Notre environnement

Qui nous influence ?

Toute notre vie, nous sommes influencés par ce et ceux qui nous entourent. Avons-nous conscience de leur impact dans nos opinions et nos choix de vie ? Nous apprenons le monde en fonction de nos interactions et expériences avec notre environnement et avec nos pairs. Nous sommes influencés, avant tout, par notre famille et notre communauté de vie. Notre lieu d’habitation nous apporte nos premières références sur le monde extérieur. Ensuite, notre vision évolue avec l’éducation et nos fréquentations dans le monde associatif, professionnel et religieux et dans notre cercle amical. Les groupes physiques ou virtuels que nous côtoyons vont infléchir nos pensées.  Enfin, notre vision du monde se crée avec les mots et les images que nous renvoient les médias et le monde politique et culturel. Quelles sont nos références dans notre vision du monde et nos choix de vie ? Quels groupes rencontrons-nous ? Quels médias regardons ou écoutons-nous ? Quelle image du monde nous renvoient-ils ? Comment voyons-nous le monde à travers les médias et la culture ? Comment avons-nous modelé notre image du monde à travers les supports numériques ? Sommes-nous conscients des autres points de vue existants par rapport à nos propres positions ?

Qui influence nos prises de décisions sociétales ?

Sommes-nous assez bien informés sur les équilibres sociétaux à l’échelle internationale pour comprendre les réels enjeux sociétaux urgents. Pouvons-nous comprendre comme notre façon de consommer impacte négativement des êtres humains ? La fast fashion, par exemple, fonctionne sur un système qui exploite des populations et polluent notre planète à grande échelle. La savons-nous ? Voulons-nous prendre nos responsabilités d’humains vis-à-vis d’autres individus ? Voulons-nous exiger des normes de respect de la dignité des travailleurs et de respect de la planète aux marchands qui nous fournissent ? Voulons-nous continuer à accepter la grande précarité dans nos pays, l’extrême pauvreté dans le monde, les famines, la pollution du globe ? Préférons-nous fermer les yeux sur les souffrances que nous imposons à autrui pour notre confort matériel ? Quel sens cela a-t-il ? 

Comment baliser nos fonctionnements démocratiques mis à mal ? Lobbying, réseaux d’influence, mauvaise dette, conformisme, bien-pensance, scandales sont des maillons faibles de notre système. Le plus fort peut gagner. Le plus violent. Le plus perfide. Qui finance ces rouages qui réduisent notre liberté d’expression et de décision ? Comment les médias prennent-ils leurs responsabilités civiques dans le fond et la forme qu’ils choisissent pour nous présenter des informations ? Comment impactent-ils notre observation du monde ?

Quel impact nos visions et pensées ont-elles dans nos vies ?

Notre chemin est le fruit de nos décisions, de nos adhésions et souvent bien plus encore celui de nos refus. Certains parlent de la loi de l’attraction[i] présentée dans un documentaire qualifié de pseudo-scientifique par les incrédules ou les circonspects, apprécié par d’autres. Le message véhiculé nous dit que nos pensées créent notre vie.

Si nous nous focalisons sur ce qui nous mine, ce que nous rejetons et ne nous convient pas, nous nous enfonçons dans ces directions, si nous nourrissons des pensées constructives en apprenant à les ressentir dans des émotions positives, nous faisons advenir ce que nous désirons.

Cultivons-nous des pensées positives ou négatives sur l’avenir ? Comment nous projetons-nous à titre individuel et collectif ? Quel futur préparons-nous avec notre vision de demain ? Avons-nous noté une différence de réaction de nos interlocuteurs quand nous nous sentons confiants en nous ou quand nous doutons ? Avons-nous déjà expérimenté le fait qu’une personne de notre entourage instille en nous le manque de confiance et le sentiment de notre peu ? A contrario, avons-nous eu affaire à un interlocuteur encourageant qui nous a tiré vers le haut, nous donnant l’énergie de soulever des montagnes ? Voyons-nous ici la puissance de nos pensées et sentiments sur nos actions ?  Comment pouvons-nous nous focaliser sur les motivations positives et incitatives pour construire une vie dont nous sommes fiers ? Avec une perspective positive, est-il plus simple de nous projeter avec élan dans la vie et de prendre des décisions plus vivantes ?

Quelle vision du monde transmettons-nous à nos enfants ?

Nos petits en croissance vont se faire une idée du monde en fonction de l’expérience qu’ils vivent dans leur famille et leur communauté. Quelles valeurs transmettons-nous ? Les imposons-nous ou apprenons-nous à nos enfants à choisir les leurs ?

Des vidéos d’enfants assis dans un caddy poussé par la maman dans les allées d’un supermarché montrent que les mères réagissent différemment avec un garçon et avec une fille. Voilà un biais culturel totalement inconscient. Si l’enfant tombe, les mères vont dire à leur fils que ce n’est pas grave et bichonner leur petite fille chérie. Avons-nous conscience de la différence de nos réactions en fonction du sexe de notre enfant ? Sommes-nous capables de prendre du recul pour traiter de la même manière les filles et les garçons, leur laisser le même choix d’être courageux face à la douleur et tendres pour se relever ? Lorsqu’ils grandissent, avons-nous les mêmes demandes et exigences pour nos filles et nos garçons ? Que leur apprenons-nous de leur entier ?

Apprenons-nous à nos enfants que la réussite personnelle n’existe que dans le combat ou qu’elle est plus grisante dans le cadre d’une réussite collective ? Apprenons-nous à nos enfants qu’ils ont leur part de responsabilité dans la conscience collective et les biens partagés ? Leur apprenons-nous que le bien commun leur appartient aussi ? Quelle vision de la vie leur inculquons-nous ? Quelles valeurs mettons-nous en avant, la réussite financière et matérielle fulgurante, sociale, la prise de responsabilité, l’effort, la solidarité ? Leur donnons-nous envie d’avoir une vie épanouie et équilibrée dans ses dimensions affective, familiale, professionnelle, associative, personnelle, amicale et sociétale ?

Quelle conception du monde leur permettons-nous de développer dans leur scolarité et leurs études ? Quelle importance donnons-nous à l’éducation dans nos sociétés ? Comment cela se reflète-t-il sur les rémunérations des enseignants ?

La crèche peut être le premier environnement social influant d’un enfant.

La famille est par nature notre premier cercle d’influence et d’apprentissage. La crèche peut-être plus ou moins bonne pour les enfants[ii]. Tant de facteurs entrent en considération qu’il est difficile de faire des études comparatives sur le sujet, mais certaines existent heureusement. Elles montrent qu’une entrée à un âge précoce crée des attachements insécurisés et une détresse des parents et des enfants. Quand ce mode de garde débute tôt dans la vie, de façon continue, et pour plus de vingt heures par semaine, les relations parent-enfant sont moins harmonieuses avec des niveaux plus élevés de conduites agressives et de désobéissance des enfants.

