur de nous-même ? Que sommes-nous prêt à entreprendre pour refermer nos cicatrices émotionnelles et changer ?

Des thérapeutes peuvent nous aider à libérer nos douleurs émotionnelles.
Nous pouvons leur parler de nos difficultés relationnelles présentes qui apparaissent dans nos relations intimes, amicales, sociales et professionnelles. Parler de nos émotions bloquantes à un thérapeute qui les entend, les reçois, nous aide à les nommer, à les apprivoiser, à les évacuer, peut nous permettre de mieux les comprendre pour les laisser s’envoler.
Beaucoup de gens commencent une ou deux séances, voire un an de thérapie, arrivent là où ça fait mal, et au lieu de regarder enfin leur blessure profonde et leur douleur avec amour et bienveillance pour les soigner, ils arrêtent la thérapie, c’est une situation banale. C’est dommage. Il existe aussi des thérapies psychocorporelles ou liées aux neurosciences, peut-être que cela leur conviendrait mieux. Avons-nous envie de consulter un thérapeute pour explorer nos souterrains ? Seul, en couple, en famille ? Avons-nous conscience que le but est de comprendre ce qui fait mal pour réduire ou annuler le poids d’une mauvaise expérience du passé, pour se sentir plus vivant et conscient au présent ?
Il existe aussi des thérapeutes qui sont des charlatans, d’autres qui sont des médecins, qui s’intéressent à la médication sans empathie réelle pour la souffrance de leurs patients. Je vous l’ai dit, j’avais des émotions débordantes, elles sont toujours aussi foisonnantes, mais aujourd’hui, j’ai appris à mieux les reconnaître, à les aimer, à les vivre, et j’ai trouvé plus de sérénité et de stabilité émotionnelle.

Mes émotions, c’est la fête foraine. Avant, dès que je voyais un manège, je montais dedans et parfois je n’arrivais pas à sortir du manège, alors j’étais partie pour dix tours d’affilée. Sortie comme si je venais de faire un tour dans une machine à laver le linge et parfois en très mauvaise posture pendant ces tours à gogo. J’étais surprise par chaque manège. Dans certains manèges j’avais peur, dans d’autres, je riais, j’allais aussi dans un restaurant, ou je m’arrêtais autour d’un lac. Aujourd’hui, je connais les manèges, je choisis beaucoup plus quand j’y fais mon tour, et après un tour, si cela me suffit, je quitte le manège, parfois même, je vois le manège, ça me donne un souvenir de mon dernier tour, ça me donne même une émotion, mais je décide que j’y viendrai plus tard. En repassant devant le manège, un peu plus tard, je peux me dire « Ah oui, celui-là, je vais y faire un tour, par exemple, pour sortir la peur dans le train fantôme. Plutôt que d’entrer dans le manège dès que je passe à côté, maintenant je me dis, « Tout à l’heure ou demain, j’irai faire un tour dans le train fantôme, mais maintenant, je préfère aller à la pêche aux canards ». Je peux vous assurer que ma vie s’est embellie. Alors j’ai toujours les loopings, ascenseurs en chute libre, trains splash, mais j’achète le ticket quand je passe devant et j’arrive la plupart du temps à y venir au moment qui me convient. Alors si je suis en train de manger une barbe à papa, j’en profite jusqu’au bout! Et si je viens de manger une plaque de chocolat, je n’entre pas sur le toboggan géant le plus dangereux du monde!

Pour tenter d’apprivoiser mes émotions, j’ai rencontré de nombreux thérapeutes, médecins psychiatre, psychothérapeutes, médecins alternatives, techniques énergétiques, très peu m’ont vraiment aidée. Parmi les purs médecins, j’en ai rencontré plusieurs dans le confort de leur siège, auréolés de leur cursus universitaire, de « sachants » qui, au fond, n’ont aucune idée de ce qui se passe dans mon cerveau, qui mettent des beaux noms sur des « pathologies », si ça va mieux c’est grâce à eux, si ça ne va va, c’est la pathologie. Aucune implication personnelle. Des mots de reconnaissance et d’empathie sans aucune implication émotionnelle : des gens qui m’ont coût cher, que j’ai écouté mais qui ne m’ont pris dans ma souffrance, des médicaments qui m’ont aidée, mais des séances inutiles et déprimantes car elles me laissaient sans espoir de trouver la porte de sortie, pour j’eux, j’avais une pathologie, et il en était ainsi, il fallait attendre qu’elle disparaisse, ce qui arriverait avec le temps. J’ai rencontré un médecin, avec qui j’ai suivi le cycle de méditation pleine conscience pour les déprimés, elle restait distante émotionnellement, mais la technique m’a aidée. J’ai rencontré des thérapeutes qui me racontaient leur vie quand je parlais de la mienne, d’autres qui menaient des discussions de comptoir, d’autres qui m’expliquaient des choses en me parlant d’autres patients ou d’autres exemples de maladie, d’autres qui transféraient leurs soucis avec leurs enfants sur moi et voulaient me venir en aide comme si j’étais leur fille, d’autres qui me parlaient d’émotions avec leur mental, d’autres qui me disaient ce que je devais faire et les décisions que je devais prendre, d’autres qui étaient dans leurs croyances ésotériques destinées à me soigner comme par miracle, ils ne m’ont pas beaucoup aidée non plus. J’ai vu un médecin qui avait une approche cognitive, je devais imaginer que les choses étaient autrement que ce qu’elles étaient, il ne devait pas être bon, j’étais incapable de changer le cours de mes ruminations. J’ai rencontré, comme jeune adulte, un thérapeute en hypnose ericksonienne, me faisant faire du « rêve éveillé », cela m’a aidé, car j’ai mieux compris les figures importantes pour moi. Je n’avais pas envie de raconter ma vie, creuser mon enfance, juste comme un exercice de style soi-disant miraculeux, la psychanalyse ne m’a jamais attirée. J’ai rencontré une thérapeute qui me faisait parler de mes impasses relationnelles actuelles, et qui m’aidait à comprendre pourquoi je réagissais mal dans une situation, en revenant parfois à mon enfance, et en me demandant comment je pourrais réagir autrement. Je la sentais concernée par ma souffrance, par ma douleur à ne pas savoir quoi faire de mes méandres, elle m’a beaucoup aidée.
Et j’ai lu des livres qui m’ont expliqué des techniques. En général, je démarrais, je prenais une ou deux idées et je laissais tomber. Mais, ça me faisait faire un pas. Globalement, j’ai l’impression que j’ai avancé, d’abord, quand je me sentais impliquée et responsable de ma guérison ou de ma gestion de ma vie et de mes émotions. Et quand je me suis faite aidée, les seuls qui m’aient aidée à vraiment avancer sont les rares thérapeutes qui suivaient eux-mêmes une psychothérapie, étaient supervisés dans leur pratique et s’impliquaient émotionnellement. Quand je pense à ces très rares thérapeutes, je me dis qu’ils avaient envie que j’aille mieux. Et désormais, je n’irai plus voir un thérapeute si en sortant, je me dis que je suis juste un de ses patients, qui lui permet d’avoir une vie confortable. Quant aux médecins, leurs médications peuvent être nécessaires mais je ne compte pas sur eux pour m’aider à avancer.
Ces derniers temps, je m’intéresse aux hormones, aux neurosciences, aux pensées , aux visualisations positives, j’y vois une promesse formidable d’aide pour aller bien, elles m’aident déjà, mais je garde à l’esprit que si je veux aller bien, je dois me sentir responsable. Quand je comprends comment fonctionne mon cerveau, comment fonctionne mon corps, cela m’aide à choisir des actions qui vont m’aider à aller bien. Avec ces nouvelles connaissances, l’approche des manèges évolue. C’est très étonnant. Disons que j’ai eu une expérience traumatisante du grand 8 avec ses montagnes russes et ses loopings. Dès que je passe devant, je me sens mal, je n’arrive pas à rester dans l’allée, je vais y faire un tour, je n’arrive pas à sortir et je fais dix tours à la suite et j’en ressors prête à vomir et complètement groggy. Avec les thérapies « neuro », ils vont m’aider à sortir de cet aspirateur qui me contrôle. Ils vont avoir plusieurs approches possibles, je n’ai pas encore beaucoup approfondi, je vais donc expliquer avec ce que j’ai compris à ce jour. Une première possibilité est de me dire de repenser à mon dernier tour et de me rappeler les périodes du parcours que j’ai aimé, de me focaliser dessus et d’associer ce manège à ces bonnes émotions. Le but est d’associer une émotion positive à ce manège. Ca peut être aussi de me rappeler de la fois où j’étais sur ce manège avec mon cher et tendre, collée à lui, sentant la chaleur de son corps, et avec un sentiment amoureux grisant, avec cette approche, cela m’aide à voir comme les loopings et les peurs m’ont permis de me rapprocher de mon cher et tendre et de ne garder que le sentiment chaleureux et de lien. On pourrait aussi me demander d’admirer le paysage quand je suis en haut et de garder cette « photo » dans le cerveau, pour associer ce manège à la beauté. On pourrait me demander de passer à côté du manège en pensant  » C’est bien que ce manège existe, il donne de belles sensations, mais je ne veux pas y aller maintenant » en prenant de la distance par rapport à l’expérience de ce manège. On pourrait même me faire imaginer un tour sur ce grand 8 dans lequel je ris, je crie avec plaisir et je m’amuse comme une folle, juste une imagination de mon esprit, et faire croire à mon cerveau que c’est une vraie expérience vécue, et la prochaine fois que je passerai devant ce manège, je ressentirai des émotions de plaisir.
Ce que je comprends de plus en plus, c’est que nous faisons advenir ce que nous pensons. Donc, si le médecin ou thérapeute, ou si moi, sommes persuadés qu’il n’y a rien à faire, alors mes chances de guérison sont très faibles. En revanche, si le thérapeute est persuadé qu’il peut m’aider, et si moi-même, je suis déterminée à aller mieux, alors, mes chances de guérison sont très importantes.


