Discernement

Ecoutons-nous nos sensations corporelles ?

Quand nous y prêtons attention, nos tripes, nos émotions et notre corps peuvent nous informer en partie sur la nature de l’intention, bienveillante ou calculée, de nos interlocuteurs. Par exemple, être tendu, avoir mal au ventre, mal dormir. Prenons-nous en compte ces réactions corporelles spontanées ? Sentons-nous si nous sommes apaisés ou stressés, l’esprit clair ou confus, si notre corps se plaint ou non ? Notre corps et nos émotions peuvent être de bons alliés, ils déjouent les circuits de notre cerveau pour venir nous informer directement du déséquilibre de notre environnement. Mais nous avons aussi besoin d’éléments tangibles et réels.

Dans une relation virtuelle, l’absence de contact physique et de ressenti direct en présence de notre interlocuteur rend impossible l’usage de nos sensations physiques, même si notre corps réagit. Nous ne pourrons jamais avoir de certitude dans une telle relation. Dans ce cas-là, nous devons faire appel à notre intuition et notre logique.

Nos décisions cartésiennes ont-elles une part intuitive ?

Mon fils me dit que l’intuition n’existe pas. Quelle drôle d’affirmation ! Mon approche serait plutôt de comprendre sa nature profonde plutôt que de questionner son existence.

Si nos intuitions nous donnent des idées, les germes de ces pensées ont pu être plantés dans notre cerveau. Notre intuition ne s’appuie que sur ce que nous connaissons déjà du monde. Pouvons-nous avoir l’intuition qu’une plante nous soignera, si nous n’avons jamais entendu parler de cette plante, ne l’avons jamais vue, ni jamais touchée ? Notre intuition seule n’est pas une source fiable de détection, ou non, de manipulation ou d’influence toxique, juste un indicateur dont les informations demandent à être vérifiées.

L’intuition pourrait-elle être le résultat d’une réflexion spontanée de notre cerveau qui aurait traité des informations
sans que le raisonnement ne soit encore arrivé à notre conscience ?

Nous parlons de logique dans nos prises de décisions, les experts en management se rendent pourtant compte que le déclic pour pencher dans une direction ou l’autre est presque toujours intuitif et émotionnel.

La part émotionnelle dans nos décisions.

De nombreux outils et techniques existent pour apprendre à communiquer, nous aider à vivre nos relations et prendre nos décisions avec nos émotions. Si l’essence de tous ces outils était expliquée très simplement, nous pourrions mieux les intégrer comme une aide précieuse dans nos interactions tout en gardant de la spontanéité.

Parmi eux, la méditation pleine conscience ou d’autres techniques relaxantes peuvent nous aider à nous calmer et éloigner une influence. Elles peuvent nous permettre de calmer nos émotions, sans jugement. Prendre du recul. Elles peuvent nous aider à prendre des décisions, à ressentir ce qui est juste et nous apaise, sans nous laisser déborder par une émotion intense et éphémère, en réaction à une situation immédiate frustrante. Utilisons-nous des méthodes qui nous aident à nous calmer et à discerner ce qui est bon pour nous ?

Mon expérience personnelle de toutes ces méthodes est extrêmement positive. Je connais de nombreuses personnes qui les utilisent régulièrement et en mesurent les effets dans leur vie. Pourtant, ces méthodes sont, la plupart du temps, décrites comme des pseudo-sciences, avec des effets peu concluants, voire dangereux, et minimisées en disant qu’aucune étude sérieuse n’a démontré leurs effets. Pourquoi ? La collectivité et le monde scientifique n’ont-ils pas encore fait assez d’études sérieuses sur des techniques formidables, opérantes et peu coûteuses ? Qui finance les études ? Qui bénéficie de la dénigration de ces méthodes ? Voulons-nous prouver, grâce à des études scientifiques sérieuses le degré d’efficacité de ces techniques ?

Quels outils de communication connaissons-nous et utilisons-nous pour nous aider à prendre des décisions plus justes et sereines et avoir des relations plus apaisées et constructives ? Voulons-nous apprendre à mieux vivre avec nos émotions et apprendre à nos enfants à l’école à vivre avec les leurs ? Comment les parents qui ne connaissent pas leurs émotions pourraient-ils apprendre à leurs enfants à les traiter pour le meilleur ?

La procrastination ou « glandouille créative » a aussi son bon côté.

La procrastination est la tendance à remettre au lendemain, à ajourner et à temporiser. Or, plus nous attendons, plus le problème grossit et devient compliqué à résoudre. S’en rappeler peut aider à sortir de la procrastination. Mais la procrastination a aussi du bon, elle aurait été la méthode de nombreux intellectuels tels que Steve Jobs, Victor Hugo ou Léonard de Vinci car elle favorise l’émergence d’idées atypiques. Les Egyptiens de l’Antiquité pensaient que c’était le fait d’attendre le bon moment pour agir. Notre façon de réagir à un évènement ou d’utiliser un trait de caractère rend la situation constructive ou délétère.

Le discernement est la clé de notre autonomie.

Comment apprendre à avoir du jugement ? La base du discernement s’appuie sur la réponse à la question « Pour quoi ? » pour prendre des décisions qui ont du sens. Le but est d’arriver à prendre une décision :

  • Cohérente, avec une finalité, une raison d’être et des valeurs.
  • Discutée avec un pair pour tenter d’éliminer au maximum les biais cognitifs inconscients.
  • En conscience de nos émotions et de celles des personnes impactées.
  • Eclairées par un questionnement et une écoute de notre ressenti, en intégrant l’éthique et les aspects rationnels.
  • Juste, dans le sens de la justesse pour chacun.

Pour cela, nous pouvons prendre le problème dans tous les sens, sous tous ses angles et prendre en compte tous les aspects pour le juger de manière censée et intelligente. Certains aspects sont objectifs, personnes impactées, faits, enjeux, causes, contraintes, options, intérêts en jeux, ressources, conséquences. D’autres aspects sont subjectifs, perceptions, pensées, préoccupations, émotions.

Le discernement est la clé de notre autonomie.

Marie, une amie catholique engagée m’a appris le discernement Ignacien. Quand nous devons prendre une décision importante, nous pouvons commencer par déterminer les options suffisamment raisonnables que nous pouvons envisager concrètement. Puis nous vivons une journée, ou deux ou trois, en ayant choisi la première option et notons, à la fin de cette période, comment nous nous sentons. Nous choisissons ensuite la deuxième option, pendant le même nombre de jour, et notons comment nous nous sentons à la fin de la période. Nous faisons enfin notre bilan émotionnel. Il nous permet de ressentir l’option qui nous fait nous sentir le mieux.

Nous pouvons travailler pour améliorer notre capacité de discernement. Par exemple en nous renseignant sur un sujet que nous ne connaissons pas. Nous commencerons alors à comprendre qui est impacté, dans quels rôles, quels sont les intérêts des uns et des autres, quels sont les faits, les enjeux, les causes, les conséquences, les options, les contraintes, les promesses, nous nous poserons le plus de questions possibles et chercherons des réponses et des points de vue divergents. Nous utiliserons différentes sources d’informations et discuterons du sujet avec nos pairs pour nous forger une opinion personnelle.

Comment une victime peut-elle réagir face à la manipulation ?

Dans tous les cas, en tant que proie d’un abuseur, si nous ne sommes pas trop confus pour prendre une décision, nous devrions commencer par prendre conscience de ce que gagne le manipulateur dans l’échange. Une fois que nous arrivons à nommer l’intérêt du manipulateur, il est beaucoup plus facile de prendre du recul et nous éloigner de lui. Ensuite, nous devrions prendre conscience, avec beaucoup de bienveillance envers nous-même, de ce que nous gagnons, car si une partie de nous-même souffre terriblement, l’autre partie trouve un bénéfice secondaire à rester dans la relation abusive.

Encore une fois, la conscience nous permet de prendre du recul. Dans tous les cas, rester dans une relation toxique pour répondre à notre soif de nous sentir aimé est une grave erreur, car la relation est malsaine et ne peut pas nous donner de fondation solide sur le plan affectif. La confusion peut nous empêcher de passer à l’action, dans ce cas-là, il est indispensable d’accepter ou de demander de l’aide. Trois options s’offrent à nous.

Rester. Nous pouvons reconnaître que nous sommes manipulés, mais voir et accepter cet état car nous mesurons ce que nous apprenons, nous nous développons et prenons confiance en nous. Certains appellent cela de la manipulation positive. Nous pouvons aussi nous sentir contraint dans une situation tout en acceptant d’y rester à cause des bénéfices que nous y trouvons. Dans ces cas, nous avons besoin d’être clairs avec nous-mêmes pour agir en conscience. Ainsi, si notre choix nous conduit dans l’impasse, nous pourrons minimiser nos regrets ou nos remords.

Partir. Nous pouvons quitter la relation toxique, c’est la proposition de solution la plus répandue et sans doute la plus satisfaisante quand nous nous sentons diminué, insécurisé, déstabilisé, confus et angoissé. Une fois sorti de la relation toxique, sans aucune interaction avec l’abuseur, la confusion disparaît très rapidement. De nombreux psychologues conseillent de partir du jour au lendemain sans laisser d’adresse, ce n’est pas toujours facile à faire et cela dépend de l’intensité de l’abus.

Nous interroger régulièrement. Nous pouvons être conscient de l’emprise, sans pour autant nous sentir capable de faire face à une séparation. Le raisonnement peut être tronqué par notre situation. Mais, dans une relation de couple avec enfants, par exemple, nous pouvons choisir de rester quelques années, le temps que les enfants grandissent. Nous pouvons ne pas nous sentir capable de faire face, seul.e, à nos enfants pour les éduquer. Dans ce cas, des livres peuvent nous aider à réagir à l’abus dans chaque interaction pour limiter la casse, nous protéger au maximum et protéger les enfants. Ce faisant, par notre exemple, nous donnons à nos enfants une référence de vie de couple qui ne nous convient pas. Alors, nous pouvons nous interroger régulièrement pour savoir ce que nous nous sentons capable d’assumer et le rechoisir de période en période, nous pourrons ainsi minimiser nos regrets ou nos remords.

Si nous influencions notre cerveau pour construire nos rêves, que se passerait-il ?

Si nous apprenions à prendre du recul sur nos influences et voir le positif du présent en nous projetant positivement dans l’avenir, aurions-nous plus de chances de créer un monde dont nous sommes fiers ? Quand nous sommes souriants et plein d’élan, attirons-nous plus de monde prêt à nous aider que quand nous déprimons, sommes négatifs ou anxieux ? Le jour où nous décidons de partir à « l’îlovacances », nous voyons soudain et entendons partout des informations sur « l’îlovacances ». Quand nous avons une vision des choses, un centre d’intérêt, soudain notre cerveau met en avant tout ce qui nous donne des informations et confirme notre point de vue. Le monde a-t-il changé, ou est-ce uniquement notre cerveau qui a viré ? Quand nous parlons aux gens de ce sujet qui nous intéresse, ils nous apportent encore plus d’informations sur notre centre d’intérêt, en nous aidant à avancer dans notre projet. Voyons-nous un inconvénient à positiver avec pragmatisme et réalisme ? Si nous avions une vision positive de notre avenir commun, trouverions-nous plus de force pour surmonter échecs et épreuves, grandir ensemble et construire un monde plein de vie ?