Souvent, l’âge d’entrée en collectivité est choisi en fonction des contraintes professionnelles des parents plutôt qu’en fonction de nos connaissances sur le développement du nourrisson et du lien d’attachement parent-enfant. En Suède, l’étude d’Anderson montre par ailleurs, que les enfants en crèche avant un an sont plus indépendants, socialement plus à l’aise et moins anxieux que les enfants entrés plus tard. Quelle importance nos sociétés donnent-elles à la toute petite enfance ? Comment nos rythmes de vie et de travail sont-ils adaptés pour favoriser le bien-être des parents et des enfants en créant des fondements stables et sécurisants pour les adultes actuels et futurs de nos sociétés ? Avons-nous conscience que la paix de demain repose aussi sur la sérénité du tout-petit d’aujourd’hui et de ses parents ? Avons-nous conscience de l’expérience de vie de ce petit individu ? Quelles seront ses références émotionnelles de la vie en société ? Quels souvenirs inconscients lui expliqueront comment il doit vivre dans notre monde ?

L’école est le second lieu de sociabilisation des enfants.

Intégrons-nous dans nos pédagogies, les dernières connaissances sur le développement physique, psychologique, affectif et intellectuel de l’enfant et de l’adolescent ? Les pensées des enfants, leurs comportements, leur ouverture d’esprit, les interactions que nous acceptons entre les élèves, leur donnent une référence sur la vie en société et nous indiquent ce que nous devons attendre pour le futur de la collectivité. Voulons-nous éradiquer le harcèlement scolaire ? Voulons-nous créer des équilibres dans lesquels le plus méritant gagne, plutôt que le plus menaçant, le plus riche ou le plus roublard ? Voulons-nous permettre aux enfants de se développer dans leur singularité, dans la diversité d’intelligence et dans la mixité sociale et culturelle ? Voulons-nous faire de l’école un lieu d’apprentissage de savoirs, savoir-faire et savoir-être qui permettent à nos enfants de prendre confiance en eux, collaborer, se dépasser dans une compétition qui respecte l’autre, devenir des adultes éthiques et responsables et moteurs d’une société de croissance dans la paix et l’humanité ?

Voulons-nous réviser nos méthodes et objectifs d’apprentissage pour s’adapter à notre nouveau millénaire ? Nos écoles publiques sont aujourd’hui contraintes dans un système qui brident les enseignants et ralentissent l’évolution pédagogique. Le monde a changé avec internet, mais l’école publique a-t-elle fondamentalement évolué ? Comment concevoir des enseignements qui prennent en compte le bouleversement apporté par internet et les nouvelles pédagogies ?

Comment apprenons-nous aux enfants à réfléchir ?

A dix ans, j’avais fait un exposé sur le Sénégal, nombreux allers-retours à la bibliothèque, consultation de revues, de livres, de l’encyclopédie Alpha. J’ai appris à rechercher des sources d’information différentes, les comparer, les analyser, les comprendre, les critiquer, j’ai appris à utiliser mon cerveau. Si tout se trouve sur internet, les recherches mènent facilement toutes au même résultat.

Comment aidons-nous les enfants à développer leur potentiel, à se sentir bien, à réfléchir et débattre avec assertivité et dans le respect d’autrui ? Doivent-ils encore aujourd’hui tous devenir des puits de connaissances ou doivent-ils apprendre à connaître assez sur un sujet pour l’approfondir quand ils en ont besoin ? Comment adapter nos pédagogies aux différents profils des élèves ? En plus d’apprendre à lire, écrire et compter devraient-ils apprendre à faire face à la vie comme tenir un budget, investir, connaître les types de métiers ou savoir se présenter, s’ouvrir à la globalité ?

L’alternance favorise-t-elle le réalisme et la diversité ?

Des jeunes combinent école et emploi grâce à l’apprentissage. L’alternance permet-elle de former des jeunes qui ont des visions différenciées du monde du travail car leurs expériences diffèrent selon leur mission ? Personnellement, je suis fan de l’apprentissage ou l’alternance, cette approche m’a permis de rester terre-à-terre et réaliste, de conceptualiser à partir d’exemples concrets. Pour la recherche fondamentale, les travaux théoriques restent la porte d’entrée, cela empêche-t-il que la formation initiale puisse se raccrocher au concret ? L’apprentissage aide-t-il à rester plus pragmatique et garder son humilité face au réel ?

De nombreux leaders de demain sont formés dans les mêmes universités.

Notre mondialisation s’accompagne de la mondialisation des universités les plus prestigieuses. Est-ce un bien ou est-ce un mal ? Si la grande majorité des élites dirigeantes de notre monde reçoivent le même type de formation, peuvent-elles s’ouvrir à d’autres conceptions du monde ? Peuvent-elles prendre un vrai recul sur notre modèle éducatif, socio-économique et géopolitique, si elles ont toutes les mêmes références ? Réfléchissent-elles à d’autres solutions pour fonctionner dans leurs interactions personnelles et professionnelles, localement et à l’international ? La course aux meilleures universités du monde, permet-elle les divergences de point de vue, la diversité culturelle et sociale ?

L’hyperspécialisation dans les années d’apprentissage supérieur permet-elle de garder une vue de son métier dans le rouage économique global pour devenir des adultes ouverts et responsables ? Pouvons-nous accepter cabales, censures, idéologies ou radicalismes dans l’enseignement supérieur ? Les étudiants savent-ils se remettre en cause et questionner leurs évidences, leurs croyances et leur vision du monde ?

Par exemple, aujourd’hui, les enseignants parlent du Bitcoin comme une nouvelle monnaie d’échange, comment est-elle présentée, comme une évidence ou comme une opportunité à remettre en cause, à questionner dans ses enjeux de façon globale, quels sont les avantages, quels sont les risques ? Est-ce une solution monétaire démocratique, pourrait-elle permettre à un groupuscule à la tête de notre système économique, qui gouvernerait cette monnaie, de devenir les maîtres du monde ?


[i] Le secret – Documentaire réalisé par Drew Heriot – 2006

[ii] Le séjour en crèche des jeunes enfants : sécurité de l’attachement, tempérament et fréquence des maladies – Cairn.info – 2004

Influences et religions

Tout changement radical dans une société passe par une prise de conscience collective.

Mireille Bertrand Lhérisson

Voulons-nous prendre conscience de nos influences pour être capables de prendre du recul et de penser librement ?

Quand je vous parle du chiffre 13, qu’est-ce que cela vous évoque ? Dans notre immeuble de New-York, j’ai remarqué qu’on passait de l’étage 12 à l’étage 14. J’ai réalisé que c’était comme ça dans tous les immeubles. Pourtant, le treizième étage existe physiquement. Nous nous focalisons sur le 13 et nous nous attendons à des problèmes, alors nous remarquons tous les problèmes, voire, nous les créons inconsciemment.

Depuis que j’ai découvert ce biais cognitif, c’est-à-dire, cette faculté de notre cerveau à créer une réponse cohérente avec nos pensées, j’ai décidé que le 13 serait mon porte-bonheur. La pensée positive est puissante aussi, depuis cette décision, nombre de bonnes choses me sont arrivées en relation au chiffre 13. Avons-nous conscience du pouvoir de notre cerveau sur notre rapport au monde ? Avons-nous des croyances qui influencent nos actes ? D’où viennent-elles ? Sommes-nous capables de les remettre en cause ?