[i] Pleine conscience par Jon Kabat-Zinn – Wikipédia

Emotions et société

Notre incapacité actuelle à vivre avec nos émotions crée un vrai problème de société.
Quand nous nous laissons déborder par nos peurs, à titre individuel et collectif, nous constatons des émeutes, des saccages, du terrorisme, de la violence. L’actuel manque d’accès à nos propres émotions entraîne aussi les problèmes de santé mentale qui augmentent peu à peu et deviennent un problème de santé publique prédominent. L’OMS définit la santé mentale comme « un état de complet bien-être physique, mental et social qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. » Voici quelques autres situations courantes, seraient-elles aussi des symptômes de notre manque d’accès à nos émotions ?

Nos émotions personnelles conscientisées peuvent-elles permettre de trouver plus de sérénité dans la société ?
Une personne qui s’écharpe avec tout le monde dans la vie personnelle et interpersonnelle peut-elle trouver des solutions apaisantes pour une organisation humaine ? Si les responsables de nos sociétés savaient mieux gérer leur vie sexuelle, émotionnelle, sentimentale et familiale, nos sociétés tourneraient-elles mieux ? Cherchons-nous, pour nous guider, des gens parfaits, ou des gens qui se remettent en cause et qui deviennent de plus en plus humains ? Si la vie des groupes humains est l’assemblage de nos vies humaines personnelles, n’est-il pas indispensable de savoir gérer nos émotions à titre individuel avant de prendre des responsabilités sociétales ?

Violence intrafamiliale funeste dans tous les milieux sociaux.
Le confinement a tristement fait apparaître des histoires de violence domestique, psychique ou physique. Nous sentons-nous concerné par nos voisins, familles ou amis pour leur venir en aide ? Réalisons-nous quand ils sont victimes d’abus qui, souvent, ne peuvent pas s’exprimer librement et dont le cerveau sous emprise est en état de confusion totale ? Si nous dénonçons le tapage nocturne de nos voisins, voulons-nous aussi dénoncer ces situations auprès des autorités ?

Harcèlement physique et moral.
Dans le monde professionnel, nous avons entendu parler de harcèlement moral ou de suicide d’employés pressurisés. De nombreuses personnes se sentent pressées comme des citrons au boulot. Avons-nous envie d’apprendre à gérer nos émotions plutôt que de générer de telles violences ou d’en rester les témoins consentants par notre silence ?
Parmi ces êtres soumis à leurs émotions bridées ou débordantes sont les prédateurs sexuels inconscients, coupés d’une part plus ou moins importante de leur ressenti et de leur humanité qui prétendent parfois que les femmes sont consentantes face à leurs pratiques dévastatrices. C’est un problème de société majeur dont on commence enfin à parler dans les médias. Toutes ces femmes abusées et abîmées au plus profond de leur être ont droit à la vie, elles peuvent s’en sortir en parlant avec des personnes formées et des thérapeutes ou même des proches, elles ont droit à un avenir heureux et libre, je leur ai écrit un poème :

Prédateur
A toi le malheureux
Toi qui as choisi le peu
Trop peu de toi
Trop de dégâts
Je voudrais que tu saches
Les coupes de ta hache

L’éblouissant d’une flamme
Tu as utilisé le corps d’une femme
Tu l’as traité comme un objet
Pour tes besoins incontrôlés
Pour t’assurer de ta puissance
Tu as creusé sa béance

Mon amie s’est faite violée
Courageuse, elle a enfanté
Mais sache que jamais de ses jours
Elle n’a retrouvé l’amour
Elle se bat pour s’en sortir
Tu as volé son avenir

Ma voisine est une grand-mère
A treize ans, abusée en hiver
Aujourd’hui encore
Quand elle évoque son sort
Elle a honte de le dire
Tente de garder le sourire

Un jeu qui t’a fait rire
Ton doigt a détruit son empire
Elle n’a jamais su après
De sa vie se lier
Envolée la déesse
De ce corps en détresse

Toi le prédateur
Tu as instillé la peur
Ces femmes n’ont pas parlé
Victimes ensorcelées
Nymphes anéanties
Ignorantes de leurs cris

Femmes touchées
Choisissez de parler
Pour tuer la confusion
Qui éteint votre raison
Belles dames éternelles
Tentez de retrouver votre sel

Prédateurs, arrêtez vos actes insensés
Femmes, apprenez à vous protéger
Homme ou femme, ton corps t’appartient
C’est le temple de ton bien
Tu peux en prendre soin
Respecte tes besoins

Guerres.
Qui veut les conflits armés, les citoyens ou quelques dirigeants, plus ou moins coupés de leurs émotions, qui cherchent à prendre le pouvoir sur les peuples ? Ces dernières années, Elodie est allée tous les ans voir sa famille en Syrie, en passant par Beyrouth. Elle m’a raconté comme la vie est difficile, pas à cause des bombes, mais à cause des conséquences économiques de la guerre. Encore une famille de la Terre, rien de plus, rien de moins. Ces familles ne cherchent-elles pas la paix elles aussi ? Comment prenons-nous soin des êtres humains et des familles à travers le monde ?

Radicalisation religieuse.
Mon ancienne cheffe Ayline, turque, vit maintenant en Allemagne, elle est dévastée de voir comme son pays est meurtri par le gouvernement actuel. Elle me dit comme il ne représente pas sa nation. Est-ce que leur dirigeant cherche le bien commun ?

Polygamie.
Côme était mon grand copain pendant une colonie de vacances. Envoyé par son père depuis la Guinée. Il me parlait de ces vingt-trois frères et sœurs avec humour, sans en connaître beaucoup, son père était polygame. Entre nous, quelle horreur pour les femmes, et dire que c’est encore légal aujourd’hui dans de nombreux pays ! Sommes-nous poly-quoi-que-ça-soit ? Avons-nous déjà eu une relation avec un poly-quoi-que-ça-soit ? Etions-nous heureux ? Côme me disait « J’imagine que je divorcerai deux ou trois fois dans ma vie. » Je trouvais cela d’une tristesse à mourir. Moi je me suis toujours dit « Je ne divorcerai jamais, mais nul ne connait l’avenir. » Il a divorcé, moi aussi. Quand je repense à son histoire familiale, forcément, je comprends son malaise face à la relation de couple. Tant qu’il ne laissait pas son histoire à sa place, dans le passé nourrissant mais non invasif, il avait du mal à se détacher de ces références qui ne lui convenaient pas dans sa vie d’homme. Il ne trouvait pas la paix.
Nous avons besoin de conscience et de reconnaître nos émotions pour nous en libérer, nous reconnaître dans nos différences, laisser au passé ce qui lui appartient et construire la paix.
J’ai entendu parler de Cynthia, qui faisait partie d’un harem somptueux en terres arabes. Elle a réussi à s’enfuir. Elle est devenue vendeuse de chaussures à Paris et s’est installée dans un petit appartement. Elle n’a jamais regretté son choix. Plus de faste, certes, mais la liberté et le droit à disposer d’elle-même, à être reconnue comme une personne à part entière. Pour rien au monde, elle ne voudrait retourner là-bas. Comment pouvons-nous encore accepter de telles pratiques au XXIème siècle ? Les hommes prouvent peut-être leur fortune, leur puissance et gavent leur sexe, mais sont-ils heureux, entiers, où est leur humanité ?