Le premier pas est d’imaginer nos rêves, le deuxième est d’en parler, car plus nous en parlons, plus ils prennent chair et plus nous agissons pour qu’ils deviennent réalité. Dans le film « Demain[i] », des jeunes trentenaires partent explorer le monde pour découvrir les modèles d’organisations durables existants les plus abouties dans tous les domaines : agriculture, énergie, habitat, économie, éducation et démocratie. N’importe qui peut organiser une projection de ce film, voulons-nous montrer des informations qui nous inspirent, ce film ou d’autres supports ? C’est aussi en communiquant sur nos rêves de demain que nous construisons notre avenir.

Si les individus progressent, cela nous donne-t-il espoir que le monde puisse tendre vers la paix et l’équité pour le futur ? Croître en conscience et reconnaître notre sensibilité et nos besoins authentiques à titre individuel et collectif pourrait-il devenir un remède à la violence dans le monde ? Comment voulons-nous communiquer ? Avons-nous conscience du pouvoir des mots ?


[i] Demain – Film réalisé par Cyril Dion et Mélanie – 2015

Stratagèmes

Quelle est la stratégie du manipulateur ?

En apparence, il nous veut du bien et nous soutient, mais dans ses remarques et comportements, il nous fait douter de lui, de ses intentions, de nous. Avec lui, notre vie devient un cycle de périodes passées au paradis et en enfer. Il est subtil et insidieux et nous choisissons nous-même de le suivre, nous sommes sous emprise mentale.

la manipulation est connue depuis la nuit des temps.En 500 ans avant notre ère, Esope nous décrit déjà l’outil essentiel du manipulateur dans sa fable du Corbeau et du Renard : un corbeau vola un morceau de viande puis se percha sur un arbre. Un renard l’aperçut et voulut ce morceau de viande pour lui-même. Il se posta donc en bas de l’arbre et commença à le glorifier : « Que tu es beau et élégant, personne d’autre que toi n’a autant d’atouts pour être le roi des oiseaux. Si ta voix était aussi magnifique que ton apparence, tu serais déjà roi. » Flatté par ces propos, le corbeau voulut lui faire entendre ses vocalises, et ouvrant le bec pour chanter, il lâcha la viande. Le renard se précipita alors, saisit le morceau et dit « Ô corbeau, si tu avais aussi du jugement, il ne te manquerait rien pour devenir le roi des oiseaux. » Et voilà notre corbeau tout penaud et ayant tout perdu !

Cette stratégie est celle du manipulateur. Il crée un cercle vicieux addictif qui va peu à peu nous mettre sous son emprise. Il alterne les périodes où il nous distribue, douceurs, récompenses, attentions et gentillesses avec des épisodes où il nous abuse, nous menace, devient violent verbalement ou/et physiquement, nous déprécie et reporte les échéances promises. Pour nous amadouer, il répond à nos besoins : il nous admire, nous sommes beau, intelligent, il nous apprend des choses, nous soutient et a besoin de nous. Pendant la période suivante, en revanche, il nous menace, nous fait peur, nous insécurise, nous fait souffrir. Sidéré par le changement de comportement que nous ne comprenons pas, nous nous accrochons à notre souvenir du prince ou de la princesse charmante que nous connaissons et attendons avec conviction le retour des beaux jours. Ce bon moment revient… pour être suivi d’un prochain séjour en enfer. Nous pensons toujours que c’est la dernière fois, mais en réalité, ce cercle vicieux n’aura jamais de fin… sauf si nous sommes capable de la décider nous-même et de quitter cette relation abusive et toxique.

Ce stratagème a beau être connu depuis la nuit des temps, il reste implacable. La notion d’emprise paraît simple à démasquer, elle est pourtant tellement subtile et difficile à expliquer que très peu d’individus comprennent de quoi il s’agit exactement. L’emprise reste un concept, un mot, pour la plupart des gens.

Cette description concerne une personne physique mais peut facilement être extrapolée à la dimension d’un groupe humain ou d’une nation. Le mécanisme fondamental de la relation d’emprise se caractérise ce un double jeu : empathie et discours humaniste et bienveillant affiché, qui cache une action assassine, insidieuse, minutieusement structurée et destinée à détruire la victime. A titre sociétal, sommes-nous attirés par un groupe qui nous fait sentir, beaux, intelligents et importants ?

Quels sont les outils du manipulateur ?

La boîte à outils du manipulateur est fournie, ma description ne sera pas exhaustive.

Il nous emmêle les pinceaux, est le roi de l’opaque, des secrets et des tabous.

Il peut nous donner des idées et nous faire croire que ce sont les nôtres et nous suivons ainsi ses plans sans résistance.

Il peut nous donner de l’énergie à court terme en donnant beaucoup de conseils, mais il nous éloigne de notre être profond. A long terme, ses conseils et sa main mise devient un poids que nous avons du mal à identifier.

Il peut aspirer toute notre énergie vitale. Souvent il va mal quand nous allons bien, comme pour nous gâcher notre plaisir, nous finissons par aller mal, et alors il va bien.

Il manie l’humour comme une arme de dénigrement en privé, comme en public. Souvent de façon très subtile et insidieuse.

Si nous ne rions pas de ses blagues, attaques déguisées contre nous, il nous reproche notre rigidité, notre manque d’humour, nous critique et altère notre confiance en nous-même.

Nous pouvons être en discussion avec lui et il nous délaisse soudain comme si nous n’étions pas là, nous laissant le sentiment de notre inexistence.

Il nous donne un rendez-vous, ne vient pas, ne s’excuse pas et ne donne aucune explication.

Il fait une promesse, reporte incessamment l’échéance et ne la tient jamais. Il arrive à nous convaincre que c’est pour notre bien alors que cela nous insécurise.

Il nous met sous pression, nous n’avons pas le temps de prendre du recul ou d’étudier des propositions.

Il nous dit que nous avons tort de ressentir ce que nous ressentons, ce qui est totalement abusif et mensonger. Cela nous angoisse car nous perdons confiance en nos sensations.

Il nous dit ce que l’on doit penser de lui et comment nous devons le percevoir, ce qui encore une fois est totalement abusif.

Sous un soutien apparent, il discrédite nos actions par des petites remarques insidieuses. Derrière un discours d’encouragement vis-à-vis de nos projets, il égrène insidieusement tous les arguments pour nous démoraliser et nous donner envie de les abandonner.

Il minimise nos succès passés et présents pendant qu’il glorifie ses propres réussites. Il peut aussi constamment nous encourager dans notre travail tout en nous insécurisant sur d’autres plans ou tout en immisçant en nous des doutes sur ses intentions.

Il nous pousse à nous isoler des êtres qui nous sont chers, amis et familles, incluant même parfois nos propres enfants.

En famille, il peut utiliser les enfants comme outil de manipulation.

Il critique insidieusement tous les gens que nous admirons et que nous apprécions pour ternir l’image que nous avons d’eux, annuler l’inspiration qu’ils nous apportent et nous éloigner d’eux.

Il attaque et s’énerve lorsque nous le remettons en cause plutôt que de chercher le dialogue respectueux.

Ses promesses orales n’ont aucune valeur, ses mots ne sont là que pour nous hypnotiser.

Il ment sans scrupule du moment que le mensonge lui permet d’obtenir ce qu’il convoite.

Ses excuses sont un principe oral qui ne veulent rien dire, des mots pour nous assoupir. Son comportement et ses actions ne changent pas après les excuses.

Avec un manipulateur, chaque information engageante devrait être notée et enregistrée pour mémoire et référence.

La seule preuve de son engagement envers nous peut se mesurer dans les actions. Sur le court terme, il pourra prendre des initiatives juste pour nous assoupir, mais sur le long terme, soit ses actions confirment ses paroles, soit elles témoignent de son comportement abusif, opposé à son discours officiel.

Il peut nous attaquer sur nos pratiques soi-disant manipulatrices sans que nous ne comprenions le fondement de ce dénigrement. En réalité, il nous parle de ce qu’il connaît, il nous parle de lui et de ses propres pratiques. L’écouter, pour comprendre ses mécanismes sans nous sentir personnellement incriminé est difficile au début, mais très instructif.

Il dit ne pas se rappeler de ses paroles passées quand ça l’arrange. Il nous affirme que nous avons tenu des propos que nous n’avons en réalité jamais tenus. Ainsi il nous rend totalement confus et incertain de ce que nous avons entendu ou non, ce que nous avons dit ou non.

La confusion mentale nous rend indécis et vulnérable.

Le manipulateur nous fait vivre des ascenseurs émotionnels, et nous soumet à la double contrainte pour créer la confusion dans notre esprit. La double contrainte nous soumet à deux exigences incompatibles qui rend la situation insoluble et engendre troubles et souffrances mentales. Notre cerveau peut se bloquer et ne plus arriver à prendre de décisions. Dans l’extrême, toute décision à prendre au quotidien devient un calvaire. Par exemple, en faisant les courses choisir entre des pommes ou des poires va devenir une décision compliquée à prendre. Nous avons besoin de prendre conscience de la situation, souvent avec l’aide d’un pair, parfois grâce à son intervention, pour sortir de cette ascendance.

Notre cerveau peut aussi créer la confusion pour nous faire oublier un secret ou une situation traumatisante.

Quand je vivais à Lille, mon copain Sven ne voulait pas que je rencontre son père, sans me donner d’explication. Mon cerveau avait besoin de logique et j’ai commencé à imaginer mille scenari plus horribles les uns que les autres, ça créait une bouillie tiédasse dans ma tête. Après des mois et des mois, il a fini par me raconter son grand secret, qui m’a paru si anodin, que je ne me rappelle même plus du problème aujourd’hui, mais du jour au lendemain, ce méli-mélo a disparu de mon cerveau. Même un secret non divulgué, comme un secret de famille, peut avoir cet effet.

Avons-nous conscience que garder un secret peut créer une énorme confusion dans la tête de ceux que nous croyons protéger, ou dont nous voulons nous protéger, bien plus dommageable que le secret lui-même ? Pourrions-nous être victimes de secrets non divulgués ? Gardons-nous des secrets qui nous pèsent ? Voulons-nous parler de ces situations à une personne bienveillante pour nous libérer ?

Quatre tabous colossaux interfèrent dans nos vies : sexe, argent, santé et sentiments sincères.

Certains sujets sont plus ou moins formellement interdits, c’est toute la difficulté des tabous qui deviennent toxiques. Les tabous permettent des dérives car personne n’en parle. Ces tabous sociétaux parlent pourtant de nos quatre besoins fondamentaux primaires et gênent le bon fonctionnement de nos vies individuelles et collectives. Heureusement, depuis quelques années, la parole se libère et permet une évolution et des prises de conscience.

Parlons-nous d’argent librement ? L’argent est plus ou moins tabou selon les sociétés. Comment parlons-nous d’argent, avec qui. ? Sommes-nous à l’aise de parler de nos succès ou soucis financiers ? Nous sentons-nous obligés de nous cacher si nous perdons notre emploi ? Les femmes ou les sociétés catholiques, par exemple, souvent mal à l’aise pour parler d’argent, sont-elles négativement impactées ? Parlons-nous du peu que nous octroyons aux plus déshérités de nos sociétés ?

Parlons-nous de notre sexualité ? Rêvons-nous d’une vie sexuelle épanouie, excitante, créative, tendre et respectueuse ? Dialoguons-nous en couple sur notre sexualité ? Quels sont nos sentiments par rapport à notre sexualité ? Sommes-nous à l’aise et heureux ? Nous sentons-nous coupable ou honteux ? Quand nous parlons de sexualité, parlons-nous de nos besoins ou en parlons-nous avec humour ou cynisme ? Parlons-nous de sexe ou de sexualité ? Les victimes d’abus sexuels parlent-elles, sont-elles écoutées, entendues et protégées ? Si nous nous sentons pudiques, des livres peuvent nous aider à explorer le sujet.