Oserai-je un deuxième petit exemple olé-olé ? Si je vous raconte l’histoire de la pipe de mon grand-père, qu’est-ce que cela vous évoquera ? Qu’est-ce que cela évoquera à mon fils de dix ans ? L’humour au second degré n’est grivois que dans notre tête. Quand nous trouvons de l’humour au second degré un peu hardi, rappelons-nous que seule notre interprétation est téméraire. Qu’est-ce que cela dit de nous ? Apprécions-nous ce type d’humour ? Pourquoi ?

Les blagues lourdes et graveleuses sont facilement indécentes, abusives et irrespectueuses, mais si l’audace vient de notre propre cerveau, est-ce la preuve d’un subtil passage à l’âge adulte ? La maturité sexuelle est-elle à l’adulte ce que l’innocence est à l’enfance ?

Langues et mots

 Rien n’est impossible, le mot lui-même dit : je suis possible ! 

Audrey Hepburn

Les mots guident notre pensée et notre pensée crée notre monde. Cela m’oblige à un petit détour sur les mots et leur pouvoir. La langue, les mots, voilà nos meilleurs amis ou nos pires ennemis. Je ne peux les laisser sur mes pages comme de vulgaires outils de communication.

Notre formulation crée notre monde.

Quand j’avais dix ans, nous sommes partis avec des amis en vacances, Gilbert était directeur d’école et m’impressionnait beaucoup. Pour me mettre à l’aise, avec une dose d’humour, il m’a dit de l’imaginer sur les toilettes ou en maillot de bain en me disant : « Tu vois, nous sommes tous pareils ». Plus tard, Mawé, un brillant polytechnicien m’a dit : « Si quelqu’un te tutoie, tutoie-le en retour, nous sommes tous égaux dans notre humanité. »

Ces deux petits messages ont transformé mon rapport à l’autre, ils m’ont appris à me sentir à l’aise avec tout le monde et à choisir, par mon langage, de me rendre accessible au plus grand nombre. Je fais attention à mes choix de mots et mes formulations, à l’oral comme à l’écrit, avec la volonté de pouvoir être comprise facilement. Pouvons-nous repérer des paroles qui ont marqué notre vision de la vie, des rapports interpersonnels et du monde ? Dans nos messages, cherchons-nous à être compris par un groupe de spécialistes ou par le plus grand nombre ? Comment adaptons-nous notre langue à notre auditoire ?

L’acquisition d’un vocabulaire riche permet de s’exprimer avec précision et réduit la violence.

C’est ce que nous explique Alain Bentolila dans son livre « Le verbe contre la barbarie[i] ». Les mots ont un pouvoir extraordinaire, terriblement puissant. Notre langue est le premier vecteur d’échanges, de mise en relation et de conceptualisation de notre réalité. Réalisons-nous comme cinq lignes qui nous parlent du jardin d’Eden guident une grande partie des êtres humains aujourd’hui dans leur vision de l’homme et de la femme ? Plus nous connaissons de mots, plus nous pouvons penser finement et extérioriser nos visions, nos joies et nos peines consciemment, plus grande est notre liberté. Voyons-nous comme les mots influencent notre vie, nous permettent de penser et nous relient aux autres et au monde ?

Prenons le mot aimer, l’amour a tant de facettes différentes selon le cas de figure : nous aimons notre conjoint, notre enfant, notre ami, notre collègue, la natation ou le chocolat. Des synonymes existent avec leurs nuances, pourtant je manque parfois de vocabulaire pour décrire finement la relation aimante dans la langue française. Alors j’invente des mots comme « Je payotte » mon chéri, ça sent les vacances, c’est tout cosy et léger. Est-ce que notre vocabulaire nous permet de définir et d’exprimer notre pensée avec finesse ?

Au vu de l’importance des mots eux-mêmes, voudrions-nous trouver un nouveau mot pour parler des Hommes car aucune différence n’existe dans la langue française orale entre les hommes et les Hommes ? Cette confusion entre le terme qui décrit l’être humain masculin et celui qui décrit l’ensemble des êtres humains tous genres confondus me semble très délicate. Serait-il plus simple d’utiliser deux mots différents pour ces deux concepts ?

Le poids des malentendus.

La langue n’est pas innocente. Elle ne clarifie rien et confond tout. Le même mot peut avoir des significations différentes selon les personnes, en fonction de leur âge, leur histoire et leurs références. Ainsi, l’utilisation d’un mot qui a du poids comme « liberté » nécessite de se mettre d’accord sur le spectacle qui se cache derrière ce rideau de sept lettres. Quand nous utilisons un mot clé dans la compréhension de notre message, vérifions-nous que notre interlocuteur a la même définition que nous de ce mot ? Le djihad désigne-t-il un combat sanglant contre les impies ou l’effort spirituel du fidèle vers le Bien ?

Le choix des mots est d’une importance primordiale dans la transmission d’un message.

Encore faut-il bien les comprendre. Par exemple, je suis toujours choquée des débats politiques organisés de nos jours. Ils paraissent souvent des joutes oratoires qui frisent le combat. Un débat n’est-il pas fait pour dialoguer ? Délier, enlever le lien. Détendre, arrêter de tendre. Dénouer, ôter le nœud. Lorsque nous débattons, nous devrions cesser de nous battre, il semble pourtant que de nombreux débats actuels, particulièrement politiques, ont un visage de combat, plutôt qu’un air d’échange et de construction.

Les individus réapprendront-ils le sens des mots qu’ils utilisent pour le meilleur ? Les dirigeants, politiciens, prêcheurs, journalistes, enseignants et éducateurs, avocats, commerciaux, vendeurs, publicitaires pour qui le verbe est un outil de base, réapprendront-ils le sens du mot débat et l’intègreront-ils dans leurs rapports et dans leurs discussions critiques pour faire de leurs débats un lieu de collaboration destiné à évoluer vers un monde meilleur ? Choisirons-nous les mots pour notre double bénéfice : notre avantage personnel à court terme et celui de notre collectif, incluant celui de nos enfants, à long terme ? Utiliserons-nous les mots pour nous ouvrir à nous-mêmes, aux autres et au monde ?

Pour faire de notre rêve une réalité, je voudrais inventer un nouveau mot que je désespère d’utiliser en français et qui nous aiderait à réussir notre entreprise pour créer un monde plus vivant. Il s’agit de l’adjectif « successful » dans l’expression anglaise « a successful team ». Successus était un tisserand, amoureux d’Iris, une belle esclave de cabaret à Pompéi qui pourtant ne l’aimait pas. Comme quoi, l’être humain doit considérer que le succès est plus lié au fait d’aimer que de se sentir aimé. « Successful »me semble une douce victoire avec soi-même, ou ensemble, bien méritée, grâce à un effort constructif. La traduction française de successful est « réussi », celle de « a successful team » est « une équipe performante ». Performant me semble une description sans émotion. Or le succès est lié à une émotion positive. Victorieux, me semble très guerrier. Gagnant suggère qu’il existe un perdant. Collectif, marque plus le processus que le résultat. Champion, est peut-être adapté, mais nous sommes souvent champions par rapport à d’autres. La conception « eudémonique » du bonheur est basée sur la prémisse que les gens se sentent heureux s’ils connaissent une croissance personnelle et ont le sentiment d’avoir des buts et une vie qui a du sens. Est-ce notre vision du succès ? Le mot est difficile à prononcer. Pourrions-nous le simplifier ? Que penseriez-vous d’une équipe « eudémone » ? Ou une équipe « anémone », ça serait plus fleuri ? Qu’en pensez-vous ? Quelles seraient vos propositions ? Aimeriez-vous trouver ce concept en français ?