Sectarisme communautaire.
Une copine serbe de Londres a rencontré un jeune allemand d’origine turque. La magie a opéré, leurs cœurs ont chaviré, ils sont tombés très amoureux, ont fait crac-crac et la belle est tombée enceinte. Deux jeunes gens intelligents, éduqués, et promis à un bel avenir. Jusque-là, nous avons des petites étoiles dans les yeux. C’est malheureusement sans compter l’origine turque de Mermet. Sa communauté lui a interdit cette relation, ce mariage, et la reconnaissance de paternité de cet enfant. Comment la vie, dans la subtilité de ses émotions, est-elle honorée dans une telle situation ? Trois vies ont été altérées, pourquoi ? Nous nous sentons coincés dans nos histoires, dans nos groupes d’appartenance, nous avons l’impression de ne pas avoir le choix, est-ce la réalité ?Voulons-nous continuer à imposer les vues de notre communauté à tous ses membres sans égard à nos humanités ?

Violences engendrées par l’ignorance ou une pensée culturelle, sans aucune rencontre de l’autre.
Lorsque j’avais dix-sept ans, j’ai eu la chance de recevoir une bourse de voyage attribuée à des jeunes prêts à partir seul étudier le sujet de leur choix durant plus d’un mois. Le but était de nous aider à devenir autonome, prendre confiance en nous, nous ouvrir aux autres et apprendre à nous engager. Des qualités pour nous préparer à devenir des adultes responsables dans la vie. Grâce à la dynamique pétaradante de mon amie Paola, j’ai monté mon dossier en une semaine. Elle avait vécu un an aux Etats-Unis, un échange avec Donald qui avait pris sa place en France pendant la même période. La femme de ménage de sa famille américaine était Amish, elle s’était bien entendue avec elle.
Elle m’a dit « Claire, je veux aller au Mexique avec une bourse de voyage, j’ai envie de partager ce type d’expérience avec toi, tu pourrais aller chez Kathy, elle est Amish, je la connais, je suis sûre qu’elle acceptera de te recevoir. Ça serait trop cool, je t’aide à faire le dossier, t’es partante ? »
Quelques mois plus tard, je m’envolais pour six semaines dans une famille Amish aux Etats-Unis. Premier voyage en avion pour découvrir le monde du passé : quel anachronisme ! C’est la « mère Américaine »de Paola, Amy, qui est venue m’accueillir à l’aéroport de Brooks Fields. Elle était prof de français. Elle m’a demandé si j’acceptais de venir dans sa classe pour que ses élèves me posent des questions sur la France. J’ai aimé l’expérience qui m’a pourtant déstabilisée. Dans leurs questions, la France et l’Europe étaient le même pays. Ils ne savaient pas situer Paris sur une carte. Je me sentais dépitée. Je me disais : « Mais ils ne sont jamais sortis de chez eux ! » Cinq ans plus tard, lors d’un long périple en Afrique noire, de Cape Town à Zanzibar, je me suis rendu compte que je réagissais exactement comme eux vis-à-vis de l’Afrique noire ! Il est tellement simple de juger l’autre sans regarder nos propres insuffisances !

Il est tellement facile de voir la paille dans l’œil du voisin et oublier la poutre dans le nôtre.

Les Amish vivent en communautés et mènent une vie simple. Ils m’ont accueillie avec gentillesse et délicatesse. Ils m’ont intégrée à leur vie comme une nièce. J’ai partagé leur quotidien avec plaisir. A cause de leur lecture de la Bible, ils refusent le progrès technique : pas de voiture, pas d’électricité. Mais, basé sur cette Bible, ils adoptent aussi des comportements sectaires, et tout membre de la communauté qui choisit une autre vie est excommunié, sans droit de visite aux siens. Comment pouvons-nous prendre des décisions si inhumaines sous prétexte de Dieu ?
Ils cultivent leurs champs comme mon arrière-grand-père l’aurait fait, se nourrissent essentiellement du produit de leur agriculture traditionnelle et exercent des métiers artisanaux. J’ai préparé les légumes qu’ils mettent en conserve pour l’année. Ils s’informent beaucoup, par les journaux papiers. J’ai voyagé dans leur buggy, les voitures à cheval, pour aller au culte du dimanche.
Ils s’habillent comme leurs ancêtres qui sont arrivés aux Etats-Unis il y a trois cent ans. Lors de mon séjour, la famille a été invitée à un mariage dans l’Etat voisin. Une amie non-amish, nous y a emmenés en voiture, mon but était de vivre comme eux, découvrir leur vie de l’intérieur, je portais donc leur robe fermée par des épingles et leur petit chapeau blanc : l’apparence de la parfaite jeune fille Amish sortie d’un livre d’histoire.
En route, nous nous sommes arrêtés sur une aire d’autoroute moderne des temps modernes avec des adolescents modernes qui voyageaient. Je me rappellerai toujours de ce regard inquisiteur et parfois agressif de certains d’entre eux. J’étais glacée. J’avais envie de leur crier « Eh les gars, je suis comme vous ! J’ai juste enfilé une robe un peu rétro ! »

Désignation de bouc-émissaires.
Quand je me remémore cet épisode, le sentiment me bouleverse encore. Le plus effroyable, c’est de réaliser que dans d’autres circonstances, cette peur de l’inconnu et ces messages assassins se transforment en harcèlement qui deviennent des violences psychologiquement ou physiquement mortelles, qui engendrent des suicides, des meurtres et des génocides. Cela fait des morts. C’est déraisonnable et terrifiant.
Ne sommes-nous pas tous fondamentalement les mêmes ? Est-ce qu’un vêtement, une religion ou une nationalité change notre être profond ? Non. Quand nous n’avons pas rencontré quelqu’un personnellement, comment pouvons-nous lui faire payer le fait d’être juif, chrétien ou musulman ou celui d’être Éthiopien, Chinois ou Rom ? Essayons-nous de nous soulager de notre propre misère personnelle en désignant une victime innocente ? Est-ce une solution adulte ? Sommes-nous prêt à regarder en face nos propres limites pour les dépasser plutôt que de désigner un coupable ou s’acharner sur une victime arbitraire qui n’a rien à voir dans notre histoire ?


Désigner un bouc-émissaire responsable de nos problèmes amène-t-il une vraie solution ?

Non. En réalité, nous les accentuons. Que gagnons-nous à déprécier l’autre ? Au plus l’illusion que maîtrisons un bout d’une situation qui nous échappe totalement… en perdant toute capacité à prendre notre destin en main, en fuyant nos propres émotions et responsabilités face à nos propres problèmes.
Pour le groupe social, ethnique ou religieux qui est, ou se sent, victime, le seul moyen de ne plus l’être est certainement de refuser toute interaction qui le place en victime, refuser de se ressentir victime et de se tenir debout envers et contre tout, avec assertivité et le plus paisiblement possible. Evidemment, l’injustice provoquera des colères malgré tout. Celui qui nous désigne comme bouc émissaire n’est pas prêt à changer, c’est donc à nous de changer l’équilibre du système. Quand nous réagissons avec assertivité, c’est-à-dire en nous exprimant et en défendant nos droits sans empiéter sur ceux des autres, souvent, d’autres le voient et viennent nous soutenir.

Discrimination raciale.
Ondine a épousé un français d’origine africaine. Elle s’appelle désormais Ondine Ousmane. Ils auraient bien appelé leur fille Inaya. Mais elle pensait à son avenir dans notre France raciste et elle a dit à son cher et tendre : « Tu sais, elle porte déjà ton nom, si en plus elle porte un prénom sénégalais, son CV ne passera pas quand elle cherchera du travail. » Ils l’ont appelé Sandra. Triste, insupportable et pourtant commun. Pourquoi pouvons-nous encore être aussi étroits d’esprit ? Peur de la part des recruteurs, recherche de certitude illusoire sur les candidats, pression managériale ? Son époux s’est installé à son compte, épicier puis livreur. Aliou n’avait pas d’éducation supérieure mais un grand cœur, de l’énergie, de la volonté. J’adorais son thiéré bassi salté, il était maître dans cet art culinaire. Pouvait-il trouver un emploi salarié ? Discriminons-nous des gens car nous ne les connaissons pas assez et recherchons une sécurité en partie illusoire ?