Parlons-nous de notre santé simplement ? Ne pas en parler nous a-t-il déjà empêché de nous soigner correctement ? Savons-nous où trouver de l’information ? Avec qui dialoguer ? Parlons-nous ouvertement de notre santé et de son coût ? Le secret médical peut-il entraver notre vision de problèmes sanitaires collectifs ?

Parlons-nous de nos sentiments sincères ? Sommes-nous pudiques avec nos sentiments ? Arrivons-nous à créer des liens chaleureux, fidèles et confiants auxquels nous aspirons profondément ? En intimité, savons-nous parler de nos sentiments sincères ?

Les secrets et tabous protègent-ils le manipulateur ou la victime ?

Il existe des secrets de manipulateurs et des secrets qu’on garde pour se protéger. Nos enfants apprennent la vie en la vivant avec nous, en nous regardant, et non en écoutant ce que nous leur disons. Gardons-nous des secrets ou partageons-nous avec eux les évènements de la vie ? Cette question peut être élargie au niveau d’un groupe ou d’une nation. Comment choisissons-nous les informations que nous transmettons et celles que nous gardons secrètes ? Donnons-nous assez d’informations aux membres du groupe ou aux citoyens pour leur permettre ensuite de prendre leurs décisions en toute connaissance de cause ?

Révéler le secret dans le respect, en préparant le terrain peut libérer.

Si vous me balancez un secret comme un missile, ça me crispe, sinon, je deviens beaucoup plus réceptive et la compréhension de la situation m’apaise, quelle qu’en soit l’horreur ou l’invraisemblance. Les secrets peuvent être purement techniques et faciles à garder. Qu’en est-il des secrets émotionnels et relationnels, peuvent-ils passer inaperçus dans notre cerveau et nos affects ou se mutent-ils en un poids psychique ? Ces secrets-là grignotent notre mental. Nous isolent-ils, nous rendent-ils clandestins de notre vie ? Nous sommes-nous déjà libéré d’un secret, cela nous a-t-il permis de retrouver la vie et de nager dans son flot naturel ?

Profil des protagonistes

Le manipulateur était un enfant manipulé.

J’ai remarqué qu’un manipulateur a toujours été, dans son enfance, un enfant manipulé. Les enfants apprennent la vie en la vivant, quel exemple avons-nous donné à nos enfants ? Nous adoptons tous des comportements plus ou moins manipulatoires à un moment, en tant que parent. Cela nous paraît plus simple ou plus rapide à court terme, mais quel modèle devenons-nous alors à long terme, quelle référence proposons-nous à nos enfants sur la vie relationnelle et émotionnelle ? Sommes-nous plus toxiques ou plus bienveillants envers nos enfants ? La différence entre un parent toxique et un parent bienveillant tient dans le lien chaleureux, l’empathie pour notre enfant, la reconnaissance de nos erreurs auprès de nos bambins et l’amour inconditionnel que nous leur offrons.

La mère peut être aussi manipulatrice que le père, voire plus. La manipulation est basée sur le contrôle, et parfois la menace et peut paraître une éducation stricte et ordinaire. Les menaces insécurisent l’enfant qui n’a pas le droit de se plaindre, ni de pleurer. La manipulation permanente est corrosive, elle ne transmet pas de chaleur humaine et l’amour est conditionnel. L’enfant ne se sent pas entendu, il se sent très seul alors qu’il a besoin de s’appuyer sur nous pour le guider et découvrir la vie. Des parents aimants, en revanche, sauront s’excuser, prendre en considération les émotions et sentiments de leur enfant et seront fondamentalement bienveillants. L’enfant apprend les stratagèmes de manipulation par l’exemple et n’a aucune conscience de son désert intime et de sa souffrance d’amour puisqu’il n’a aucun autre repère.

Certains sont si abîmés que leur développement cognitif et affectif se bloque très tôt. Ceux-là sont incapables d’autocritique et, une fois adultes, ils deviennent abusifs et se nourrissent de la souffrance de leur proie. Cette souffrance peut même créer une pathologie relationnelle comme celle des pervers narcissiques.

A quoi ressemble le manipulateur ?

Mieux nous apprenons à reconnaître un manipulateur et ses techniques, plus nous avons de chances d’arriver à le repérer pour refuser son emprise. Le manipulateur est une personne plutôt coupée de ses émotions. Dans une relation virtuelle, c’est souvent un groupe de malfaiteurs. De nos jours, toutes les images, voire même vidéos, peuvent être volées et trafiquées. Tant qu’aucune rencontre réelle n’a lieu, nous ne pouvons pas savoir si notre interlocuteur existe réellement. Il est impossible, dans une relation purement virtuelle, de savoir qui est vraiment notre interlocuteur.

Dans le réel, l’amoureux transis, le chef admiratif, le coach épris, le nouveau venu passionnel, connaissent tous les ressorts pour répondre à nos besoins inassouvis. Avec eux, nous pouvons ressentir une tendresse infinie, un amour authentique, une joie profonde, une estime de nous-même réelle. Mais en même temps, nous doutons de leurs intentions. Avec eux, nous nous sentons dans un environnement émotionnel, voire financier, psychique et intellectuel, instable et insécurisant.

Pour une personne physique, le premier profil est celui d’une personne à l’air très amical et d’apparence chaleureuse, quoique nous laissant souvent une gêne dès le premier échange. Elle a l’air d’avoir une confiance en elle inébranlable, qui en réalité est un bouclier étincelant qui cache un manque de confiance en soi très intime et enfoui. Si c’est un homme il aime souvent briller, et a parfois la folie des grandeurs. Si c’est une femme, elle peut mettre son nez partout pour nous donner des conseils, sur tout, avec une apparente générosité, qui en réalité est une prise de contrôle sur nos activités et relations.

Le second profil est celui d’un individu plus discret, qui reconnaît son manque de confiance en lui, tout en étant courageux, persévérant et ambitieux, mais encore une fois, il est toujours dans le contrôle et se nourrit de l’énergie de sa proie.

Dans les deux profils, la personne manipulatrice est intelligente, voire extrêmement intelligente et démontre une aisance verbale remarquable. Le verbe est son premier outil pour contrôler sa proie. Cette personne peut devenir physiquement ou sexuellement pressante, voire violente avec sa proie, par son discours hypnotique ou par la force. Dans tous les cas, l’individu manipulateur va chercher à contrôler sa victime et tous les aspects de sa vie. Le lien émotionnel sera chaotique et l’abuseur tirera les ficelles de la relation.

A quoi ressemble la victime ?

Nous aurions tendance à croire que les proies idéales du manipulateur ne sont que les hypersensibles avec leur empathie, leur écoute et leur générosité, autant de qualités que le vampire utilise pour créer un lien de dépendance. En réalité, nous avons vu dans le paragraphe sur l’égo que les méchants égocentriques sont tout aussi manipulables que les gentils empathiques. Ainsi tous les dictateurs et autres chefs autoritaristes autoproclamés sont peut-être souvent, en réalité, des personnalités faciles à placer à la tête d’une organisation ou d’un état, et faciles à manipuler. Le parcours d’Hitler en est un triste exemple. Sans être le sujet principal, dans son livre « Le problème Spinoza[i] », Irvin Yalom s’intéresse à la montée du nazisme et d’Hitler à sa tête. Il apparaît clairement, au cours du récit, que cet homme déséquilibré n’a absolument pas choisi sa place, il a été formé et installé et son égo lui a donné la rage de plaider et servir son idéologie effroyable. Est-ce que des influenceurs internationaux avaient intérêt à le voir à cette place ? De même, Napoléon admettra sur l’île de Sainte Hélène qu’il n’avait jamais prévu sa vie ainsi. L’Histoire du monde s’articule autour de nombreux dirigeants tyranniques qui sont montés, ont changé le cours de l’Histoire, puis ont été éconduits, sans réelle volonté personnelle au départ, d’occuper leur charge. Des groupes d’intérêts pourraient-ils favoriser la mise en place de certains dictateurs à la tête de nations ? Quels seraient leurs intérêts ?

Ce qui est sûr, c’est que certaines personnes se retrouvent manipulées dans des relations toxiques et d’autres pas. A partir de ce constat, il est indispensable de se poser la question, pourquoi nous ? Bien que nous n’ayons jamais cherché ce type de situation, nous avons mordu à l’hameçon du manipulateur, pourquoi ?

Une fois devenu.e adulte et victime d’un.e abuseur, être capable de comprendre la détresse invisible, et souvent inconsciente du manipulateur, peut nous aider à réagir avec plus d’assertivité à son comportement abusifet à nous éloigner de lui sans rancœur. Quoi qu’il en soit, la seule manière de retrouver notre indépendance, sans passer d’une relation toxique à une autre, est de prendre conscience de nos forces motrices et nos valeurs pour choisir de façon éclairée nos pertes et nos gains personnels. Pour refuser les bénéfices secondaires et retrouver notre autonomie.


[i] Le problème Spinoza – Irvin Yalom – Librairie Eyrolles – 2014

Terreau de manipulation


Ego et humilité face à la manipulation.

Aux deux extrémités de la personnalité, l’égo peut être soit surdimensionné et créer une personnalité égoïste ou égotique, soit sousdimensionné et créer une personnalité à l’humilité ou la passivité démesurée. Ces défauts permettent au manipulateur d’attirer, soit des personnes brillantes, reconnues et égotiques en comblant leur besoin de se sentir des gens bien, soit des personnes brillantes, peut sûres d’elles-mêmes, hyperempathiques et généreuses en comblant leur besoin d’être reconnues.

Ces deux extrêmes apportent des réponses insatisfaisantes à nos besoins d’estime de nous par nous-même ou par les autres.

  • L’individu égocentrique se sentira peut-être très admiré mais manquera souvent d’estime de lui-même, sentiment bien déguisé. Son avidité à redorer son image vis-à-vis de lui-même lui fera désirer tous les messages usurpateurs du manipulateur qui peut l’abuser en lui permettant de s’approprier des qualités personnelles : tu dois être si fier, où vas-tu trouver toutes ces ressources ? Quelle générosité, perspicacité, efficacité…
  • L’individu trop modeste aura peut-être une très bonne estime de lui-même mais manquera de reconnaissance par les autres. Sa soif de reconnaissance et de pommade lui fera attraper en vol tous les messages usurpateurs du manipulateur qui peut ensuite l’abuser en lui attribuant des qualités personnelles : tu es si intelligent, si beau, si compétent, si drôle…

Notre égo et notre humilité seront à même de nous aider à nous développer harmonieusement, uniquement si nous les cultivons avec équilibre.

  • L’égo nous permet de passer à l’action sans réfléchir aux conséquences.
  • L’humilité nous permet de prendre de la distance, nous poser des questions, tout en restant passif.

Un égo développé de façon équilibré nous apporte donc une force incroyable qui balance la force d’action et la capacité de remise en cause.

Sur une échelle nuancée entre l’arrogance puante et l’effacement soumis,
il existe de nombreuses façons d’affirmer notre égo et notre humilité vis-à-vis de nous-même et des autres.

L’ignorance est le terreau de la manipulation.