L’écriture permet d’archiver.

L’écriture nous a permis de laisser des traces et communiquer nos idées. Des inscriptions ont été gravées 6 600 ans avant notre ère sur des carapaces de tortue en Chine. Nous avons découvert le premier système d’écriture historique environ 3 300 ans avant notre ère en Mésopotamie et avons décidé de faire de cette période le début des périodes historiques grâce aux documents dans huit langues et quatre écritures différentes. A partir de l’alphabet protosinaïque, chaque groupe humain, formant sa culture, a créé son alphabet : araméen, hébreu, grec puis cyrillique, latin et arabe. Nos origines sont communes, nos expériences et cadres de vie nous ont fait évoluer différemment. De quelle langue ancienne vient notre langue écrite ? Quels sont les plus anciens documents dans notre langue ? Comment la langue écrite est-elle enseignée aux enfants ? Qu’apprennent-ils de notre culture dans cet apprentissage ?

La langue parle de nous et de notre rapport aux autres et au monde.

Notre langue est spécifique à notre expérience et notre environnement. Dans le vocabulaire breton, le nombre de mots pour décrire le vent est beaucoup plus développé qu’en français puisque les marins connaissent cet élément dans tous ses états et ont appris à le décrire avec détail. Le verbe « avoir » n’existe pas en breton, sans doute que la propriété n’existe pas chez les ancêtres, ils se sentaient de passage sur terre, ai-je entendu dire. Qu’est-ce que notre langue dit de notre culture ? Quelles sont les spécificités de notre langue et donc notre spécificité culturelle ?

Personnellement, je ne réfléchis pas de la même manière en français et en anglais. Est-ce que nous pensons de la même façon dans des langues différentes ? Si nous parlons plusieurs langues, sentons-nous une différence culturelle dans l’approche de la réalité de la vie par les mots ou les structures de phrases ?

Quelle vision du monde notre structure grammaticale nous donne-telle ?

En français, en cas de doute sur un accord pluriel, nous passons par le féminin pour trouver la réponse. Je vous laisse méditer sur cette question en terme sociétal. Prendre en considération le regard des femmes sur une situation pourrait-il nous aider à mieux la comprendre et à prendre des décisions plus justes pour le bien commun ?

Dans la langue française le masculin l’emporte sur le féminin, est-ce que cela nous laisse des traces sur notre vision de l’équilibre des genres dans notre vie en société ? De récentes propositions d’écriture inclusive permettent un langage non sexiste comme « les candidat.e.s ». Sont-elles la solution ou apportent-elles un premier pas de conscientisation intéressant ?

Nous pouvons méconnaître un terme dans une langue étrangère.

Quand je parle une langue étrangère, je peux me tromper dans la compréhension d’un mot. En formation d’architecture d’intérieur à Pratt, école d’art, située à Brooklyn, notre premier projet était un Boutique-Hôtel. Je ne connaissais pas le concept, il s’agit de personnaliser l’atmosphère et l’allure d’un hôtel pour en faire un lieu unique, un hôtel de caractère. J’ai entendu le mot « boutique », je croyais qu’il fallait mettre un magasin dans l’hôtel. J’ai installé une bijouterie dans le lobby et je n’ai compris ma méprise que cinq ans plus tard. Nous est-il arrivé de mal traduire un concept sans comprendre tout de suite notre méprise ? Quelles en ont été les conséquences ?

Certains concepts propres à une langue ne trouvent pas d’équivalents traduits.

Notre culture s’ancre dans notre langue. L’exemple le plus simple est celui des goûts. Dans nos cultures occidentales, nous apprenons qu’il existe quatre types de goûts : sucré, salé, amer et acide. Pourtant, chez les japonais, une cinquième nuance existe : umami. Elle concerne le poisson, les crustacés, les viandes fumées et les légumes et décrit une touche savoureuse. Sans vocabulaire traditionnel pour décrire cette saveur, nous avons adopté ce terme dans notre langue. Chez les coréens, il existe une nuance épicée que nous ne décrivons pas chez nous. Avons-nous conscience de nos références culturelles dans nos échanges plurilingues ? Nous assurons-nous de notre profonde compréhension mutuelle ? Vérifions-nous que nous comprenons de la même façon le concept évoqué lors d’une conversation multilingue ?

La traduction est imbibée de la perception du traducteur.

Le monde de l’édition, comme tous les cercles fermés, à ses qualités et ses défauts. Yuri, l’un de mes copains, a commencé à traduire les livres d’une nouvelle écrivaine américaine. Il a traduit ses cinq premiers livres. Peu à peu, cette auteure est devenue très célèbre et donc un bon filon. Sur ce, la maison d’édition lui a annoncé qu’il n’était désormais plus le traducteur officiel. Elle avait offert cette poule aux œufs d’or à une traductrice qui était dans ses petits papiers. Privilégiée, mais, semble-t-il, moins compétente. Elle a traduit les deux ouvrages suivants, et les ventes ont chuté. La maison d’édition a réembauché Yuri, les ventes des tomes suivants ont retrouvé leurs bons chiffres. Avons-nous conscience de l’importance du traducteur ? Avons-nous conscience qu’une traduction est toujours emprunte d’une déformation du message de l’orateur ou de l’auteur ?

L’humour dans une langue étrangère est difficile à capter.

A Lausanne, à vingt-sept ans, j’avais un copain allemand, Gustav, qui parlait si bien le français que j’ai très vite oublié qu’il avait grandi dans une autre langue. Le jour où il a déménagé, il m’a refilé quelques-unes de ses affaires que j’ai acceptées avec plaisir. Pour le remercier, je l’ai invité à un spectacle d’humour au festival du rire de Montreux. Nous y sommes allés enthousiastes, avec légèreté et bonne humeur. A la fin du spectacle je me demandais pourquoi il semblait un peu tendu, j’avais tellement ri que je me sentais hyper décontractée. Il m’a expliqué. Il n’avait pas tout capté, et se sentait hyper frustré. Sommes-nous à l’aise avec l’humour dans une langue étrangère que nous parlons bien, voire couramment ?

Le nombre de langues parlées dans le monde se réduit constamment.

Sept mille langues sont parlées dans le monde, certaines s’oublient et s’éteignent, elles ont toutes des racines communes et ont évolué différemment au gré de nos expériences. Par exemple, le « p » courant est devenu un « f » en allemand. Le monde a connu jusqu’à quinze mille langues, nous estimons qu’il restera environ cent langues dans quelques siècles, est-ce vraiment notre souhait ?

Face à la différence de l’autre, nous comprenons mieux, ce que nous sommes ou, au contraire, ce que nous ne sommes pas. Dans la relation, nous découvrons nos particularités, nos atouts et nos limites. Si la langue et la culture des régionalismes et nationalismes sont utilisées pour nous replier sur nous-mêmes et diviser, cela devient dangereux. En revanche, la diversité peut nous enrichir. Voulons-nous cultiver nos différences linguistiques comme une richesse à partager, préserverons-nous les langues régionales et nationales ? Voulons-nous stimuler la diversité en encourageant l’apprentissage de plusieurs langues aux enfants et garder notre patrimoine langagier mondial, ancien et actuel ?