Le problème, c’est que certains incompétents et paresseux vont jouer sur cette corde de la discrimination pour expliquer leur parcours pourri. Dans toutes les situations, il y a des profiteurs. Certains vont jouer les victimes alors qu’ils n’ont rien pris en main.
Aux Etats-Unis, cette discrimination est flagrante envers « les noirs ». Vous rappelez-vous de Tamir Rice, un garçon noir de douze ans de Cleveland, abattu en novembre 2014 par un policier blanc parce qu’il brandissait un jouet représentant un pistolet ? Ce policier n’a pas été poursuivi par la justice. J’en ai été si chamboulée que je lui ai dédié ce poème qui ne parle pas de sa vie, mais que sa mort m’a inspirée.

Gamin
Moi, j’suis qu’un gamin isolé
A la maison j’suis pas aidé
Mon père est loin, ma mère partie travailler
Pas d’sœur, pas d’frère pour jouer
Dans l’quartier, c’est pas tout rose
Parfois, j’voudrais fuir pour faire une pause
Ici, les deals, les vols, les cons, ça s’arrose
Soit tu restes un fantôme, soit tu t’imposes
Moi, j’suis qu’un gamin isolé
A la maison j’suis pas aidé
Pas d’vélo, pas d’bus, à l’école, j’y vais à pied
Et j’sais pas bien pourquoi je veux leur prouver
Que dans c’panier d’crabes on peut exister
Vivre en vrai, quitter l’quartier, sans l’renier
J’veux leur montrer à tous ces abrutis
Auxquels je tiens et dont je fais partie
Qu’y a mieux à faire, que d’être tous rôtis
Qu’y a un chemin pour trouver la sortie
Et tous les jours, je sors, j’observe, je joue
Aujourd’hui au parc avec mon nouveau joujou
Un super revolver
Cadeau d’anniversaire
Pistolet à air comprimé, je l’tiens entre les mains
Il est trop cool, le rêve de tous les copains
Mais c’est quoi ces crétins qui débarquent ?
Deux grands pantins armés dans le parc
Comme si j’étais le pire des criminels
J’suis leur cible, mais qu’est-ce qu’ils ont dans la cervelle ?
Qu’est-ce qui s’passe dans les rues d’ce pays ?
J’suis qu’un gamin, j’veux d’une vie qui existe
Moins merdique que celle de tous ces défoncés
J’m’accroche, je bosse, j’veux y arriver
Même si j’suis seul et isolé
Et j’me fais tuer par un policier armé
De l’au-delà, je crie à l’injustice
De quoi j’suis l’sacrifice ?

Comment pouvons-nous accepter le racisme, en général, dans nos pays aux populations bigarrées ?
Réfléchissons-nous personnellement pour aboutir à des opinions racistes ou suivons-nous les idéologies de notre groupe d’appartenance ? Quelles blessures personnelles nous empêchent de rencontrer l’autre, différent ? Sommes-nous guidé uniquement par nos peurs en oubliant toutes les autres émotions ?
Par ailleurs, nous parlons encore de race humaine alors que, depuis le milieu du XXème siècle, des études scientifiques, fondées sur la génétique, ont montré que ce concept était incorrect. Caractériser les différents sous-groupes géographiques de l’espèce humaine n’a pas de sens car la diversité génétique est beaucoup plus importante entre les individus d’une même population qu’entre groupes différents.

Sommes-nous prêt à nous changer nous-même pour changer le monde ?
Malgré notre capacité d’adaptation impressionnante à un environnement toxique et cruel, aspirons-nous à la justice, l’harmonie et la paix ? Pourquoi devenons-nous impitoyable ? Avons-nous envie de nous sentir humain et vivant ?
Est-ce que nous nous coupons de nos sentiments pour ne pas ressentir nos blessures d’amour ? Ça serait alors une réaction de survie inadaptée, nous choisirions de perpétrer la barbarie au lieu de nous soigner.

Si nous reconnaissions mieux nos émotions, nos peurs particulièrement, nous pourrions réduire les discriminations d’un côté et les privilèges de l’autre, nous pourrions commencer à reconnaître la vraie valeur des gens. Que les incompétents soient reconnus comme tels et que les compétents soient appréciés, promus et payés à la hauteur de leur service. Nos vies professionnelles et personnelles évolueraient avec plus de sérénité. Nous profiterions mieux de nos vies de famille.

Pensons-nous que la maîtrise de nos émotions pourrait devenir une clé de l’avenir de nos sociétés ? Utiliser nos émotions comme des indicateurs de nos propres besoins pourrait-il nous permettre d’agir plus en adéquation avec nos élans naturels plutôt qu’en réaction à des stimuli extérieurs ? En faisant de nos émotions nos alliées, trouverions-nous mieux le bonheur ?

Connaître nos émotions primordiales

Neuf émotions primordiales.
Appendre à les reconnaître nous permet de ne pas rester soumis à nos émotions, mais de les utiliser comme des indicateurs précieux pour nous comprendre et comprendre les autres en facilitant l’échange. Il existe de nombreux ouvrages pour approfondir ce sujet. Parmi nos émotions, six sont considérées comme primaires. Pour m’aider à aborder ce sujet avec mes enfants, j’ai constitué une petite liste préliminaire nommant neuf émotions primordiales. La voici, elle peut être utile comme premier pas vers la reconnaissance des émotions.

  • Sérénité : calme, heureux, sage, patient, tendre.
  • Joie : soulagé, content, amusé, fier, satisfait, câlin.
  • Amour : amical, confiant, gentil, aimant, bienveillant.
  • Surprise : choqué, stupéfait, étonné. 
  • Tristesse : mélancolique, isolé, démoralisé, désespéré.
  • Peur : nerveux, inquiet, effrayé, terrorisé, paniqué.
  • Colère : furieux, pas content, tracassé, énervé, irrité.
  • Dégoût : arrogant, méprisant, répugné, écœuré.
  • Honte : coupable, gêné, contrarié, humilié.

La sérénité est liée à notre capacité à lâcher-prise.
La sérénité est un état de bien-être. Elle nous aide à accepter ce qui se passe et lâcher-prise. Elle nous rend plus patient. Elle nous aide à vivre plus dans le moment présent, en ressentant nos sensations immédiates et en calmant notre cerveau. Nous permet-elle d’exprimer notre gratitude ? Nous aide-t-elle à évacuer les rancunes ? Nous pouvons choisir des objets de réconfort ou des endroits qui nous aident à retrouver cet état de bien-être. En les regardant, en y allant, nous retrouvons plus vite cette sensation de bien-être.

La joie est liée à la satisfaction d’un désir.
La joie s’appuie sur notre besoin de partage. Elle procure des hormones relaxantes et excitantes. C’est un sentiment de plaisir intense dans lequel nous nous sentons en plénitude pour une durée limitée. Pouvons-nous repérer des situations qui nous ont apporté de la joie ? Etions-nous seul ou à plusieurs ? La joie nous donne-t-elle envie d’avancer seul ou de partager ? Dans la joie, nous sentons-nous en accord avec nous-même ? Que nous dit-elle de ce qui est vital pour nous ?

L’amour est liée à une relation réciproque bienveillante.
Nous aimons des personnes chères, dans un couple, une famille ou une amitié. L’amour existe sous des formes innombrables. L’amour authentique est inconditionnel, il nous autorise à donner sans attendre rien en retour. Mais dans une relation d’amour saine, par la réciprocité, nous recevons dans l’échange.
L’état amoureux n’est pas encore de l’amour, mais il peut être un premier pas vers la découverte de l’amour. Il peut apporter palpitations, gorge nouée, mains moites. Nous tombons amoureux quand l’autre répond à nos besoins, sans pour autant en avoir toujours conscience. Plus le sentiment est fulgurant, intuitif et inexplicable, plus il rejoint nos besoins inassouvis. Peu à peu, nous apprenons à découvrir l’autre et à l’aimer pour ce qu’il est. Nous pouvons aussi passer plus doucement de l’amitié vers l’amour. Des psychologues suggèrent que nous créons une relation d’amour avec la personne qui va réveiller nos souffrances intimes et nous aider à les cicatriser grâce à son amour authentique, nous apportant de la sérénité. Le chemin de la relation d’amour sera donc semé d’embûches à surmonter ensemble, dans la confiance réciproque, avec nos vulnérabilités, dans nos entiers, nos singularités, nos meilleurs, nos limites et nos blessures, sans condition, et avec assertivité.
Dans l’amour, nous devenons humbles, beaux, vrais, justes et vivants et sommes prêts à faire face aux surprises et à l’inattendu. Avons-nous ressenti comme l’amour est une force d’une puissance inouïe pour nous mouvoir et nous permettre de croire en la vie ?