Avons-nous conscience que nos secrets favorisent la manipulation ? Gardons-nous volontairement des secrets ou retenons-nous volontairement des informations pour cacher des situations aux personnes impactées dans l’intention de les manipuler ? Si non, avons-nous conscience qu’en rendant les gens ignorants, nous les rendons manipulables ? La transmission d’informations est une obligation minimum pour laisser aux individus la liberté de choisir en connaissance de cause. Les secrets pour cacher une vérité peu avouable sont-ils démocratiques ? Qui protègent-ils vraiment, sinon le coupable ou le manipulateur ?

En acceptant de piétiner nos valeurs, nous créons un terrain qui peut devenir notre talon d’Achille.

Une personne, un discours, une image ou un film peuvent nous inciter au meilleur ou à la corruption, à des pratiques scandaleuses ou immorales. Avons-nous l’impression d’avoir été piégé ? Avons-nous eu le choix de refuser une situation qui nous rend publiquement vulnérable ? Aurions-nous pu être incité à accepter des pratiques indignes avec l’intention de nous rendre manipulable ? Subissons-nous un chantage ? Pouvons-nous dénoncer cette manipulation ? Pourquoi ?

Les scandales sont-ils démocratiques ?

Même si les scandales permettent de dénoncer des affaires coupables, mettre en lumière ces histoires sous forme de scandale est-il démocratique ? Les rumeurs peuvent-elles être coupables ? Comment laissons-nous aux accusés la présomption d’innocence quand nous placardons leurs noms avant d’être certains ? Tout scandale peut-il être manipulatoire ? Quand éclate le scandale ? Quelle personnalité écarte-t-il ? Quel autre sujet d’actualité évince-t-il ? Combien de scandales, ou d’évènements déclencheurs portées aux nues, ont infléchi le cours de l’histoire de nos démocraties ? Les journalistes ont-ils été manipulés à leur insu pour enquêter sur un sujet ? Qui les a conduits à partir dans cette direction ? Qui est commanditaire ? Qui finance ? Qui trouve un bénéfice caché à l’exposition de ce scandale ? A qui ont bénéficié ces scandales sur le très long terme ? Quelle personnalité mettent-ils au-devant de la scène ? Combien de scandales ont modifié le résultat d’une élection présidentielle ou déclenché des émeutes ou des guerres ?

Quand nous déclenchons un scandale pour dénoncer, à juste titre, avec une intention démocratique de transparence, des pratiques frauduleuses et injustes, sommes-nous sûr de nos informations ? Le scandale est-il la meilleure façon de dénoncer cet abus pour s’assurer d’obtenir justice et réparation de la part des coupables ?

Le droit à l’erreur est une exigence en démocratie.

Quand nous croyons que nous n’avons pas droit à l’erreur, toute erreur, particulièrement dans la sphère publique, peut devenir fatale et peut être transformée en scandale qui élimine les uns ou les autres du paysage. Le scandale est-il la meilleure façon de dénoncer ?

Les leaders charismatiques au tempérament optimiste et battant réfléchissent-ils à se prémunir d’un potentiel scandale ? Ont-ils construit leur forteresse défensive pour éviter les attaques, si non, sont-ils les premiers à tomber ? Demander réparation à une personne publique pour son erreur est démocratique. L’éliminer à cause d’une erreur tue la démocratie. Celui qui s’excuse honnêtement, apporte réparation à son erreur, apprend et ne la répète pas est en processus d’apprentissage et de croissance.

Celui qui s’excuse honnêtement, apporte réparation à son erreur,
apprend et ne la répète pas, est en processus d’apprentissage et de croissance, il favorise une organisation apprenante.

Une personne touchée par un scandale dérange la bonne marche de son groupe d’appartenance et c’est souvent des gens de valeur qui sont éliminés. Nous avons besoin de connaître les sources d’information et de financement des campagnes de dénigration pour comprendre qui ressort gagnant grâce à cette éviction.  

Nous sentons-nous manipulés ou guidés ?

Une subtile présence intrusive dans ma vie m’a encouragée à développer et structurer mes idées pour ce livre, tout en m’aidant à aiguiser mon intelligence, approfondir ma compréhension de la nature humaine et des équilibres sociétaux, et à sentir ma part de responsabilité pour notre avenir commun. Ce faisant, j’ai perdu pied dans la vie réelle. A un moment, je me suis sentie guidée, mais ce grand écart entre mon écrit et ma réalité m’a laissé la sombre impression d’être manipulée et a fait remonter le souvenir d’une histoire que ma sœur m’avait racontée quand j’avais quinze ans.

C’était dans une jolie ville pimpante, les gens s’habillaient de toutes les couleurs et s’amusaient beaucoup. Le parfum des fleurs et le tapis herbeux, dense et confortable, invitait à faire des siestes bucoliques dans le parc. Tous les habitants travaillaient pour l’entreprise de poupées de la ville et leurs jouets étaient envoyés aux quatre coins du pays. Les gens étaient contents de savoir que leurs poupées égayaient les foyers. Mais un jour, une personne eut un flash, elle eut l’impression qu’elle était en train de construire des armes. Plusieurs fois, elle eut cette impression les jours suivants, jusqu’à ce qu’elle comprenne que tous les ouvriers fabriquaient des armes en étant hypnotisés par les écrans qu’ils regardaient en travaillant. Ils croyaient qu’ils produisaient des poupées, mais c’était une pure illusion, une vue de l’esprit, les produits qui sortaient de l’usine étaient bel et bien des armes. L’histoire s’achevait sur cette question : « Si tu étais cette personne, préférerais-tu savoir ou n’avoir jamais eu de flash ? »

Nous sentons-nous guidés ou manipulés ? Nous sentons-nous parfois hypnotisés par notre environnement et nos sources d’informations ? Avons-nous l’impression de penser et de vivre dans notre singularité, en référence à nos besoins profonds ? Prenons-nous des décisions pour créer notre rêve personnel et collectif dans un monde vivant ?

Manipulation et discernement

« Donne le doigt au diable et il voudra ta main. »

Proverbe russe

Pourquoi cédons-nous à la tentation ?

Pourquoi donnons-nous notre doigt au diable ? Il est tellement facile de se laisser corrompre que les films présentent souvent la corruption comme une contrainte inhérente à certaines professions ou fonctions. Chaque victime consentante, ou piégée, devient un maillon faible de notre société entière qui réduit la liberté de notre nation.

Quand avons-nous basculé, quel appât nous a séduit au point que nous acceptions d’écraser nos valeurs ? Jusqu’où sommes-nous allés dans la négation du sens de notre action ? Quelle estime de nous-même avons-nous ? Sommes-nous à l’aise avec nos décisions et actions, ou nous mentons-nous à nous-même ou à nos proches pour cacher notre culpabilité, honte ou apparente indifférence lancinante ? Nous sentons-nous libres de prendre nos décisions en notre âme et conscience ? Si non, qu’est-ce qui nous en empêche, quels sont nos intérêts personnels à accepter de prendre des décisions à impact collectif qui vont à l’encontre de nos convictions et nos valeurs ? Avons-nous le choix d’accepter ou non la manipulation ? Pourquoi ?

Amour humain

Devenons la personne que l’autre attend.

Pensons à la personne qui nous attend plutôt qu’à celle dont nous rêvons.Si nous reprenions le temps de nous relier ? Aujourd’hui, dans nos sociétés pressées, nous allons tellement vite que beaucoup ne prennent plus le temps d’être patients pour apprendre à se relier et à s’aimer. Et si nous réapprenions à prendre le temps de vivre et d’aimer ? Comment pouvons-nous progresser pour créer des liens plus satisfaisants ? Les robots vont-ils nous faire prendre conscience de notre besoin de lien en humanité ? Quelle est notre capacité à créer des liens humains et humanisés ? Est-ce que cette aptitude est étudiée par la science ?

Et si nous devenions cette personne que l’autre attend plutôt que d’attendre la personne de nos rêves ?

Les enfants sont des mini-copies de leurs parents.

Quand nous parlons de couple sérieusement, vient souvent la question des enfants. Avons-nous des enfants ? Avons-nous observé comme ils sont un doux mélange des traits de personnalité du papa et de la maman ? Les enfants sont toujours ceux de leurs parents, quelle que soit la qualité du lien, même s’ils développent leur propre personnalité. Avant d’avoir des enfants avec notre partenaire, nous sommes-nous assuré que nous souhaitons sa mini-copie évoluée ?

Savons-nous ce qu’est l’amour humain ?

J’ai aimé comme j’ai pu, avec des références bancales, avec mes blessures d’amour, en allant chercher en dehors de moi, incluant dans la religion, ce que je connaissais mal. Même quand j’ai rencontré mon mari, je me demandais si c’était ou non de l’amour. Ce que j’ai peu à peu compris, c’est que l’amour est d’abord et avant tout un échange émotionnel. L’amour est un sentiment nourri d’émotions. Pour faire vivre une relation, nous avons besoin d’échanger nos émotions, toutes nos émotions. Dans une relation aimante, si nous entendons la joie de l’autre, elle nous irradie, si nous entendons sa tristesse ou sa colère, nous comprenons mieux l’autre, nous avons envie de l’aider. Nous vivons ensemble. C’est la raison pour laquelle l’alphabétisation émotionnelle est si importante. Savoir dire à l’autre ce que nous ressentons, non seulement nous fait du bien, mais nourrit le lien avec l’autre et permet l’échange, bien plus qu’un bon restaurant ou que deux jours dans un hôtel de rêve. Les endroits magiques aident à vivre des instants magiques, mais sans l’échange d’émotions, ils entrent dans un catalogue, pas dans une expérience de vie. Quelle expérience nous fait penser que nous avons partagé un vrai amour ? Avec des parents, un.e chéri.e, des enfants, qui ? Comment définirions-nous cet amour ?

Avec nos enfants, nous pouvons découvrir l’amour humain.

Avec mes enfants, j’ai découvert la difficulté d’aimer sans condition, chaque jour et chaque heure, indéfectiblement des êtres humains. C’est exigeant, nourrissant et chaleureux. Nourrissons-nous notre besoin d’absolu en nous intéressant à nos pairs et aux personnes que nous aimons ? Avons-nous des enfants, des neveux ou des nièces, des filleuls ? Qu’avons-nous découvert de l’amour humain en aimant ces petits êtres en croissance ?

Amour et haine sont-ils le même sentiment ?

Avec les enfants, j’ai été confrontée à mes plus beaux sentiments et ma pire violence. Même dans mes pires colères, j’ai toujours ressenti que j’aimais mes deux trésors. Mais quand notre réservoir d’amour est vide, est-ce qu’aimer et adorer peut se transformer en détester et haïr ? Ces sentiments seraient-ils tous le même à des extrémités opposées ?

Plutôt que de glisser vers nos sentiments ténébreux, pourrions-nous regarder nos blessures profondes pour les soigner en partie et réduire ces béances d’amour afin de préserver les gens que nous aimons de nos propres déchirures ? Est-ce que l’amour se déploie dans la bienveillance et la tendresse et la haine face à l’isolement, l’injustice et l’abus ?

L’amour serait-il notre nature profonde d’être humain et la violence, notre réaction à l’amour piétiné au fond de nos entrailles, liée à nos blessures d’amour ? Sommes-nous à l’aise avec cette la dualité sentimentale amour-violence, la voyons-nous à l’intérieur ou à l’extérieur de notre être ?Est-ce qu’amour et haine sont trésors et blessures intérieures que nous avons besoin de regarder en face pour grandir ?

Le chemin de devenir en capacité d’aimer donne du sens à notre vie.