La particularité de notre langue nous rend-elle particulier ?

Si deux bébés jumeaux homozygotes, c’est-à-dire exactement similaires, grandissent dans deux milieux différents, chacun s’adaptera à son environnement, apprendra une langue et développera sa personnalité en fonction de ses expériences. Sont-ils deux personnes fondamentalement dissemblables si l’une a grandi au soleil et l’autre sur la banquise ?

C’est ma langue et ma culture française, ma formation, mes rencontres, mes déménagements internationaux et les évènements de la vie qui ont forgé ma personnalité et ma vision du monde. Est-ce que cela fait de moi un être si différent de vous ? Quels éléments marquants de notre parcours d’humain nous ont forgés dans notre singularité et nos visions de la vie ? Nous avons tous un cerveau, un cœur et un corps, nous les développons différemment, dans des contextes différents mais restons-nous des êtres humains sur une base similaire ?

La langue permet de nous affirmer singulier dans notre communauté linguistique.

La langue nous rassemble dans notre groupe linguistique. Notre façon de la manier nous rend unique. Comment affirmons-nous notre personnalité par notre langage ? La langue que nous choisissons nous libère-t-elle ou nous enferme-t-elle dans un carcan lié à notre groupe d’appartenance ?

Avons-nous besoin d’une langue commune dans les échanges internationaux pour assurer la paix ?

Nous avons besoin de communiquer et nous comprendre.L’anglais est aujourd’hui la langue prépondérante dans les échanges polyglottes.Est-ce la meilleure façon de communiquer dans la richesse de nos cultures ? Est-ce que l’anglais donne un avantage linguistique aux anglophones dans les échanges multilingues ? Est-ce que les anglophones restreignent leur cerveau à un modèle de pensée unique en apprenant une seule langue ? Est-ce qu’une langue commune différente de toutes les autres pourrait mettre toutes les nations à pied d’égalité, cela aurait-il un sens d’avoir une langue qui ne soit pas née de l’expérience humaine ?

Nous parlons avec émotion.

Je suis de langue maternelle française et ne pourrais pas envisager de parler une autre langue avec mes enfants. En français, je m’exprime avec la nuance des émotions, je maîtrise la langue. J’ai appris l’anglais à l’école, je n’ai pas de lien affectif avec cette langue. En français, dire « Je t’aime » est lourd de sens. En anglais, je peux dire « I love you » à n’importe qui. Avons-nous le même rapport émotionnel à chacune des langues que nous parlons ? Pouvons-nous parler une autre langue que notre langue maternelle avec nos enfants en incluant toutes les subtilités émotionnelles et créer un échange riche d’affection et de détails ?

Quelle est la différence entre parole libérée et dénonciation ?

Ces deux notions évoquent le fait de s’exprimer sur un sujet tabou, secret, négligé ou oublié.

Quand nous posons des mots sur nos maux, quand nous libérons la parole, elle nous permet de prendre conscience d’une situation traumatisante passée ou de remettre en question un équilibre toxique d’une relation ou situation, actuelle ou passée, que nous n’avions jamais questionnée. Nous pouvons alors formuler avec des mots, notre souffrance, notre honte, notre tristesse, notre dégoût et toutes les émotions que nous gardons cachées au fin fond de nos entrailles. En travaillant avec un thérapeute ou une personne bienveillante, empathique et non intrusive, nous pouvons arriver à ressentir ces émotions. A ce moment-là, ces émotions peuvent s’envoler. C’est tout l’intérêt de parler de notre expérience, sans nous juger nous-même. Cette parole libère. En revanche, si nous passons notre temps à raconter nos histoires sans jamais écouter l’autre, alors cela devient invasif pour notre interlocuteur.

Dans la dénonciation, en revanche, nous parlons de l’autre. Le processus est donc totalement différent. Qu’est-ce qui nous pousse à dénoncer l’autre ? Notre intention ici est d’une importance capitale. Dénonçons-nous l’autre par vengeance ? Sommes-nous dans la comparaison et répondons-nous à notre frustration d’avoir moins que lui ? Sommes-nous affecté par des pratiques ou comportements de l’autre que nous dénonçons auprès d’une tierce personne ou d’une autorité, sans prendre le temps d’aller d’abord en discuter directement avec lui, quand c’est pourtant possible ? Ces pratiques font preuve d’immaturité et apportent des réponses insatisfaisantes à nos besoins. En revanche, si nous dénonçons un voisin violent envers sa femme et ses enfants, des pratiques toxiques, voire inhumaines ou un coach abusif par exemple, alors nous nous appuyons sur nos valeurs humaines, et dénoncer nous permet de garder notre dignité humaine et de demander le respect de la dignité des victimes. La dénonciation qui donne un sens à notre humanité, celle qui permet de favoriser l’ordre public, l’éthique et le bien commun est-elle nécessaire au bon fonctionnement d’une démocratie ?

Comment notre message passe-t-il dans notre communication ?

Un mythe de l’année 1967, qui restreint la réalité, persiste. Il est pourtant rediscuté depuis plus de quinze ans. Ce message disait que la communication était à 93% non-verbale, liée à la voix, au ton, et à la gestuelle. Les deux études d’Albert Mehrabian à l’origine de cette proposition sont basées sur une expérience faite sur dix femmes, et il n’a pas prouvé les résultats, comment pouvons-nous en tirer des conclusions universelles ? C’est encore une approche simpliste qui nous rassure, mais qui nous empêche de trouver la justesse dans notre manière de délivrer des informations. Avons-nous fait d’autres études scientifiques valables sur ce sujet ? Quels sont les résultats ?

 Gestuelle, ton, débit, articulation ou sonorité comptent dans la réception du message, tout le monde en a conscience. Ces chiffres, un peu arbitraires cependant, ont le défaut d’angoisser certains orateurs et de privilégier, parfois, le travail sur la forme du message plutôt que sur le fond. La communication interpersonnelle ou devant un groupe peut-elle se réduire à une équation si simpliste ?

La communication est censée nous aider à nous rencontrer, que se passe-t-il quand nos mots deviennent les instruments de la discorde ? Voulons-nous apprendre à revenir à notre expérience d’humains pour nous ancrer dans notre expérience de la vie réelle ou préférons-nous rester dans nos théories dévastatrices ?


[i] Verbe contre la barbarie – Alain Bentolilo – Éditions Odile Jacob – 2016

Discernement

Ecoutons-nous nos sensations corporelles ?

Quand nous y prêtons attention, nos tripes, nos émotions et notre corps peuvent nous informer en partie sur la nature de l’intention, bienveillante ou calculée, de nos interlocuteurs. Par exemple, être tendu, avoir mal au ventre, mal dormir. Prenons-nous en compte ces réactions corporelles spontanées ? Sentons-nous si nous sommes apaisés ou stressés, l’esprit clair ou confus, si notre corps se plaint ou non ? Notre corps et nos émotions peuvent être de bons alliés, ils déjouent les circuits de notre cerveau pour venir nous informer directement du déséquilibre de notre environnement. Mais nous avons aussi besoin d’éléments tangibles et réels.