La surprise est produite par quelque chose d’inattendu.
C’est une émotion très brève. Accélération cardiaque, souffle coupé. Nous ouvrons grand les yeux, relevons les sourcils et ouvrons grand la bouche. Elle va rapidement faire place à une autre émotion. Elle va devenir bonne ou mauvaise. Si plusieurs stress s’accumulent, nos mécanismes de défense s’enclenchent. Comment réagissons-nous face à l’inattendu ? Aimons-nous les surprises ? Aimons-nous faire des surprises ? Nous rappelons de quelques surprises auxquelles nous avons fait face ? Quel sentiment ont-elles provoqué ? Avons-nous sauté de joie ou nous sommes-nous senti pris de court, ressentant peur ou colère ? Nos proches savent-ils le type de surprises qui nous font plaisir et celles qui ont un caractère négatif ? Que savons-nous de leur rapport à la surprise ?

La tristesse est liée à un besoin de réconfort.
Deuil, découragement, déception. Elle nous indique ce qui nous manque, un besoin insatisfait, un bouleversement brutal ou une perte affective. Nous pouvons avoir un sommeil agité, un réveil précoce, perdre l’estime de nous-même, déprimer, devenir indécis, nous sentir fatigué, avoir mal au dos ou des douleurs musculaires. Dans l’instant, pour l’éloigner, nous pouvons faire avec un exercice d’expiration. Nous pouvons mettre de la musique, danser et nous défouler.
Dans le temps qui passe, que nous dit notre tristesse ? Avons-nous besoin de prendre le temps de la ressentir pour intégrer, par exemple, la disparition d’un être cher ? Avons-nous besoin de nous en distancier pour réintégrer la vie en passant à l’action, n’importe quelle action ? Sommes-nous capable de la mettre dans un coin de notre cœur dans lequel nous reviendrons quand nous en sentirons le besoin ? Voulons-nous clôturer un épisode de notre vie pour passer à autre chose ?

La peur est liée à une insécurité.
Elle nous indique la présence d’un danger ou d’une menace. Elle s’accompagne de nombreuses manifestations physiques comme l’accélération du rythme cardiaque, des bouffées de chaleur, la paleur… Nous avons besoin d’utiliser notre cerveau pour prendre du recul et évaluer si ce danger est réel ou imaginaire, imminent ou lointain, grave ou insignifiant pour se protéger ou maîtriser notre peur pour continuer à vivre. La peur peut nous envahir, et nous couper l’herbe sous le pied. A l’extrême, elle se transforme en angoisse qui revient en boucle. Elle peut nous emmener vers la rumination. Pour sortir de cet état, le mieux est de poser un acte : écrire un texte, un email, faire une course, appeler quelqu’un, rien de spectaculaire, mais pourtant capital pour briser ce cercle vicieux. La logique et des exercices respiratoires ou corporels permettront de nous calmer.

La colère est liée à un besoin de respect et de considération.
Elle naît de la frustration et de l’oppression de nos besoins. Elle peut être suscitée par l’envie et se transformer en jalousie. Associée à un sentiment d’honneur bafoué, elle provoque un désir de vengeance. Tout notre corps la ressent. Nous pouvons exploser et tout casser. Nous pouvons retourner notre colère contre nous-même, broyer des idées noires et déprimer.
Pour dégonfler la colère, nous pouvons respirer très profondément et très lentement, l’observer, nous isoler, aller nous balader seul et crier notre rage, frapper un coussin de colère avec furie, écrire, pleurer, en parler, faire du sport, nous toucher le bras, boire de l’eau, regarder une photo agréable, rire de la situation.
Nous pouvons aussi la transformer en « saine colère » qui nous aide à affirmer qui nous sommes et nos besoins de façon claire et sans équivoque. Bien gérée, en comprenant ce qui s’est passé, en assumant ce qui nous appartient, en identifiant ce qui nous trotte dans la tête, en clarifiant ce que nous ressentons, et s’exprimant en vérité, elle peut nous aider à réduire les conflits et les frustrations. Elle peut nous apporter une force immense pour réagir.
Comment exprimons-nous nos colères, avec débordement et violence ou assertivité ? Quand nous n’exprimons pas nos colères, les retournons-nous contre nous-même ? Se transforment-elles en idées noires ?

Le dégoût est lié à un rejet physique ou moral envers quelqu’un ou quelque chose.
Aversion, répulsion, ne pas avoir de goût pour… C’est une émotion subjective et personnelle. Certains psychologues pensent que le dégoût permettrait de nous protéger pour garantir la survie de l’espèce. Quand nous somme dégoûtés, nous refermons nos sens : nous plissons les yeux, nous les fermons parfois pour ne pas voir l’objet de notre dégoût, nous fronçons le nez, nous avalons notre langue. Nous avons envie de vomir.
Qu’est-ce qui nous dégoûte ? Des gens ? Des comportements ? Des situations ? Des animaux ou des insectes ? La saleté ? Qui ? Quoi ? Lesquels ? Pourquoi ?

La honte est une expérience défensive.
On dit que c’est une émotion mixte, mélange d’émotions et de leurre pour nous berner nous-même et notre interlocuteur. Elle a une dimension sociale, secrète, intime, corporelle et spirituelle. Elle provoque gêne, malaise, peur, exubérance, agressivité… Nous baissons les yeux, la tête, nous rougissons. Nous ruminons en nous dévalorisant, nous nous sentons indigne. Nous avons un comportement social inadapté, isolement, inhibition, paralysie, évitement, phobie, anxiété ou ambition et exhibitionnisme… La honte de la victime double son martyr, car elle souffre d’une situation abusive et souffre en plus de la honte d’avoir subi une violence toxique. Dans ce cas, la honte est mal gérée.
Dans le cas inverse, nous pouvons utiliser notre honte pour nous informer d’un dysfonctionnement. Elle est puissante, elle nous permet de remettre en cause une situation qui n’est pas juste pour nous. Reconnaître notre honte nous permet de réaliser qu’une situation nous fait souffrir, elle nous donne la force de réagir.
Avons-nous ressenti de la honte ? Nous a-t-elle permis de poser des limites pour stopper un comportement dégradant ou refuser une situation déshumanisante, sans altérer notre identité ? Nous a-t-elle permis de rester humain sans tomber dans la bestialité ? Pouvons-nous reconnaître notre honte, pour devenir bienveillant avec nous-même, nous pardonner et refuser les situations qui ont fait naître ce sentiment ? Si la honte vient de notre comportement vis-à-vis d’autrui, pouvons-nous demander pardon en apportant réparation pour nos actions blessantes ou abusives et pour retrouver notre dignité ?
D’autres sentiments mixtes sont l’amertume, la culpabilité, la jalousie, la mépris, la pitié, la rancune ou le ressentiment. Que pouvons-nous apprendre de ces émotions ?

Nos stratégies émotionnelles

Fonctionner à l’émotion.
Pour ma thèse d’architecture d’intérieur, j’ai imaginé un musée des émotions, l’Emotionarium. Ce thème a été mal accueilli par les enseignants, mal à l’aise avec le sujet. C’est courant. Cette réalité existe aussi en entreprise. Pour se préparer à un entretien d’embauche, il existe des listes de qualités à présenter, et des conseils pour parler de ses défauts. Parmi les défauts, j’ai lu : plutôt que de dire « je suis émotif », préférez « je fonctionne à l’émotion ». Voyez-vous ce trait de caractère comme une qualité ou un défaut ? N’est-ce pas notre gestion de l’émotion qui peut être problématique, « je laisse parfois l’émotion prendre le dessus » est un défaut, mais « je prends en compte mes émotions et celles des autres pour trouver des solutions durables » n’est-il pas une qualité ?

Quatre stratégies pour gérer nos affects.
Depuis quelques années, nous entendons parler des hauts potentiels intellectuels, « les Zèbres[i] » à la personnalité duale. Leur cerveau foisonnant s’accompagne d’une sensibilité exacerbée, ils fourmillent d’idées, autant qu’ils débordent d’émotions. Ces personnes vivent des très hauts et des très bas. Tant qu’ils n’ont pas reconnu leur hypersensibilité, ils peuvent la vivre comme un fardeau, une fois reconnue, elle peut devenir un cadeau extraordinaire.
Des études, souvent basées sur des jumeaux séparés à la naissance, expliquent que notre intelligence serait à moitié génétique, et à moitié liée à nos expériences. Quoi qu’il en soit, comment utilisons-nous notre intelligence ? Pour servir quels buts ?
Les gens les plus intelligents manient mieux les concepts et ont une capacité à regarder les situations de façon globale. Parmi eux, certains utilisent leur imagination, ils créent, construisent et se sentent forts de leur propre pouvoir. Ils veulent en faire profiter les autres, c’est excitant. N’est-ce pas de là que provient leur charisme, de cette force de vie qui les meut ? Ils ont souvent des qualités de leader : intelligence et charisme. D’autres, en revanche, sont parfois diablement déconnectés des triviales réalités de la vie du plus grand nombre ou coupés de leur humanité. Parmi eux se trouvent les manipulateurs les plus habiles sur Terre. Quoi qu’il en soit, leur intelligence déployée en mènerait certains dans la sphère collective où ils évolueraient comme leaders religieux, politiques, économiques, intellectuels, sportifs, aventuriers ou artistes. Avec une intelligence d’expertise, quelques-uns deviendraient experts dans leur spécialité, chercheurs et découvreurs.
D’autres personnes auraient une intelligence plus pratique, orientée sur un sujet plus restreint. Eux aussi, plus ou moins à l’aise avec leurs émotions. Ils connaitraient bien leur domaine et seraient les meilleurs pour trouver des solutions dans leur sphère d’expérience.