Nous oublions-nous dans notre relation à Dieu ou aux autres ? Savons-nous nous affirmer dans le respect de l’autre ? Nous autocentrons-nous sur nos besoins ? Est-ce que nous nous aimons nous-même ?

Est-ce que nous apprenons à aimer dans des relations concrètes ? L’amour nous a-t-il encouragé à nous dépasser ? L’amour nous donne-t-il de la force ? En même temps, une fois que nous aimons, nous nous sentons vulnérable, car toute relation d’amour peut être abîmée ou rompue, et alors nous souffrons. Choisir d’aimer et d’apprendre à toujours aimer mieux donne-t-il, malgré tout, du sens à notre vie ?
Voudrions-nous réapprendre à créer des relations chaleureuses et constructives ?

Chaudoudoux

Enfant, j’ai eu la chance de lire « Le conte chaud et doux des Chaudoudoux[1] », il m’a raconté l’art d’être heureux et de rendre les autres heureux, la joie de donner et de recevoir. L’histoire se passe dans un pays lointain, il y a fort longtemps. Les gens s’échangeaient des chaudoudoux, ils étaient inépuisables. Chaque fois que quelqu’un recevait un chaudoudoux, il se sentait immédiatement chaud et doux de partout, c’était gratuit et ils s’échangeaient des chaudoudoux à longueur de journée.

La sorcière qui cherchait à développer son commerce sema le doute dans l’esprit des villageois pour leur vendre les froids-piquants qu’elle avait inventés. Ça coûtait cher et les gens commençaient à compter, éliminant presque les chaudoudoux dont ils avaient soudain peur de manquer.

Quand Julie Doux arriva dans le village, elle n’avait jamais entendu parler de la pénurie et offrit gratuitement des chaudoudoux à tous ceux qu’elle rencontrait. Les enfants l’adoraient car ils se sentaient bien avec elle et eux aussi se mirent à distribuer des chaudoudoux quand ils en avaient envie, comme au bon vieux temps.

Nous l’aurons compris, les chaudoudoux sont toutes ces marques d’attention et de bienveillance que nous pouvons échanger et qui nous réchauffent autant que celui qui reçoit. Les froids-piquants représentent toutes ces piques que nous nous envoyons en guise d’interaction, mais qui nous laissent un peu pantois. Ce conte traite non seulement du partage inconditionnel et de la peur de manquer qui détériore les relations humaines, mais aussi de l’espoir et d’un changement possible. Pouvons-nous continuer à être gentils ? Voulons-nous créer des liens pour le plaisir de l’échange ?

Comment se connecter à notre humanité face au grand nombre ?

Si nous entendons que cent-vingt personnes sont décédées aujourd’hui du virus, entendons-nous parler de vies disparues ou entendons-nous un chiffre ? Nous sentons-nous concerné ? Si notre ami nous dit que sa mère vient d’être emportée, sommes-nous touché ? Comment réagissons-nous face aux chiffres ? Gardons-nous notre humanité ? Si nous entendons parler de cette caissière ou cette soignante, cela nous fait-il réaliser l’importance de son rôle, son engagement malgré le risque pris face au virus et sa vie financière et organisationnelle difficile ? Nous sentons-nous plus concerné par cette femme que par des chiffres ? Qu’est-ce que la vie sans aimer ?

Le droit d’aimer
Pas de tendre souffrance
Elle est profonde et immense
J’ai perdu mes références
A la recherche du sens
Les hommes sont devenus fous
Plus de garde-fous
Leurs lances percent mon cœur
Plus de ciel, plus de douceur
Un monde en échiquier
Je me sens pion sur les pavés
Où trouver l’espoir
Sur ces tristes trottoirs ?
A quoi rime la vie
Où sont parties mes envies ?
Que va-t-on devenir ?
Quel sera notre avenir ?
Choisirons-nous le bonheur
Ou le pouvoir en leurre ?
Je veux vivre en liberté
Droit de rire et droit d’aimer
Ensemble, honorer la vie
Et la vivre à l’envi

Quelle place donnons-nous à l’amour dans notre vie ?

Nous sommes revenus hier de Dübendorf, j’y ai emmené mon fils passer un test pour tenter de rejoindre la section des parachutistes pour son futur service militaire, obligatoire en Suisse. Sur la route du retour, il me racontait ses épreuves puis nous avons abordé les perspectives de la vie militaire, le sens de la mission de ces hommes et de ces femmes qui sont prêts à mettre leur vie en péril pour défendre leur patrie, ce qui nous a entraînés sur des discussions plus générales, évoquant les guerres et le sens de la vie. Il s’est bien moqué de moi quand je lui ai parlé de la beauté comme sens de la vie. Voici une bribe de notre dialogue :

– Arrête avec tes trucs philosophiques, moi je ne me pose pas ce genre de questions.

– Quand j’avais ton âge, j’ai participé à un camp qui s’appelait « Réussir sa vie », nous nous interrogions sur ce que ça voulait dire pour nous, qu’est-ce que c’est pour toi, réussir ta vie ? Ça a quel sens pour toi ?

– Déjà là, tu vois, rien que la question, ça ne m’intéresse pas. Vivre, ça veut dire survivre, on n’a pas le choix.

– Survivre, seulement ? Pourtant tu me dis que tu es fier de toi et que tu as plein de projets et dans mon cœur, t’aimer, te voir vivant, ça a du sens. Se sentir vivant, ça a du sens.

– Mais maman, c’est pareil, on est bien obligé d’aimer pour survivre.

– On est bien d’accord 🙂

Nous n’avons pas les mêmes approches mais le même élan du cœur. Est-ce que l’essence de notre humanité n’est pas notre capacité d’aimer ? Aimer l’autre, n’est-ce pas lui permettre d’être lui-même dans son entier, ses besoins et ses choix ? Suivre notre cœur en gardant notre tête, et en respectant notre corps peut-il nous aider à nous sentir vivant, voire heureux ? Se centrer sur un sentiment d’amour authentique, peut-il nous aider à nous éloigner des manipulateurs ?


[1] Le conte chaud et doux des chaudoudoux – Claude Steiner – Librairie Eyrolles – 2009

Amours malheureux

L’assistance à l’autre n’est pas de l’amour.

D’autres couples confondent l’amour qui les relient et l’assistance l’un envers l’autre. Que faisons-nous quand nous protégeons l’autre, est-ce que nous le restreignons ou est-ce que nous lui offrons la liberté ? Mes parents connaissaient un couple dont l’époux était devenu handicapé suite à un accident. Lumia a répondu à toutes les demandes de son conjoint sans mettre de limite, sans rien refuser pour se préserver elle-même. Elle a perdu de sa liberté, de son essence, de sa vitalité. Lui, a perdu son autonomie. Elle ne s’est pas assez respectée elle-même et en accédant à toutes les requêtes de son mari, elle l’a rendu totalement dépendant. En le protégeant, elle l’a enfermé dans ses manquements et l’a empêché d’évoluer. Elle est devenue son point d’accès au monde extérieur. L’amour, au lieu de devenir source de vie et de liberté, est devenu foyer de dépendance réciproque. Assistons-nous notre chéri.e, nos enfants ? Notre assistance crée-t-elle une dépendance ou leur apporte-t-elle de la liberté ?

Cinq conclusions de comptoir sur l’amour.

Un de mes copains, Fabrice, a deux frères. Il s’est marié avec une femme adorable. Ils étaient amoureux et complémentaires, mais il était peu communicant. Elle a divorcé quand leur fils a eu quinze ans. Son frère Tom a été séduit par une belle Aphrodite qui le subjuguait par sa beauté, l’a épousé jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il était son porte-monnaie et qu’elle le quitte pour un autre qu’elle connaissait depuis toujours. C’est peut-être cette expérience traumatisante qui l’a poussé à se mettre en couple avec une femme qui leur offrait une qualité de vie très agréable grâce à des revenus confortables et qui ne voulait pas d’enfant. Mais ils ont fini par se rendre à l’évidence, leur couple ne fonctionnait pas, elle avait projeté sur lui l’image d’un autre, il avait cédé à la facilité. Ils se sont quittés. De façon tout à fait fortuite, il a rencontré Léna, ils se sont plus, se sont mariés, leur vie est plus simple. Il a maintenant cinquante ans et est devenu père pour la première fois depuis six mois. Sa vie s’est transformée. Il prend soin du bébé et poste des photos de sa petite lumière régulièrement en commentant ses apprentissages. Sa paternité l’épanouit. Fabrice ne l’a jamais vu aussi heureux. Son petit frère quant à lui, s’est marié avec Astou qui venait de quitter son premier mari pour lui. Ils ont eu un petit garçon. Quelques années plus tard, Astou a divorcé pour retrouver son premier mari. Il était abattu. Il a finalement rencontré Elly, déjà mère de deux enfants, avec qui il a eu une petite fille et mène une vie qu’ils ont choisie et pleine des plaisirs et des mouvements de la vie. Mes conclusions de comptoir hâtives :

  • L’amour ne suffit pas, un couple a besoin de communiquer pour durer.
  • Ne nous marions pas avec une beauté, mais créons une relation.
  • Le confort matériel apporte de la sécurité, pas du bonheur, cherchons l’amour avant la facilité.
  • Réfléchissons bien avant de nous engager avec quelqu’un qui quitte son partenaire pour nous, nous pourrions être le prochain sur la liste.
  • Ce n’est pas toujours dans les relations que nous avions imaginées que nous trouvons l’équilibre et le bonheur. Et parfois même, les différences vont devenir le terreau de la vie puisqu’elles obligent le couple à se créer de nouvelles références qui ne sont plus ni celles de l’un, ni celles de l’autre. Ils créent leur lien à leur image.

Roméo et Juliette, un amour psychotique.

Quand nous parlons d’âmes sœurs, ne nous méprisons pas, la plus grande légende de l’histoire d’amour nous entraîne sur un chemin sans issue. Roméo et Juliette, le couple romantique par excellence, est un amour bancal, psychotique, les gamins sont tellement incapables d’aimer avec force qu’ils préfèrent se tuer ensemble plutôt que de résister ensemble grâce à la force d’amour qui les relie. Amour toxique dans toute sa splendeur.

Maman a peut-être raison.

Quand la mère d’un jeune homme se plaint qu’une fille a jeté le grappin sur son fils et que celui-ci ne veut rien entendre… elle a certainement raison. Une mère veut le meilleur pour son fils, mise à part celles qui veulent juste garder leur grand chéri pour elle toute seule. Or, un mec qui a trouvé une nana avec qui il a une relation sexuelle intense et euphorisante et qui lui dit plein de choses agréables va voir son hormone de l’amour, l’ocytocine, monter en flèche, il va donc se sentir super amoureux, mais pas de la personne qu’il a en face de lui, juste de l’état aphrodisiaque dans lequel il se trouve. Peut-être devrait-il essayer de comprendre pourquoi maman a ce sentiment et se projeter avec sa dulcinée dans une période un peu sèche en ocytocine, aura-t-il envie de continuer à chérir sa belle ?

Certaines relations sont toxiques.

Nous acceptons parfois des relations toxiques que nous croyons être des relations bienveillantes. Dans les relations amoureuses, de nombreuses femmes sont ainsi manipulées et utilisées et la réciproque est vraie même si les hommes s’en rendent moins compte et s’échappent plus facilement dans l’action pour s’évader d’une relation de couple destructrice de leur humanité. Dans une relation toxique[i], l’un des partenaires attaque la singularité de l’autre par l’usure et sous cette emprise, sa victime se laisse plus facilement soumettre, c’est un fait reconnu par les psychologues.