Dans une relation virtuelle, l’absence de contact physique et de ressenti direct en présence de notre interlocuteur rend impossible l’usage de nos sensations physiques, même si notre corps réagit. Nous ne pourrons jamais avoir de certitude dans une telle relation. Dans ce cas-là, nous devons faire appel à notre intuition et notre logique.

Nos décisions cartésiennes ont-elles une part intuitive ?

Mon fils me dit que l’intuition n’existe pas. Quelle drôle d’affirmation ! Mon approche serait plutôt de comprendre sa nature profonde plutôt que de questionner son existence.

Si nos intuitions nous donnent des idées, les germes de ces pensées ont pu être plantés dans notre cerveau. Notre intuition ne s’appuie que sur ce que nous connaissons déjà du monde. Pouvons-nous avoir l’intuition qu’une plante nous soignera, si nous n’avons jamais entendu parler de cette plante, ne l’avons jamais vue, ni jamais touchée ? Notre intuition seule n’est pas une source fiable de détection, ou non, de manipulation ou d’influence toxique, juste un indicateur dont les informations demandent à être vérifiées.

L’intuition pourrait-elle être le résultat d’une réflexion spontanée de notre cerveau qui aurait traité des informations
sans que le raisonnement ne soit encore arrivé à notre conscience ?

Nous parlons de logique dans nos prises de décisions, les experts en management se rendent pourtant compte que le déclic pour pencher dans une direction ou l’autre est presque toujours intuitif et émotionnel.

La part émotionnelle dans nos décisions.

De nombreux outils et techniques existent pour apprendre à communiquer, nous aider à vivre nos relations et prendre nos décisions avec nos émotions. Si l’essence de tous ces outils était expliquée très simplement, nous pourrions mieux les intégrer comme une aide précieuse dans nos interactions tout en gardant de la spontanéité.

Parmi eux, la méditation pleine conscience ou d’autres techniques relaxantes peuvent nous aider à nous calmer et éloigner une influence. Elles peuvent nous permettre de calmer nos émotions, sans jugement. Prendre du recul. Elles peuvent nous aider à prendre des décisions, à ressentir ce qui est juste et nous apaise, sans nous laisser déborder par une émotion intense et éphémère, en réaction à une situation immédiate frustrante. Utilisons-nous des méthodes qui nous aident à nous calmer et à discerner ce qui est bon pour nous ?

Mon expérience personnelle de toutes ces méthodes est extrêmement positive. Je connais de nombreuses personnes qui les utilisent régulièrement et en mesurent les effets dans leur vie. Pourtant, ces méthodes sont, la plupart du temps, décrites comme des pseudo-sciences, avec des effets peu concluants, voire dangereux, et minimisées en disant qu’aucune étude sérieuse n’a démontré leurs effets. Pourquoi ? La collectivité et le monde scientifique n’ont-ils pas encore fait assez d’études sérieuses sur des techniques formidables, opérantes et peu coûteuses ? Qui finance les études ? Qui bénéficie de la dénigration de ces méthodes ? Voulons-nous prouver, grâce à des études scientifiques sérieuses le degré d’efficacité de ces techniques ?

Quels outils de communication connaissons-nous et utilisons-nous pour nous aider à prendre des décisions plus justes et sereines et avoir des relations plus apaisées et constructives ? Voulons-nous apprendre à mieux vivre avec nos émotions et apprendre à nos enfants à l’école à vivre avec les leurs ? Comment les parents qui ne connaissent pas leurs émotions pourraient-ils apprendre à leurs enfants à les traiter pour le meilleur ?

La procrastination ou « glandouille créative » a aussi son bon côté.

La procrastination est la tendance à remettre au lendemain, à ajourner et à temporiser. Or, plus nous attendons, plus le problème grossit et devient compliqué à résoudre. S’en rappeler peut aider à sortir de la procrastination. Mais la procrastination a aussi du bon, elle aurait été la méthode de nombreux intellectuels tels que Steve Jobs, Victor Hugo ou Léonard de Vinci car elle favorise l’émergence d’idées atypiques. Les Egyptiens de l’Antiquité pensaient que c’était le fait d’attendre le bon moment pour agir. Notre façon de réagir à un évènement ou d’utiliser un trait de caractère rend la situation constructive ou délétère.

Le discernement est la clé de notre autonomie.

Comment apprendre à avoir du jugement ? La base du discernement s’appuie sur la réponse à la question « Pour quoi ? » pour prendre des décisions qui ont du sens. Le but est d’arriver à prendre une décision :

  • Cohérente, avec une finalité, une raison d’être et des valeurs.
  • Discutée avec un pair pour tenter d’éliminer au maximum les biais cognitifs inconscients.
  • En conscience de nos émotions et de celles des personnes impactées.
  • Eclairées par un questionnement et une écoute de notre ressenti, en intégrant l’éthique et les aspects rationnels.
  • Juste, dans le sens de la justesse pour chacun.

Pour cela, nous pouvons prendre le problème dans tous les sens, sous tous ses angles et prendre en compte tous les aspects pour le juger de manière censée et intelligente. Certains aspects sont objectifs, personnes impactées, faits, enjeux, causes, contraintes, options, intérêts en jeux, ressources, conséquences. D’autres aspects sont subjectifs, perceptions, pensées, préoccupations, émotions.

Le discernement est la clé de notre autonomie.

Marie, une amie catholique engagée m’a appris le discernement Ignacien. Quand nous devons prendre une décision importante, nous pouvons commencer par déterminer les options suffisamment raisonnables que nous pouvons envisager concrètement. Puis nous vivons une journée, ou deux ou trois, en ayant choisi la première option et notons, à la fin de cette période, comment nous nous sentons. Nous choisissons ensuite la deuxième option, pendant le même nombre de jour, et notons comment nous nous sentons à la fin de la période. Nous faisons enfin notre bilan émotionnel. Il nous permet de ressentir l’option qui nous fait nous sentir le mieux.

Nous pouvons travailler pour améliorer notre capacité de discernement. Par exemple en nous renseignant sur un sujet que nous ne connaissons pas. Nous commencerons alors à comprendre qui est impacté, dans quels rôles, quels sont les intérêts des uns et des autres, quels sont les faits, les enjeux, les causes, les conséquences, les options, les contraintes, les promesses, nous nous poserons le plus de questions possibles et chercherons des réponses et des points de vue divergents. Nous utiliserons différentes sources d’informations et discuterons du sujet avec nos pairs pour nous forger une opinion personnelle.

Comment une victime peut-elle réagir face à la manipulation ?

Dans tous les cas, en tant que proie d’un abuseur, si nous ne sommes pas trop confus pour prendre une décision, nous devrions commencer par prendre conscience de ce que gagne le manipulateur dans l’échange. Une fois que nous arrivons à nommer l’intérêt du manipulateur, il est beaucoup plus facile de prendre du recul et nous éloigner de lui. Ensuite, nous devrions prendre conscience, avec beaucoup de bienveillance envers nous-même, de ce que nous gagnons, car si une partie de nous-même souffre terriblement, l’autre partie trouve un bénéfice secondaire à rester dans la relation abusive.