Pourquoi certaines personnes utilisent-elles leur intelligence au service de la violence quand d’autres choisissent de construire ?
Le déclic se trouve-t-il dans notre capacité à gérer nos émotions négatives ou à séquestrer nos souffrances intimes ? Que disent les études sérieuses sur ce sujet ?
Ces individus de l’extrême, me semble-t-il, nous parlent de notre humanité universelle. Leurs réactions intenses nous permettent de voir nos phénomènes émotionnels plus clairement. Ainsi, en me basant sur la réaction des gens hypersensibles que j’ai rencontrés, je propose une lecture de la gestion de nos affects. Je me suis demandé si notre intelligence, en général, serait corrélée à notre sensibilité, soit refoulée, soit débordante, soit gérée avec équilibre. Comment gérons-nous nos affects ?

Les premiers se couperaient de leurs émotions. Tant dans une vie anonyme qu’en tant que décideur. Ils décideraient de travailler efficacement et sans cœur, ce qui expliquerait en partie la face dure, violente et meurtrière de notre monde. Certains seraient dans le contrôle permanent pour s’assurer d’éviter toute souffrance venant d’autrui. Happés par le système, ils feraient taire leur cœur qui les appelle pour s’assurer de faire tourner le monde en prenant des responsabilités qui s’avèreraient, même sans la volonté de nuire, parfois assassines sur le long terme. Au lieu de ressentir leur pouvoir en construisant en collaboration, ils mesureraient leur contribution au monde en comptant et en influençant. Au lieu d’un pouvoir au service des autres, ils utiliseraient leur formidable qualité en pouvoir sur les autres, à leur détriment, aveugles des retombées de leurs décisions sur la communauté des humains, embrigadés dans une vision erronée du développement de nos sociétés. Les personnes coupées de leurs émotions peuvent-elles prendre des décisions justes et équitables, en prenant des risques mesurés pour le bien commun ?
Parmi ces personnes, certaines versent dans les extrêmes, sans pour autant être considérées comme des handicapées, bien au contraire. Par exemple, il a été démontré qu’une partie des chefs d’entreprise, et sans doute des grands chefs, je n’en connais pas la proportion, sans doute restreinte, était psychotique, paranoïaque ou narcissique. Des personnalités qui ne connaissent pas l’empathie, ne s’intéressent réellement qu’à leur succès personnel avec égoïsme ou égocentrisme exacerbé, qui prennent parfois du plaisir à faire souffrir l’autre, et ces traits de personnalité les rendent intraitables, abusifs et leur apporte du succès! Pourquoi acceptons-nous de travailler dans des organisations menées par de telles personnalités, elles ont sans doute un charisme ou un ascendant réel et permettent des profits financiers peut-être spectaculaires, est-ce cependant l’organisation sociétale que nous cherchons? Nous ne pouvons pas nous plaindre d’injustice tout en soutenant des organisations injustes.
Ici encore, nos besoins personnels prennent le pas sur nos besoins collectifs, et c’est normal, car, nous n’allons pas changer le monde en nous en excluant, c’est donc des décisions d’organisation collective dont nous avons besoin.

Les seconds garderaient une vision sensible du monde. Ils ressentiraient leur pouvoir en cherchant à apporter leur pierre à l’édifice de l’humanité. Parmi eux, nous trouverions les dirigeants qui font face au tumulte comme le dit un président la République française : « Au fond, si on n’aime pas les tempêtes, il vaut mieux ne pas vouloir le pouvoir[ii] ». Chacun garderait, parfois tapi au fin fond de leur être, un accès à cette humanité. Ainsi, dans des films[iii] empreints de jeux de pouvoir, le tueur à gage réputé le plus efficace et sordide de son temps accepte de se rallier à la bonne cause pour sauver des millions de vie. Quand nous nous appuyons sur notre humanité, cela nous donne-t-il envie de construire ensemble, pour la vie ? Nous laissons-nous toucher par le sort de nos semblables ?

La troisième catégorie serait des humains emmêlés dans leurs tourbillons émotionnels qui restent discrets. Ceux-là auraient grandi avec une grande insécurité affective et auraient pris l’habitude de faire plaisir pour recevoir une gratification. Empathiques et généreux, ils auraient envie de changer le monde avec lequel ils se sentiraient en inadéquation. Ils seraient créatifs et investis, emplis par le trop : trop d’émotions, de pensées, de sensations, d’empathie, d’intensité. Débordés par leurs tourbillons émotionnels, des très hauts et des très bas. Ils n’auraient pas découvert leur pouvoir d’hypersensible et la capacité de leur intelligence.

 La quatrième partie de ces individus évacuerait leurs missiles sensibles dans leur passion. Ecriture, art, sport, aventures, ils deviendraient de grands acteurs de la scène sportive et culturelle, sportifs de haut niveau, musiciens, acteurs, philosophes, écrivains, poètes, aventuriers et tous les autres. Est-ce que ceux-là, grâce à leur intensité, leurs performances, leur imagination et leur travail créeraient de la valeur, mais seraient peu intéressés par l’argent pour l’argent ?

La valeur créée par les uns, plus émotionnels, serait-elle gérée par les autres, qui ont fermé leur cœur ?
Coupés de leurs émotions pour éviter de sentir leurs blessures d’amour, les comptables compteraient les pertes et profits avec l’intensité des hypersensibles. Sans accès à leur cœur, chacune de leurs interactions se transformerait en transaction.

Comment exprimons-nous nos émotions négatives ?
Sans décision claire de notre part pour faire face à nos émotions, nous pouvons avoir des réactions inadmissibles, destructrices ou totalement boiteuses. Sinon, nous pouvons choisir d’apprendre des stratégies pour vivre avec nos émotions. Regarder et observer notre émotion. Arriver à la discerner finement, à comprendre son origine, lui donner un nom pour nous en distancier. Nous mettre à la place de l’autre. Quand nous nous exprimons, pouvons-nous nous interroger : est-ce ajusté ? Voici deux exemples d’émotions négatives personnelles exprimées avec balourdise, qui deviennent blessantes pour autrui.

Certains d’entre nous avons besoin de nous rassurer sur notre valeur en s’accrochant à nos biens matériels. Nous allons dire « Nous avons une villa à Cannes, tu viendras l’été prochain si tu veux. » Mais l’invitation ne vient ni l’été suivant, ni aucun été car notre but était en réalité de dire que nous étions des gens recommandables. Comment peut réagir notre interlocuteur ? Comment va-t-il se sentir ?
Parfois, cela devient grossier, une habitante du Boulevard de Montmorency, adresse huppée de Paris m’a dit quand j’avais dix-huit ans en se plaignant : « Je voulais un appartement dans un quartier plus vivant mais je n’ai pas trouvé. » Me dire ça, à moi, comme ça, était-ce de l’incapacité à assumer ses choix, de l’inconscience ou de la vulgarité ?

Certaines remarques sont d’une indécence intolérable. Joëlle, que j’apprécie beaucoup, est mère d’une fille, elle a un emploi très rémunérateur et un mari cadre supérieur accaparé par le boulot et les activités de week-end. Elle m’a dit à propos d’une maman, technicienne qualité, divorcée, avec deux garçons, parfois gardés un week-end sur trois par leur père : « Je l’envie, au moins, elle a des week-ends libres, moi, j’ai toujours Mia ! » Que répondre ? Sa formulation est indigeste. Ses propos me choquent. Qu’elle s’organise pour avoir un week-end, seule, de temps en temps, mais se comparer ainsi à une femme qui se bat financièrement, matériellement, émotionnellement, quelle méprise !