Les trois phases sont une première phase de lune de miel, puis la relation rend addict et dépendant et enfin, la proie se sent déprimée. Avec des ascenseurs émotionnels, des remarques insidieuses, des comportements blessants, des mensonges, des alternances de douceurs et de violences ou menaces, la personne abusive sape l’autonomie et la confiance de l’autre qui devient confus et ne peut se sortir seul de cette relation d’emprise. La victime peut garder son énergie, mais vit en dépendance psychologique, la plupart du temps invisible pour l’entourage, à cause du harcèlement moral.

La victime elle-même et ses proches ne comprennent pas toujours ce qu’il se passe, ils constatent seulement qu’elle n’est plus la même, et pour le pire. Ils ne mesurent pas comme elle a perdu sa capacité de jugement. Prendre conscience de l’emprise amoureuse est certainement un premier pas pour revenir à ses propres besoins et s’en sortir. Sommes-nous dans une relation toxique dans laquelle un.e abuseur prend l’ascendant sur l’autre et, par la confusion, anéantit la capacité de prise de recul de la victime ? La victime va-t-elle chercher de l’aide ?

Une relation virtuelle n’est pas une relation d’amour.

J’ai vécu un moment une relation virtuelle. J’ai eu des très hauts et des très bas. Au début j’ai rencontré un homme, puis nous avons débuté des échanges sur internet. Nous ne nous sommes jamais revus. Tout est resté virtuel. Je ne sais pas comment s’est passé le tour de passe-passe entre cette rencontre réelle et cette relation virtuelle, mais je me suis laissée totalement abusée, il utilisait tous les ressorts de la manipulation. Il me disait comme il m’aimait, comme il m’admirait, comme j’étais belle, comme j’étais intelligente, bref, il comblait mes besoins fondamentaux d’être humain. Il m’envoyait dans la vie réelle des messages, mais n’était jamais présent.

Mon cœur était balloté, j’avais des angoisses, je ne voulais pas me blesser en aimant, ça n’avait aucun sens. Au début, c’était simple d’aimer virtuellement, avec le temps qui est passé, c’est devenu un calvaire, ça ne pouvait pas durer. Il me disait qu’il me formait et j’apprenais des tas de choses. Quand j’arrivais à me distancier, il me disait comme il avait besoin de moi, de nous, et de mes messages. Il me rattrapait finement et je revenais toujours. Nous allions toujours nous voir dans un mois et après la non-rencontre, il me disait que j’avais encore des choses à apprendre, que la prochaine fois serait la dernière. Mais il y a eu des tonnes de prochaines fois.

Avec le temps, j’ai compris que sans nouvelle rencontre physique, il m’était impossible de connaître ses réelles intentions, impossible. Pourtant cette histoire a duré très longtemps. Pourtant, je ne crois en l’amour que lorsqu’il déjoue notre réalité humaine dans son étroitesse physique et matérielle et nous illumine dans sa majesté de présence subtile. Dans cette histoire virtuelle, il manquait la dimension palpable et le grand écart entre ma vision de l’amour, incarné dans le réel, et la nature de cette relation me plaçait en porte-à-faux. Elle engendrait un sentiment très désagréable qui n’avait rien à voir avec l’amour. Avons-nous déjà été dans une relation virtuelle ? Nous a-t-elle fait du bien ? Nous a-t-elle fait souffrir ? Pouvons-nous qualifier cette relation comme une relation d’amour ?

Des malfaiteurs abusent de personnes très bien dans des relations amoureuses virtuelles.

Sophie était célibataire, elle s’est inscrite sur un site internet et a rencontré Sam qui habitait à l’autre bout de la planète. Echanges virtuels et pourtant si magnifiques, je l’ai vue se transformer, cette magie amoureuse. Je m’inquiétais qu’elle ne le rencontre pas, il avait tout, tout… sauf de l’argent, il avait acheté son billet d’avion, mais un problème professionnel l’a retenu, puis un accident, il a eu besoin d’argent et lui en a demandé. Pauvre bonne poire. Emprise amoureuse dans sa plus vile essence… elle a envoyé plusieurs fois de l’argent pour finalement comprendre. Son cœur était en miettes et son compte en banque à sec[ii]. Connaissons-nous des personnes qui ont été abusées ? Avons-nous été abusé ? Avons-nous honte ? Réalisons-nous que nous avons été une victime et que la honte se trouve du côté du manipulateur ?

En parlant d’amour, certains guides profitent de leur position pour abuser des victimes.

L’amour peut également n’être qu’un mirage dans une relation enseignant-enseigné. Comme ingénieur formateur, j’ai mesuré le pouvoir du formateur sur son élève parce que nous sommes leur référence, leur source de savoir ou leur tuteur.

Tout le monde connaît cette ascendance du maître sur l’élève, plus ou moins importante selon l’élève, du gourou sur ses adeptes, du professeur sur ses étudiants, de l’adulte sur l’enfant, de la responsable sur son subalterne et du coach, de l’entraineur et du mentor en général sur son apprenti quel que soit le domaine. L’enseignant nous éveille-t-il à nos propres qualités et nous aide à les déployer ? Est-ce que nous l’aidons aussi à se déployer ? Est-ce que nous sommes dans une relation d’égal à égal ou dans une relation toxique ? Abuser de sa position de guide sur l’apprenant est irresponsable, c’est un crime.

Pouvons-nous aimer un robot ?

Aujourd’hui, de pauvres malheureux s’achètent un robot pour trouver un compagnon de vie, est-ce un progrès ou est-ce une régression ? Miroir en alter-égo ? Où est l’altérité ? Où est la chaleur humaine ? Où sont les rêves ? Dans ses discussions, le robot pourra proposer des sujets qu’il connaît, et il aura une expertise exceptionnelle, mais où seront ses émotions, ses colères, ses exaspérations, son intensité, son opinion personnelle, ses réactions de défense et d’attaque, sa tendresse, sa créativité ? Et sa chair, sa vie sexuelle ? C’est l’apologie de la technique qu’on laisse nous mener par le bout du nez. La technologie semble de plus en plus créative, pourtant elle découle d’un processus préétabli par l’intelligence humaine et logique, elle est le fruit de bits et de lignes de codes inventées et assemblées de façon logique par des personnes en chair et en os, elle ne réfléchit pas. Les ordinateurs quantiques ont une approche plus globale, sont-ils plus intelligents ? Si nous arrivons à créer des machines sensuelles, aussi jolies et sexy soient-elles, envisageons-nous qu’un robot nous offre un jour la jouissance d’un lien humain ?


[i] Le harcèlement moral – Marie-France Hirigoyen – Pocket – 2018

[ii] Amour, emprise et m@nipulation sur internet – Stéphanie Vigne – Librairie Eyrolles – 2017

Relation amoureuse

Quelle importance donnons-nous au plaisir de faire l’amour en début de relation ?

Les historiens ont longtemps pensé que les êtres humains ne copulaient à la préhistoire que pour assurer la reproduction de l’espèce. Nos prédécesseurs n’avaient pas d’images de corps sculpturaux à renvoyer, ni de compétition à savoir qui était le plus riche, le plus influent ou le plus séduisant. Comment nos ancêtres auraient-ils pu ignorer cette dimension jouissive de la vie ? Est-ce pour assurer le renouvellement de l’espèce que les êtres humains étaient dotés de ces capteurs de plaisir charnel ? Malheureusement, nous n’avons pas reçu le mode d’emploi et nous exploitons parfois notre cadeau au lieu d’en prendre soin. Quelle importance donnons-nous à la relation sexuelle dans le couple, au début et plus tard ? Y trouvons-nous du plaisir ? En parlons-nous ? Voulons-nous intensifier notre plaisir sexuel ensemble ? Quelles pistes pouvons-nous explorer ?

Quelle importance donnons-nous à la beauté physique dans les relations amoureuses ?

Les médias lui donnent-elle trop de poids ? Préférons-nous un ou une partenaire à la beauté plastique irréprochable pour nous rassurer sur notre valeur face au regard des autres ? Sommes-nous tombé.e sur le gros lot, épris.e d’un être d’une beauté exceptionnelle ? Hommes et femmes n’ont pas le même rapport à la réalité visuelle. Est-ce uniquement culturel ou les hommes sont-ils naturellement attirés par la beauté d’une femme et par le soin qu’elle prend d’elle-même ? Cela pourrait-il venir de notre nature préhistorique dans laquelle l’homme devait être attiré par la femme pour assurer la reproduction de la race en s’attachant assez à elle pour assurer la subsistance de leur descendance ? Vivons-nous avec le corps de l’autre ou sa personne entière ?

Dans l’élan amoureux, par quoi sommes-nous charmés ?

Qu’est-ce que l’on trouve sexy chez l’autre ? Aimons-nous un « autre » affirmé, à l’aise avec son physique, sa tête et sa libido, et aussi tendre, humain ? Quelles sont les qualités les plus désirables chez un.e partenaire, son intelligence, sa gentillesse, sa droiture, son humour, sa chaleur humaine, son originalité, ses attentions personnalisées, son expression directe, son sourire sincère, sa simplicité, sa spontanéité, sa capacité d’action, son empathie, quoi d’autre ? Sommes-nous sensibles à un homme attentif aux enfants ? Recherchons-nous la complicité ? Dans le jeu de la séduction, jouons-nous un jeu ou nous sentons-nous libre et nous-même ?

Quelle est notre vision du couple ?

« Le couple parfait c’est celui qui se parle comme des meilleurs amis, se dispute comme mari et femme, joue comme des enfants et se protège comme frère et sœur. » Est-ce notre vision du couple ? Qu’aimons-nous dans notre relation ? Se raconter notre quotidien, nos joies, nos peines, nos préoccupations ? Avons-nous envie de nous sentir comme frère et sœur ? Mari et femme engagés dans le meilleur et malgré les difficultés ? Père et mère adultes et responsables ? Meilleurs amis et confidents ? Enfants joueurs ? Meilleurs amants ?

Après l’élan amoureux, dans quoi s’ancre le sentiment d’amour ?

Malgré le temps qui passe, qu’est-ce qui nous fait craquer chez l’autre ? Son apparence, son corps et son contact physique, sa libido, son intelligence, sa sensibilité, son organisation, sa culture, son aisance financière, autre, ou son entier ? Avons-nous envie d’un équilibre sain de notre relation de couple dans toutes ses dimensions ? Des qualités humaines, intellectuelles, créatives, une beauté d’âme, une sensibilité, gestuelle, histoire, capacité à agir pour faire de ses rêves une réalité, quoi d’autre ? Attendons-nous dans l’échange, stimulation et reconnaissance l’un de l’autre sous toutes les formes, intellectuelles, sentimentales et sexuelles ?

Dans le couple, qu’est-ce que nous valorisons ? Quelle place donnons-nous à la relation ? Est-ce pour nous un lien idéal pour connaître l’autre et être connu ? Valorisons-nous l’échange profond des émotions et sentiments, respect, tendresse, tolérance, amour et attention mutuelle ?Avons-nous envie de justesse, d’honnêteté, de vérité et de rires ? Recherchons-nous un.e chéri.e présent.e à nos côtés, un lien à la fois paisible, mouvementé et constructif ? Attendons-nous du soutien dans nos projets et du réconfort dans nos doutes, dans l’action et dans l’intime ? Attendons-nous que l’autre soit capable de comprendre la raison de notre silence ? Sommes-nous capable de comprendre la raison du silence de l’autre ?