Encore une fois, la conscience nous permet de prendre du recul. Dans tous les cas, rester dans une relation toxique pour répondre à notre soif de nous sentir aimé est une grave erreur, car la relation est malsaine et ne peut pas nous donner de fondation solide sur le plan affectif. La confusion peut nous empêcher de passer à l’action, dans ce cas-là, il est indispensable d’accepter ou de demander de l’aide. Trois options s’offrent à nous.

Rester. Nous pouvons reconnaître que nous sommes manipulés, mais voir et accepter cet état car nous mesurons ce que nous apprenons, nous nous développons et prenons confiance en nous. Certains appellent cela de la manipulation positive. Nous pouvons aussi nous sentir contraint dans une situation tout en acceptant d’y rester à cause des bénéfices que nous y trouvons. Dans ces cas, nous avons besoin d’être clairs avec nous-mêmes pour agir en conscience. Ainsi, si notre choix nous conduit dans l’impasse, nous pourrons minimiser nos regrets ou nos remords.

Partir. Nous pouvons quitter la relation toxique, c’est la proposition de solution la plus répandue et sans doute la plus satisfaisante quand nous nous sentons diminué, insécurisé, déstabilisé, confus et angoissé. Une fois sorti de la relation toxique, sans aucune interaction avec l’abuseur, la confusion disparaît très rapidement. De nombreux psychologues conseillent de partir du jour au lendemain sans laisser d’adresse, ce n’est pas toujours facile à faire et cela dépend de l’intensité de l’abus.

Nous interroger régulièrement. Nous pouvons être conscient de l’emprise, sans pour autant nous sentir capable de faire face à une séparation. Le raisonnement peut être tronqué par notre situation. Mais, dans une relation de couple avec enfants, par exemple, nous pouvons choisir de rester quelques années, le temps que les enfants grandissent. Nous pouvons ne pas nous sentir capable de faire face, seul.e, à nos enfants pour les éduquer. Dans ce cas, des livres peuvent nous aider à réagir à l’abus dans chaque interaction pour limiter la casse, nous protéger au maximum et protéger les enfants. Ce faisant, par notre exemple, nous donnons à nos enfants une référence de vie de couple qui ne nous convient pas. Alors, nous pouvons nous interroger régulièrement pour savoir ce que nous nous sentons capable d’assumer et le rechoisir de période en période, nous pourrons ainsi minimiser nos regrets ou nos remords.

Si nous influencions notre cerveau pour construire nos rêves, que se passerait-il ?

Si nous apprenions à prendre du recul sur nos influences et voir le positif du présent en nous projetant positivement dans l’avenir, aurions-nous plus de chances de créer un monde dont nous sommes fiers ? Quand nous sommes souriants et plein d’élan, attirons-nous plus de monde prêt à nous aider que quand nous déprimons, sommes négatifs ou anxieux ? Le jour où nous décidons de partir à « l’îlovacances », nous voyons soudain et entendons partout des informations sur « l’îlovacances ». Quand nous avons une vision des choses, un centre d’intérêt, soudain notre cerveau met en avant tout ce qui nous donne des informations et confirme notre point de vue. Le monde a-t-il changé, ou est-ce uniquement notre cerveau qui a viré ? Quand nous parlons aux gens de ce sujet qui nous intéresse, ils nous apportent encore plus d’informations sur notre centre d’intérêt, en nous aidant à avancer dans notre projet. Voyons-nous un inconvénient à positiver avec pragmatisme et réalisme ? Si nous avions une vision positive de notre avenir commun, trouverions-nous plus de force pour surmonter échecs et épreuves, grandir ensemble et construire un monde plein de vie ?

Le premier pas est d’imaginer nos rêves, le deuxième est d’en parler, car plus nous en parlons, plus ils prennent chair et plus nous agissons pour qu’ils deviennent réalité. Dans le film « Demain[i] », des jeunes trentenaires partent explorer le monde pour découvrir les modèles d’organisations durables existants les plus abouties dans tous les domaines : agriculture, énergie, habitat, économie, éducation et démocratie. N’importe qui peut organiser une projection de ce film, voulons-nous montrer des informations qui nous inspirent, ce film ou d’autres supports ? C’est aussi en communiquant sur nos rêves de demain que nous construisons notre avenir.

Si les individus progressent, cela nous donne-t-il espoir que le monde puisse tendre vers la paix et l’équité pour le futur ? Croître en conscience et reconnaître notre sensibilité et nos besoins authentiques à titre individuel et collectif pourrait-il devenir un remède à la violence dans le monde ? Comment voulons-nous communiquer ? Avons-nous conscience du pouvoir des mots ?


[i] Demain – Film réalisé par Cyril Dion et Mélanie – 2015

Stratagèmes

Quelle est la stratégie du manipulateur ?

En apparence, il nous veut du bien et nous soutient, mais dans ses remarques et comportements, il nous fait douter de lui, de ses intentions, de nous. Avec lui, notre vie devient un cycle de périodes passées au paradis et en enfer. Il est subtil et insidieux et nous choisissons nous-même de le suivre, nous sommes sous emprise mentale.

la manipulation est connue depuis la nuit des temps.En 500 ans avant notre ère, Esope nous décrit déjà l’outil essentiel du manipulateur dans sa fable du Corbeau et du Renard : un corbeau vola un morceau de viande puis se percha sur un arbre. Un renard l’aperçut et voulut ce morceau de viande pour lui-même. Il se posta donc en bas de l’arbre et commença à le glorifier : « Que tu es beau et élégant, personne d’autre que toi n’a autant d’atouts pour être le roi des oiseaux. Si ta voix était aussi magnifique que ton apparence, tu serais déjà roi. » Flatté par ces propos, le corbeau voulut lui faire entendre ses vocalises, et ouvrant le bec pour chanter, il lâcha la viande. Le renard se précipita alors, saisit le morceau et dit « Ô corbeau, si tu avais aussi du jugement, il ne te manquerait rien pour devenir le roi des oiseaux. » Et voilà notre corbeau tout penaud et ayant tout perdu !

Cette stratégie est celle du manipulateur. Il crée un cercle vicieux addictif qui va peu à peu nous mettre sous son emprise. Il alterne les périodes où il nous distribue, douceurs, récompenses, attentions et gentillesses avec des épisodes où il nous abuse, nous menace, devient violent verbalement ou/et physiquement, nous déprécie et reporte les échéances promises. Pour nous amadouer, il répond à nos besoins : il nous admire, nous sommes beau, intelligent, il nous apprend des choses, nous soutient et a besoin de nous. Pendant la période suivante, en revanche, il nous menace, nous fait peur, nous insécurise, nous fait souffrir. Sidéré par le changement de comportement que nous ne comprenons pas, nous nous accrochons à notre souvenir du prince ou de la princesse charmante que nous connaissons et attendons avec conviction le retour des beaux jours. Ce bon moment revient… pour être suivi d’un prochain séjour en enfer. Nous pensons toujours que c’est la dernière fois, mais en réalité, ce cercle vicieux n’aura jamais de fin… sauf si nous sommes capable de la décider nous-même et de quitter cette relation abusive et toxique.