Quand nous nous laissons ravager par nos émotions négatives.
De nos jours, souvent, pour prendre nos décisions, certains s’appuient sur leurs émotions bien gérées mais beaucoup se coupent de leurs émotions ou s’y noient. Souvent nos émotions négatives nous guident sans conscience. Nombre d’entre nous fermons les yeux et devenons cruels et violents, nous voyons des chiffres, nous oublions notre instinct solidaire, ou nous réagissons avec excès à des situations qui remuent nos méandres émotionnels.
L’intensité émotionnelle envahissante est d’ailleurs la source de dérives. Violences et conflits. De plus, les émotions ignorées favorisent les comportements addictifs, comme des aspirateurs infernaux. L’addiction au sexe, par exemple, serait-elle la recherche d’extrême, liée à la décharge de la tension émotionnelle que permet la jouissance ? Sommes-nous vraiment satisfait avec un.e partenaire déshumanisé.e par notre comportement ? Le sadomasochisme s’explique-t-il par la résistance qu’il demande et qui accroit la jouissance, mais oblige en même temps à la violence et à la souffrance ? Est-ce que les comportements sexuels maladifs comme s’imposer par la force, le viol ou la domination sont liés à l’incapacité à contrôler nos émotions, nous transformant en monstre ? Nous sentons-nous perdu face à nos émotions ? Voulons-nous apprendre à mieux reconnaître nos émotions pour mieux les gérer ?

Reconnaître et nommer les émotions.
Evidemment rien n’est jamais gagné sur le terrain des émotions, mais avec un mémento, nous pouvons apprendre à nommer ce que nous ressentons. Les émotions douces et les douloureuses. Le premier pas est de commencer par être bienveillant avec nous-même, sans juger nos pensées, ni nos émotions. Laissons-les être là. Acceptons-les. Laissons-les vivre.
Hier ma cousine m’a appelée, super stressée et agressive, pour me demander si j’avais réservé le gîte pour notre cousinade, nous avons discuté et à la fin, j’ai reconnu son émotion : « J’entends bien que ça te stresse, je comprends, mais j’aurai apprécié un échange plus aimable. »Ce petit dialogue nous a apaisées toutes les deux. Sommes-nous capable de signifier à l’autre que nous reconnaissons son émotion ? Quand les autres reconnaissent, nos émotions, cela nous apaise-t-il ? Arrivons-nous à goûter nos émotions ? Profiter d’être heureux ? Nous sentir vivant avec le plus délicieux et le plus désagréable ?

Nous avons besoin de nous libérer de toute charge émotionnelle.
Nos émotions agréables et positives nous emmènent dans la lumière. Elles nous indiquent que nous sommes sur le bon chemin et nous motivent à nous dépasser. Les émotions négatives nous parlent d’un besoin fondamental inassouvi. Une même situation peut nous laisser des émotions positives et négatives qui se bousculent et nous transforment en funambule du cœur. Nous avons besoin d’en parler pour nous apaiser.
Chercher nos émotions et nos besoins, les nommer, les accepter ou les satisfaire, nous permet de les réduire ou d’éliminer leur impact désagréable ou paralysant. Parfois, nous avons besoin de ressentir de nouveau l’émotion pour l’évacuer. Des méthodes récentes liées aux neurosciences nous aident à nous libérer de nos traumas sans avoir besoin de les ressentir de nouveau.
Dans l’instant, une bonne façon d’évacuer les émotions négatives et douloureuses est de bouger énergiquement pour libérer les toxines qui circulent dans notre corps. Parler à quelqu’un, prêt à nous écouter avec bienveillance, de nos émotions, ou des situations désagréables qui les ont générées, nous aidera à les décrypter et nous libérer de leur charge émotionnelle. Ecrire sous forme de texte ou de poème, sans réfléchir, en laissant les mots nous guider, sur l’émotion elle-même ou sur les situations qui ont fait naître les émotions, peut aussi nous aider à les comprendre et les laisser s’évaporer pour nous alléger de leur poids. Nous pouvons aussi évacuer nos émotions dans l’art : dessiner, peindre, sculpter, danser, déclamer. Il semble nécessaire de trouver un moyen de différencier nos émotions, leur donner un nom avec un mot et, souvent, les ressentir pour les libérer.
Quand j’étais jeune, je gardais tout à l’intérieur, j’essayais de ne pas m’énerver, j’étais en autocontrôle permanent, sans conscience, c’était pesant pour les autres. Quand nous nous contrôlons, les autres le ressentent-ils, sentent-ils la tension, même derrière un sourire ? Les situations sont-elles agréables ? Nous sentons-nous entendu dans nos émotions ? Ecoutons-nous les autres avec leurs émotions ? Comment cela nous aide-t-il à mieux vivre ensemble ?


[i] Trop intelligent pour être heureux ? – Jeanne Siaud-Facchin – Éditions Odile Jacob – 2008
[ii] Le Temps des Tempêtes – Nicolas Sarkozy – Editions de l’observatoire – 2020
[iii] RED (2010) et RED2 – Film réalisé par Dean Parisot – 2013

Emotions

« Exprimer ses émotions, c’est comme d’enlever les nuages noirs devant le soleil pour laisser pousser les fleurs. »

Tanya Sénécal

Certains expriment leurs émotions et avancent en laissant le soleil entrer pour laisser pousser les fleurs. D’autres les inhibent et avancent sous les nuages. Nos émotions sont présentes partout, en tout temps, tant et si bien qu’elles nous font percevoir le temps en accordéon. Elles sont au cœur de toutes nos relations, de notre expérience avec notre environnement. Débordés, par nos émotions, coupés de nos émotions, conscients de nos émotions, autant de manières de vivre avec elles, croire que nous les tenons à distance ou de les laisser nous mener par le bout du nez.
Je suis moi-même une hypersensible, je ressens tout avec extrême et je bénis les années qui passent car peu à peu, j’apprends à vivre avec mes émotions pour trouver plus de sérénité. Je ne dis pas que soudain tout devient serein, les émotions sont des réactions instinctives face à des situations que nous ressentons agréables et désagréables. Ma vie est un zoo d’émotions, et j’ai conclu que me sentir vivante, c’était de vivre avec mes émotions, toutes mes émotions, arrêter de croire que le bonheur ne soit constitué que d’émotions positives. Réaliser qu’être heureuse, c’est me sentir vivante et me sentir vivante, c’est vivre mes émotions en plénitude. Alors, si je vis mes peurs, ma tristesse, mes deuils, mes pertes, mes désillusions, ma douleur, mon manque, mes colères… comment puis-je dire que je trouve plus de sérénité?
Ce que j’apprends, c’est à guetter mes humeurs, chercher leur source, comprendre pourquoi hier j’étais morose, ressentir cette morosité, voire cette tristesse, lui donner sa place, la gonfler comme un ballon de baudruche, puis lâcher le ballon qui s’en va alors loin, propulsé par l’air qui sort. Et une fois que j’ai laissé l’émotion s’éloigner, alors la place est vide et elle peut s’emplir de sérénité. Hier soir, j’ai regardé un dessin animé, à la conclusion pourtant positive, et à l’heure de m’endormir dans les bras de Morphée, je me suis mise à pleurer, sans vraiment comprendre pourquoi. Avant, je me serais dit : « Arrête de pleurer, il n’y a pas de raison », hier je me suis dit : « Pourquoi tu pleures? » Et j’ai trouvé deux bonnes raisons : ce dessin animé me faisait penser à une histoire personnelle qui s’était mal terminée, à laquelle je ne voulais plus penser. Et plutôt que de me dire, c’est bon, c’est de l’histoire ancienne, je me suis dit : « C’est encore douloureux, sort toute cette tristesse de toi, tu vas t’en libérer », et ça va beaucoup mieux ce matin. J’ai trouvé une deuxième raison. J’ai une inquiétude touchant ma vie matérielle en ce moment et, avant-hier, j’ai regardé ce problème en face, concrètement, en prenant en compte les retombées à court et à long terme. Et ce pleur m’a fait réaliser que ma façon d’aborder ce sujet concret me stressait totalement et que je devais agir en toute connaissance de cause pour me rassurer et m’assurer de m’alléger de ce poids. Je crois que cela me tournait dans la tête pendant deux jours, sans aucune conscience. Me plonger sur cette question avec réalisme me permet de comprendre qu’il existe une issue et que je dois agir dans la bonne direction, concrètement, pour libérer mon espace émotionnel et mental. Une fois ces deux prises de conscience réalisées, je me sens réellement plus calme et positive. Cela ne veut pas dire que ces émotions sont totalement traitées, elles reviennent me hanter, mais de moins en moins fort, peut-être devrai-je en parler à une thérapeute pour les évacuer.