La relation de couple stimulante nous fait naître à nous-même.

Simone de Beauvoir nous dit « On ne naît pas femme, on le devient ». Un homme a-t-il posé son regard sur nous en tant que telle, avec amour et bienveillance, acceptant de nous écouter avec notre sensibilité féminine, sans nous interrompre ? En quoi cela nous a-t-il aidé à devenir femme ?

On ne naît pas homme ou femme,
on le devient, grâce à l’amour, la bienveillance et la patience de l’autre.

Si une femme a besoin d’un homme pour devenir femme, la réciproque est vraie : un homme a besoin d’une femme pour devenir homme. Une femme nous a-t-elle permis de nous reconnecter à notre sexualité sacrée, notre sensibilité, notre authenticité et notre entier ? En quoi cela nous a-t-il aidé à devenir homme ? Pensons-nous que les hommes doivent être virils et efficaces ? Nous comportons-nous parfois comme dans une cour d’école à prouver que nous sommes le plus beau et le plus fort ?

Comme femme, attendons-nous la protection de notre compagnon ? Traitons-nous notre chéri comme une maman protectrice et organisatrice ? Laissons-nous notre homme avec ses exigences de petit garçon qui veut qu’on prenne soin de ses besoins vitaux et sexuels ? Avons-nous conscience de l’importance de notre rôle d’initiatrice à la vie intérieure et la sexualité sacrée de notre chéri ?

Nous sentons-nous heureu.x.se ou frustré.e dans notre relation ? Pouvons-nous faire face à notre chéri.e avec assertivité ? Rêvons-nous d’une relation d’égal à égal ? Aimerions-nous rencontrer un.e partenaire entier.e ?

Comment communiquons-nous ?

Quelles sont nos attentes et nos besoins envers notre partenaire, les assumons-nous ? Les avons-nous exprimés ? Connaissons-nous les besoins et envies de notre chéri.e ? En avons-nous parlé ? Faisons-nous des demandes claires à notre alter ego, en nous assurant qu’il nous a entendu ? Avons-nous uneécoute active réciproque, sans jugement, sans attendre toujours de réponse, juste être écouté et reçu ? Gardons-nous des secrets ? Est-ce que nous nous livrons, nous nous apprenons ? Est-ce que nous nous trompons dans nos paroles ou nos pensées ? Avons-nous besoin de transparence pour créer un vrai lien, pouvoir être et se dire comme nous sommes tout en gardant notre jardin secret si besoin ? Voulons-nous tout nous dire, même l’inavouable, tout en ayant le droit de cultiver notre jardin secret ? Avec le temps qui passe, avons-nous envie de tout partager avec notre conjoint ?

Nous sommes tous les deux responsables de la relation.

Dans la relation, pouvons-nous dire ce qui est bon ou mauvais en soi ?Est-ce que nous voyons les déclencheurs de nos réactions pour prendre du recul et rester responsable de notre part dans la relation ? Acceptons-nous notre part de responsabilité quand la relation traverse une crise ? Avons-nous conscience que la relation n’existe qu’à deux, même si l’autre a des comportements blessants, voyons-nous comment notre réaction favorise le processus ? Pouvons-nous changer de réaction pour modifier le déséquilibre qui ne nous convient pas ? Partir du principe que tout est de la faute d’un seul peut-il aboutir à une solution ?

Aimer nous donne des désirs, des devoirs et des responsabilités, mais aucun droit sur l’autre,
juste l’espérance d’être aimé.e en retour et de recevoir ses cadeaux d’amour.

Est-ce cela qui rend la relation d’amour si difficile ?

Une relation d’amour authentique apaise.

Comment nous sentons-nous dans notre relation ? Nous sentons-nous fondamentalement apaisés et en sécurité, même dans les moments de crise ? Notre amour est-il bienveillant, prévenant et patient ? Apporte-t-il de l’équilibre ?Avons-nous envie de nous sentir protégé ? Avons-nous envie de protéger l’autre du reste du monde ? Regardons-nous notre chéri.e dans toute sa beauté, sa force, son intelligence, sa sensibilité, son humour, mais aussi dans toutes ses impasses, ses souffrances et ses complexes, dans la réalité concrète de la vie ? Pensons-nous « Qu’est-ce que j’ai de la chance de l’avoir rencontré.e ! » ? Avons-nous envie de construire avec son tout, en étant nous-même, grâce au dialogue et à l’attention bienveillante réciproque, dans l’amour ? Nous respectons-nous et respectons-nous l’autre dans ses besoins fondamentaux ? Nous reconnaissons-nous dans nos limites ? Comment nourrissons-nous nos sentiments partagés ? Nous offrons-nous un environnement assez sécurisé et assez ouvert ? Apprenons-nous à aimer l’autre et à tout lui donner en nous aimant et en nous respectant nous-même ? Notre relation nous permet-elle, à tous les deux, de nous développer chacun dans notre entier en liberté, dans le respect, la bienveillance, l’autonomie et l’indépendance ?

Recherchons-nous une relation fidèle à long terme ?

Même si nous avons parfois du mal à l’admettre, avons-nous envie d’une relation engagée dans laquelle nous pouvons nous montrer sous notre meilleur jour et nous livrer dans notre plus triste misère ? Quels sont les fondamentaux de notre relation, fidélité, amour, dialogue, engagement ? Notre histoire partagée nous fait-elle nous sentir unique l’un pour l’autre ? Ressentons-nous le sentiment d’amour vrai ? Ressentons-nous encore l’émotion amoureuse ? Sommes-nous attentifs à nourrir l’émotion amoureuse, concrètement ? Par des attentions tendres, des messages et des actions émoustillantes ? Avec des moments intenses et des périodes calmes ? Parlons-nous de notre relation et de nos besoins de la garder vivante ? Comment faisons-nous attention à façonner ce fragile équilibre sur le long terme ?

Pourquoi s’engager ?

Nous engager c’est d’abord choisir notre chéri.e dans sa différence, ses besoins, son altérité, sa résistance et parfois avec un effort surhumain. Mais l’amour donne des ailes. L’engagement nous aide-t-il à nous ouvrir et nous livrer ? Osons-nous plus nous montrer vulnérable quand nous nous sentons en sécurité dans notre relation ? Avons-nous déjà trompé ? Avons-nous déjà été trompé.e ? Cela a-t-il créé un poids dans la relation ? Quel sentiment cela nous a-t-il laissé ?

Avec l’engagement, avons-nous vécu des moments désagréables sur le court terme tout en ressentant une satisfaction profonde sur le long terme ? Sentons-nous que l’amour évolue et grandit chaque jour ? Est-ce que la conscience et le respect profond l’un de l’autre apporte de la plénitude dans notre couple ?

Dans l’engagement, le but n’est pas de faire plaisir à l’autre à court terme, le but est de nous sentir assez vivants
et attachés pour avoir envie de continuer l’aventure ensemble jusqu’à notre dernier souffle.

Nous sentons-nous l’amant ou la maîtresse de notre conjoint ?

Comment nous sentons-nous dans notre intimité sexuelle ? Nous faisons-nous confiance ou avons-nous peur du sida et des maladies sexuellement transmissibles ? Prenons-nous le temps de nous respecter, sans chercher la performance, mais le plaisir de nous découvrir et nous apprendre dans nos entiers, avec une profonde satisfaction, dans l’échange ?

Comment vivons-nous notre sexualité en couple ?

Sommes-nous entreprenant ? Est-ce que nous préférons laisser notre chéri.e nous stimuler d’abord ? Nous arrive-t-il de nous envoyer des missives ou texto coquins ? Aimons-nous les femmes ou les hommes élégants et un peu sexy en ville, romantiques et très coquins en privé ? La plupart des gens vous diraient qu’en intimité, ils aiment une certaine qualité de vice 😉 Beaucoup préfèrent un.e partenaire à l’aise avec sa nudité et l’exploration de son corps à un.e partenaire sculptural.e, le plaisir de la langue est souvent négligé, et c’est dans le lâcher-prise en résistance offerte que la friandise est la meilleure. Rêvons-nous d’une sexualité épanouie, vivante, mutine, voire érotique et pleine de surprises ? Est-ce que la relation engagée peut favoriser les meilleurs orgasmes, ceux que nous allons chercher dans notre plus profonde affirmation de nous-même ? Est-ce que l’engagement vis-à-vis de notre partenaire aide à atteindre la maturité sexuelle épanouie et jubilatoire ? Continuons-nous à avoir une sexualité vivante après soixante ans ? Lisons-nous des livres[i] pour nous aider ? En discutons-nous avec des proches ?

Une sexualité gratifiante est un facteur majeur de bien-être.

En couple ou célibataire, comment vivons-nous notre sexualité ?Choisissons-nous la masturbation ? Avons-nous différents partenaires ? Combien avons-nous eu de partenaires amoureux ou sexuels ? Qu’avons-nous retiré de chaque échange ? Avons-nous eu plusieurs partenaires en même temps ? Sommes-nous comblé par notre vie sentimentale et sexuelle ? Sommes-nous honnête avec nos partenaires sur nos attentes et notre engagement ? Parlons-nous en ensemble ? Dans la relation amoureuse et sexuelle, sommes-nous clair avec nous-même, nous respectons-nous nous-même et respectons-nous l’autre, satisfaisons-nous nos besoins, sommes-nous à l’aise avec nos comportements ?

Nos sociétés envoient à la femme le message que sa sexualité existe au service de l’homme, ou en réaction, pour son pur plaisir, en consommation. Est-ce heureux ? Les femmes ont autant d’appétit sexuel que les hommes, voire plus, paraît-il, mais peu le découvrent. Tout le monde est perdant.

Si les hommes et les femmes étaient à l’aise avec leur sexualité, étaient capables d’en parler ouvertement en intimité, et avaient envie de s’épanouir ensemble dans leur quête, est-ce que le monde tournerait mieux ?

Changement d’élu.

Certains couples, à force d’être très amis avec leurs ami.es comprennent qu’ils sont avec le mauvais partenaire et changent d’élu.e. Restons-nous en couple pour les mauvaises raisons : sociales, financières, habitude ou autre ? Préférons-nous quitter un couple insatisfaisant ou rester ensemble pour de mauvaises raisons ? Choisissons-nous trop vite de quitter notre partenaire sans faire face à nos limites, et aux siennes, et sans nous enraciner dans l’amour profond ? Sommes-nous satisfait en amour, sexualité, échange intellectuel ? Avons-nous conscience que si l’amour peut nous mener à la plénitude, il sera toujours le chemin le plus difficile car il nous oblige à faire face à nos impasses, ensemble ?

Pourrions-nous développer des applis de couples ?

Il existe plein de sites de rencontres, comme si c’était une finalité, mais en réalité, la rencontre n’est qu’un maigre début. Pourrions-nous créer des applis qui, tous les jours, nous donnent des idées pour envoyer une petite citation câline, un texto osé ou une idée de sortie romantique pour nous aider à nourrir notre relation ?

Connaissons-nous des périodes de crise dans le couple ?

Avons-nous vécu des périodes arides pendant lesquelles les émotions s’étaient planquées sous la banquise, comme une distance entre nous ? Dans ces moments, est-ce que notre lien était toujours fort et ancré ? Le sentiment d’amour existait-il toujours en lame de fond ou remettions-nous en cause notre relation ? Sur quoi nous sommes-nous personnellement appuyé pour nourrir l’échange en attendant le retour des beaux jours ? Quelles qualités nous ont aidé à traverser ces perturbations ? Avons-nous gardé confiance dans l’autre malgré tout ? Si non, avons-nous été capable de retrouver cette confiance ? En avons-nous parlé ?