La conscience d’une émotion, lui donner un nom, essayer de trouver sa source, la ressentir puis la laisser s’échapper m’aide à me sentir vivante et à retrouver espoir dans les moments sombres. Car vous comprendrez qu’avec une vie chargée d’émotions, si je ressens de grandes joies, je ressens aussi de grandes désespérances. Et l’expérience m’apprend à réduire la longueur des étapes difficiles , à augmenter celle des étapes neutres en les rendant plus agréables et à goutter en profondeur aux étapes exaltantes.

Perception du temps.
Quand je ressens des émotions positives, le temps passe vite, avec les émotions négatives, c’est plutôt le contraire. Quand j’écris, je ne vois pas le temps passer.
Quand j’avais quatre ou cinq ans, alors que nous étions sur la route des vacances d’été, nous avons fait une halte pour nous dégourdir les guiboles. Dès que nous sommes sortis de la voiture, nous avons entendu le bruit intense d’une cascade vertigineuse que nous avions d’abord vue de loin. Nous avons commencé la balade en famille sur les hauteurs, le long du ruisseau relativement étroit avant qu’il n’atteigne son point de chute et se transforme en trombes d’eau. Le soleil rayonnait, les feuilles vertes bruissaient légèrement, quelques effluves parfumés venaient nous réveiller les narines. Ma mère, agile et pleine d’énergie, s’est mise à sauter d’une rive à l’autre comme un cabri.
J’étais toute jeunette, et comme tous les enfants, je ne réalisais pas que mon développement physique me limitait et que les jambes d’une gamine de quatre ans ne rivalisaient pas avec celles d’une femme adulte. Dans l’élan du moment, je me suis donc lancée dans le saut de l’ange moi aussi et je suis tombée au beau milieu de ce courant virulent. Sans réfléchir, ma mère a crié pour alerter et s’est jetée à l’eau pour me rattraper, mon frère l’a retenue par la main et j’imagine que mon père a accouru pour sauver la situation. Sans cette intervention, c’est mon corps inerte que mes parents auraient récupéré en bas des rochers.
Combien de temps a duré cet épisode ? Sans doute une minute, maximum. Je peux vous assurer que dans mon histoire, cet évènement a duré une éternité. En revanche, ces six dernières années ont été si intenses émotionnellement que j’ai l’impression d’avoir entamé ma quête de sens et de compréhension de nos fonctionnements d’humains il y a à peine un an.
Avons-nous de telles sensations concernant des scènes de notre vie ? Quels évènements sont passés trop vite ou trop lentement ?Quelles émotions sont liées à ces évènements ?

Quand notre passé affectif ampute notre présent.
Dans ma famille, nous n’échangions pas ou très peu sur nos sentiments tout en nous laissant parfois déborder par nos émotions. Mes parents m’ont donné tout ce qu’ils ont pu, mais pour ces enfants de la guerre, c’était peu. Mon père et ma mère étaient altruistes, avec un grand cœur, je l’ai toujours su, toujours vu. Pourtant, ils étaient pétris d’émotions négatives non traitées, issues de leurs blessures d’amour, liées à l’enfance. Ils étaient tellement marqués qu’ils restaient des parents assez distants, pas tendres. Cela a laissé des traces dans ma vie d’adulte et m’a encouragée à voir des thérapeutes pour parler.
Cette situation dans laquelle le lien affectif abîmé du passé ampute notre présent est courante. Johnny Halliday l’exprimait en disant « Pendant des années, j’ai toujours désiré une vie de famille et je ne suis jamais arrivé à la construire. Quelque part, dans ma tête, j’étais complètement déstabilisé par le manque affectif. »
Des gens râlent, d’autres se plaignent, s’isolent, parlent incessamment, se plongent dans des activités, prennent tout avec humour. Bref, nous réagissons tous différemment face à la réalité de la vie, sans toujours regarder en face ce qui nous pousse à l’action. Sommes-nous dans l’action génératrice de vie ou dans la réaction, barricade de nos souffrances intimes et inconscientes ? Il existe de nombreuses méthodes pour apprendre à traiter les émotions négatives qui nous emprisonnent comme Gulliver ficelé au sol par les Lilliputiens. Ces émotions n’ont l’air de rien, mais elles ont pourtant un terrible pouvoir sur nous. Trouver la démarche qui nous convient pour retirer les pieux qui les retiennent peut prendre du temps, mais ça vaut le coup : retrouver notre liberté.
Je n’ai pas aimé creuser mon passé juste pour le fouiller. En revanche, parler de mes situations présentes, en les reliant parfois à mon passé, m’a beaucoup aidée à être mieux avec moi-même, m’accepter, me comprendre et changer, naturellement. Parler des émotions, c’est aussi regarder ce qui nous donne l’élan pour apprendre à nous appuyer sur ce qui nous donne de la joie et de la force.

Comment étaient nos échanges avec nos parents ? Echangions-nous avec nos émotions, parlions-nous de nos émotions ? Qu’avons-nous appris de la vie émotionnelle dans notre famille ? Sommes-nous en train de satisfaire nos besoins fondamentaux d’humains ou en train de fuir autre chose ? Voulons-nous nous retrouver dans notre entier ? Sommes-nous prêts à plonger dans nos affres pour les regarder, les câliner et leur apporter avec bienveillance l’amour qui a manqué ? Est-ce que nous ressentons nos émotions, en parlons-nous ? Tentons-nous de transférer nos émotions sur les autres pour qu’ils les portent pour nous ? Certaines personnes nous balancent leur trop-plein émotionnel et nous ne savons pas quoi en faire. Est-ce une des raisons pour lesquelles nous sommes effrayés par nos émotions ?

La réaction à nos affects vient-elle de nos expériences enfantines ?
Tous les parents utilisent des techniques manipulatoires, plus ou moins consciemment, sans prendre la mesure de l’impact à long terme qu’elles auront sur leurs enfants. Nous pouvons apprendre d’autres techniques, pour motiver nos enfants plutôt que de les menacer, les encourager plutôt que de les blâmer, les mettre face à la réalité plutôt que de leur mentir.
Les mères autant que les pères, parfois de manière invisible, sous la dénomination d’une éducation stricte, deviennent abusifs et toxiques pour leurs enfants. Si les parents ne prennent pas en considération les besoins et émotions de l’enfant, alors il apprend à fermer son cœur et deviendra peut-être, lui aussi, un adulte rigide, toxique ou abusif. Si les parents font des erreurs, mais savent s’excuser, recevoir leur enfant dans ses émotions et l’aimer de façon inconditionnelle, alors l’enfant deviendra plus naturellement un être humain entier et vivant. Si les parents sont négligents, alors l’enfant, laissé à lui-même, n’apprendra pas à gérer ses émotions et sera vite débordé par son trop-plein émotionnel.
Si mes parents ont parfaitement répondu à mes besoins matériels, je ne peux pas en dire autant sur mes besoins émotionnels et affectifs. C’est après avoir quitté le nid familial que mon illettrisme émotionnel est apparu, quand j’ai dû faire face seule à la vie. J’ai dû apprendre à être en relation malgré mes émotions débordantes ou retenues. J’ai essayé de rester dans l’amour et j’ai appris à me protéger avec une carapace solide. Comme une invertébrée. Consolider ma colonne vertébrale pour tenir debout depuis l’intérieur, plutôt qu’avec des protections extérieures, est l’histoire de ma vie. J’apprends tous les jours à tenir debout, me défendre mieux et à m’éloigner des situations toxiques et déprimantes.
Face à la mauvaise foi et l’abus, retrouver un sentiment de bienveillance vers les manipulateurs reste pour moi de l’ordre de l’utopie, j’essaie, en regardant leurs blessures d’amour plutôt que leur violence. Je n’excuse pas des paroles et des actes destructeurs, pourtant, tenter d’imaginer et de comprendre l’origine d’un comportement cruel me permet d’espérer à une réparation possible.
Derrière un caractère tyrannique et toxique ou froid et rigide, des personnes intelligentes et sensibles sont-elles en train de se protéger de leurs blessures intimes, souvent inconsciemment ? Avec leur sensibilité, voire hypersensibilité, exacerbant toutes leurs émotions, ces êtres humains auraient-ils fait le choix inconscient de contrôler tout et tout le monde pour s’assurer de ne plus souffrir et ne pas réveiller de profondes blessures affectives de leur enfance ? Cette stratégie émotionnelle inconsciente et profonde, au lieu de les aider à vivre en humain, responsable, les enfermerait-elle dans une cage qui les empêche d’être eux-mêmes, s’infligeant une souffrance immense qui les coupe de leur cœur, de leur humanité et de leur vrai moi ?