Que partageons-nous avec notre aimé.e et quelle sphère vivons-nous avec d’autres personnes ?

Julie m’a dit récemment : « Depuis que j’ai compris qu’il discute marché financier ou politique avec Tess et Amina, j’ai arrêté d’être jalouse de toutes les femmes dans la vie de Niels. En fait, ses amies sont tout le contraire de moi. » Que partageons-exclusivement en couple, ou exclusivement avec des amis ? Que partageons-nous ensemble avec la famille ou les amis ?

Pardonnons-nous à l’autre ?

Cela nous libère-t-il ? Est-ce que nous pardonnons pour faire plaisir à l’autre ou pour nous libérer du poids de la colère et éliminer la rancœur ? Demandons-nous pardon sans changement concret dans les actes, ou changeons-nous notre comportement avant de demander pardon ? Si quelqu’un nous dit : « Excuse-moi, je voulais vraiment rentrer plus tôt » tous les soirs, sans que rien ne change jamais, cela sert-il à quelque chose ? Pardonner n’a de sens qu’avec un avant et un après. Si l’autre nous dit « pardon » comme une enfant de dix ans le fait avec son cousin parce que nous lui demandons, un peu trop vite, pour se débarrasser du mauvais pas dans lequel il s’est fourgué, sommes-nous satisfait ou frustré ? La relation se resserre-t-elle ou se dégrade-t-elle ? Avons-nous besoin d’un engagement de l’autre dans son pardon, la certitude que ça ne recommencera jamais, la réparation du mal d’une manière ou d’une autre ? Avons-nous envie, tous les deux, de donner, recevoir et pardonner ?

Aimer nous donne une force de vie incroyable.

Est-ce qu’aimer l’autre gratuitement nous donne de la force ?  Avons-nous aimé dans un lien réciproque ? Est-ce que cela nous a apporté force de vie et espérance ? Avons-nous envie d’un amour comme fondation dans notre vie pour construire ensemble ? Voulons-nous une relation d’amour en conscience ? J’ai écrit ce poème comme un chemin de maturité dans la relation de couple.

Ames sœurs

Je me suis sentie si vivante
Dans cette relation innocente
La vie dans toute sa splendeur
Sourire, énergie et bonheur
Tout mon être plein de vie
Bonne humeur dans mes envies
Je me sentais heureuse
Je suis tombée amoureuse

Nous avons appris à nous connaître
A rire, échanger, apparaître
J’ai perçu la vie en lui
Son esprit et ses folies
Ses trésors cachés
Son cœur panaché
Je suis tombée amoureuse de lui
Comme un rêve accompli

Comme disciple et apôtre
Repère et refuge l’un de l’autre
Croissance intérieure
Avec éthique et honneur
Respect de nos âmes humaines
Malgré les embûches et les peines
Actions conformes à nos valeurs
Grandis, en tout, dans nos meilleurs

Partage de nos vulnérabilités
Tourments et créativité
Peurs et authenticité
Soutien avec intensité
Chant de la vie dans tous ses états
Attente, baisers et entrelacs
Dans les flammes, paix de nos cœurs
Rencontre de deux âmes sœurs

[i] Sex and sixty – Poche – Marie de Hennezel – Robert Laffont – 2015

Vis-à-vis homme-femme

La place de la femme est-elle la mutation majeure de nos sociétés ?

Au début du XXème siècle, les femmes étaient encore des épouses, des maîtresses, des mères ou des filles, avec quelques exceptions. Les progrès technologiques et l’accès au monde professionnel ont donné de l’autonomie aux femmes. Les faits devancent l’évolution culturelle des mentalités. Si la transformation est encore balbutiante chez nos dirigeants, elle est en revanche manifeste dans toutes les autres sphères de la société occidentale où, nous, les femmes, pouvons étudier, travailler et devenir financièrement indépendantes. Mais ailleurs, des femmes n’ont encore aucun droit. Nous avons aussi acquis le contrôle de notre corps et de notre fertilité grâce aux méthodes de contraception. De plus, les lois nous protègent plus, voire, souvent, nous favorisent en cas de divorce. Est-ce que cette indépendance des femmes, bien qu’encore incomplète, ne métamorphose pas la position des hommes dans la société ? Au début du siècle précédent, l’homme savait que sa femme resterait probablement à ses côtés jusqu’à sa mort. De nos jours, aucun contrat de mariage n’est plus gravé dans la pierre.

L’homme se trouve mis en face de ses besoins et envies.

Dans nos sociétés, est-ce plus simple pour une femme ou pour un homme de s’affirmer dans sa singularité ? Quelles sont nos images stéréotypées ? Que demandons-nous à la femme, être une femme intelligente pour le boulot, sexy pour son chéri, soignée et apprêtée pour la société, mère attentive, douce et organisée pour ses enfants, cultivée pour les conversations sociales, et une bombe au lit, bref, Wonder Woman ? Comment les femmes choisissent-elles leurs priorités ? Dans quel but ? Que demandons-nous aux hommes, être virils, intelligents, efficaces, pourvoyeurs financiers, protecteurs, inébranlables ? Comment les hommes se développent-ils ? Choisissent-ils leurs priorités ? Subissent-ils le modèle de devenir la moitié d’eux-mêmes : virils, durs et efficaces et coupés de leurs sentiments ?

Que cherche celui qui peut s’acheter tout ce qu’il veut au monde ?

Nos sociétés ont créé des inégalités abyssales et inédites dans l’Histoire de l’Humanité. A ce point surgissent les questions essentielles. Quel est le sens de notre action ?

Cherchons-nous toujours plus de pouvoir, plus de richesse, plus d’influence au détriment des individus qui peu à peu deviennent des ressources humaines dont les conditions de vie risquent de se détériorer de plus en plus ? Cherchons-nous une plénitude profonde dans laquelle nous intégrons notre félicité au développement de l’Humanité ? Choisissons-nous de vivre en notre entier avec tête, cœur et corps ?

Riche ou ultra riche, nous pouvons continuer à courir tête baissée vers toujours plus d’influence et un compte en banque toujours mieux garni, mais à quoi nous mène cette compétition ? Posséder cinquante, cent ou deux cents milliards de dollars fait-il une différence dans notre vie réelle ou est-ce juste une vue de l’esprit ? Être riche dans ces proportions donne clairement du pouvoir sur le monde mais quelles sont les retombées concrètes dans notre vie personnelle ? Objectivement, cette fortune donne de bien lourdes responsabilités ou, avec un point de vue négatif, de capacités de domination du monde. Sommes-nous avalé par un système économique qui nous propulse en avant toujours plus vite et plus loin ? Sommes-nous happé dans un système qui nous a dépassé ? Choisissons-nous ces inégalités consciemment ? Voulons-nous nous arrêter un moment et nous interroger sur notre quête profonde, quels sont nos souhaits les plus intimes ? Avoir un impact sur le monde ? Laisser notre nom dans les livres d’Histoire ? Inventer de nouvelles solutions ? Construire un monde meilleur ? Nous sentir développé dans notre entier ?

Les hommes veulent-ils prendre soin de leurs sentiments ?

Comme tous les hommes de tous les siècles, avons-nous envie d’être nous-même, d’aimer et d’être aimé ? Sommes-nous avide de pouvoir et de domination ? Avons-nous envie de renouer avec notre humanité empathique ? Puisqu’en occident la femme n’est plus notre obligée, notre regard sur la femme évolue-t-il ? La femme passe-t-elle du statut d’objet de plaisir, ménagère, nourrice et éducatrice des enfants, stimulatrice intellectuelle ou faire-valoir au statut d’être humain indépendant à rencontrer ? Progressivement notre rapport homme-femme se modifie-t-il ? Grâce à la science, l’homme peut désormais faire un bébé tout seul avec des ovules et une mère porteuse. Pouvons-nous imaginer un avenir dans lequel le rôle géniteur de la femme disparaîtrait ou préférons-nous penser que les enfants seront de plus en plus le fruit de la rencontre intime d’un homme et d’une femme qui s’aiment ? Réciproquement, la femme qui devient indépendante compte de moins en moins sur l’homme pour assurer son avenir. Homme ou femme, qu’attendons-nous de l’autre ? Que voulons-nous offrir à l’autre ? Quel type de relation souhaitons-nous créer ? Que valorisons-nous chez l’autre ? Qu’espérons-nous que notre partenaire valorise et apprécie chez nous ?

Beaucoup d’hommes ont-ils une aspiration profonde à l’authenticité, l’élégance et la sincérité ?

Dans le film de Bertrand Tavernier « La princesse de Montpensier », Marie fait l’objet de toutes les convoitises et éveille les sentiments amoureux des hommes qui la rencontre.

Lors d’un repas, les hommes débattent entre eux sur qui est un homme de sentiment et qui est un homme d’impulsion pour conclure que même l’homme d’impulsion reste fidèle à ses sentiments et à son cœur qui ne l’a jamais trompé. Dans l’histoire, le duc de Guise renonce à une femme par amour pour Marie qui est déjà mariée, mais quelques années plus tard, quand elle lui propose de divorcer pour le rejoindre, il choisit pourtant une autre femme. Ces échanges nous rappellent la complexité des sentiments amoureux, réciproques ou non, qui n’ont pas toujours l’air de se manifester au bon moment.

Comme homme, avons-nous l’impression que les sentiments ne sont pas notre domaine ? Avons-nous une vie sentimentale très stéréotypée ? Quelle approche avons-nous de l’autre dans le couple, fonctionnalité, légèreté, responsabilité droite ou délicieuse ou autre ? Lorsque nous sommes dans un couple durable, approchons-nous d’autres partenaires affectifs ou sexuels en consommation ou en domination comme un dangereux gamin qui se croit le roi du monde, victime de nos pulsions, esclave de nos besoins sexuels fondamentaux ? En parlons-nous avec notre moitié ? Chérissons-nous les émotions passionnelles et passagères ? Gérons-nous nos émotions et sentiments avec distance, comme des personnes fortes et indépendantes ? Restons-nous engagé dans un mariage de raison ou d’apparence ?

Dans le film, Marie de Montpensier est présentée comme une belle femme, ce qui attire le regard des hommes. Cependant nous ressentons que ce qui séduit les hommes, aussi désuet que cela puisse paraître, est sa pureté : son choix d’être fidèle à son mari, sa soif d’apprendre, sa capacité d’émerveillement, sa candeur apparente. Qu’est-ce qui nous charme chez une femme avec qui nous avons envie d’une relation sérieuse ?

Sentiment d’amour

« Que pouvez-vous faire pour promouvoir la paix dans le monde ? Rentrez chez vous et aimez votre famille ! »

Mère Thérèsa

Aimer sa famille au sens propre pour trouver la ressource d’aimer ses pairs au sens large.

Si aimer est l’expérience la plus difficile dans ma vie, c’est le seul moteur que j’ai trouvé pour me sentir vivante. Que faisons-nous en pensant à ceux que nous aimons ? Quelle place à l’amour dans notre vie, nous donne-t-il de l’énergie pour avancer ? Qui aimons-nous ? Repérons-nous différentes nuances d’amour selon les personnes auxquelles nous pensons ? Sommes-nous en couple, avons-nous choisi la personne que nous aimons ?