Ce stratagème a beau être connu depuis la nuit des temps, il reste implacable. La notion d’emprise paraît simple à démasquer, elle est pourtant tellement subtile et difficile à expliquer que très peu d’individus comprennent de quoi il s’agit exactement. L’emprise reste un concept, un mot, pour la plupart des gens.

Cette description concerne une personne physique mais peut facilement être extrapolée à la dimension d’un groupe humain ou d’une nation. Le mécanisme fondamental de la relation d’emprise se caractérise ce un double jeu : empathie et discours humaniste et bienveillant affiché, qui cache une action assassine, insidieuse, minutieusement structurée et destinée à détruire la victime. A titre sociétal, sommes-nous attirés par un groupe qui nous fait sentir, beaux, intelligents et importants ?

Quels sont les outils du manipulateur ?

La boîte à outils du manipulateur est fournie, ma description ne sera pas exhaustive.

Il nous emmêle les pinceaux, est le roi de l’opaque, des secrets et des tabous.

Il peut nous donner des idées et nous faire croire que ce sont les nôtres et nous suivons ainsi ses plans sans résistance.

Il peut nous donner de l’énergie à court terme en donnant beaucoup de conseils, mais il nous éloigne de notre être profond. A long terme, ses conseils et sa main mise devient un poids que nous avons du mal à identifier.

Il peut aspirer toute notre énergie vitale. Souvent il va mal quand nous allons bien, comme pour nous gâcher notre plaisir, nous finissons par aller mal, et alors il va bien.

Il manie l’humour comme une arme de dénigrement en privé, comme en public. Souvent de façon très subtile et insidieuse.

Si nous ne rions pas de ses blagues, attaques déguisées contre nous, il nous reproche notre rigidité, notre manque d’humour, nous critique et altère notre confiance en nous-même.

Nous pouvons être en discussion avec lui et il nous délaisse soudain comme si nous n’étions pas là, nous laissant le sentiment de notre inexistence.

Il nous donne un rendez-vous, ne vient pas, ne s’excuse pas et ne donne aucune explication.

Il fait une promesse, reporte incessamment l’échéance et ne la tient jamais. Il arrive à nous convaincre que c’est pour notre bien alors que cela nous insécurise.

Il nous met sous pression, nous n’avons pas le temps de prendre du recul ou d’étudier des propositions.

Il nous dit que nous avons tort de ressentir ce que nous ressentons, ce qui est totalement abusif et mensonger. Cela nous angoisse car nous perdons confiance en nos sensations.

Il nous dit ce que l’on doit penser de lui et comment nous devons le percevoir, ce qui encore une fois est totalement abusif.

Sous un soutien apparent, il discrédite nos actions par des petites remarques insidieuses. Derrière un discours d’encouragement vis-à-vis de nos projets, il égrène insidieusement tous les arguments pour nous démoraliser et nous donner envie de les abandonner.

Il minimise nos succès passés et présents pendant qu’il glorifie ses propres réussites. Il peut aussi constamment nous encourager dans notre travail tout en nous insécurisant sur d’autres plans ou tout en immisçant en nous des doutes sur ses intentions.

Il nous pousse à nous isoler des êtres qui nous sont chers, amis et familles, incluant même parfois nos propres enfants.

En famille, il peut utiliser les enfants comme outil de manipulation.

Il critique insidieusement tous les gens que nous admirons et que nous apprécions pour ternir l’image que nous avons d’eux, annuler l’inspiration qu’ils nous apportent et nous éloigner d’eux.

Il attaque et s’énerve lorsque nous le remettons en cause plutôt que de chercher le dialogue respectueux.

Ses promesses orales n’ont aucune valeur, ses mots ne sont là que pour nous hypnotiser.

Il ment sans scrupule du moment que le mensonge lui permet d’obtenir ce qu’il convoite.

Ses excuses sont un principe oral qui ne veulent rien dire, des mots pour nous assoupir. Son comportement et ses actions ne changent pas après les excuses.

Avec un manipulateur, chaque information engageante devrait être notée et enregistrée pour mémoire et référence.

La seule preuve de son engagement envers nous peut se mesurer dans les actions. Sur le court terme, il pourra prendre des initiatives juste pour nous assoupir, mais sur le long terme, soit ses actions confirment ses paroles, soit elles témoignent de son comportement abusif, opposé à son discours officiel.

Il peut nous attaquer sur nos pratiques soi-disant manipulatrices sans que nous ne comprenions le fondement de ce dénigrement. En réalité, il nous parle de ce qu’il connaît, il nous parle de lui et de ses propres pratiques. L’écouter, pour comprendre ses mécanismes sans nous sentir personnellement incriminé est difficile au début, mais très instructif.

Il dit ne pas se rappeler de ses paroles passées quand ça l’arrange. Il nous affirme que nous avons tenu des propos que nous n’avons en réalité jamais tenus. Ainsi il nous rend totalement confus et incertain de ce que nous avons entendu ou non, ce que nous avons dit ou non.

La confusion mentale nous rend indécis et vulnérable.

Le manipulateur nous fait vivre des ascenseurs émotionnels, et nous soumet à la double contrainte pour créer la confusion dans notre esprit. La double contrainte nous soumet à deux exigences incompatibles qui rend la situation insoluble et engendre troubles et souffrances mentales. Notre cerveau peut se bloquer et ne plus arriver à prendre de décisions. Dans l’extrême, toute décision à prendre au quotidien devient un calvaire. Par exemple, en faisant les courses choisir entre des pommes ou des poires va devenir une décision compliquée à prendre. Nous avons besoin de prendre conscience de la situation, souvent avec l’aide d’un pair, parfois grâce à son intervention, pour sortir de cette ascendance.

Notre cerveau peut aussi créer la confusion pour nous faire oublier un secret ou une situation traumatisante.

Quand je vivais à Lille, mon copain Sven ne voulait pas que je rencontre son père, sans me donner d’explication. Mon cerveau avait besoin de logique et j’ai commencé à imaginer mille scenari plus horribles les uns que les autres, ça créait une bouillie tiédasse dans ma tête. Après des mois et des mois, il a fini par me raconter son grand secret, qui m’a paru si anodin, que je ne me rappelle même plus du problème aujourd’hui, mais du jour au lendemain, ce méli-mélo a disparu de mon cerveau. Même un secret non divulgué, comme un secret de famille, peut avoir cet effet.

Avons-nous conscience que garder un secret peut créer une énorme confusion dans la tête de ceux que nous croyons protéger, ou dont nous voulons nous protéger, bien plus dommageable que le secret lui-même ? Pourrions-nous être victimes de secrets non divulgués ? Gardons-nous des secrets qui nous pèsent ? Voulons-nous parler de ces situations à une personne bienveillante pour nous libérer ?

Quatre tabous colossaux interfèrent dans nos vies : sexe, argent, santé et sentiments sincères.

Certains sujets sont plus ou moins formellement interdits, c’est toute la difficulté des tabous qui deviennent toxiques. Les tabous permettent des dérives car personne n’en parle. Ces tabous sociétaux parlent pourtant de nos quatre besoins fondamentaux primaires et gênent le bon fonctionnement de nos vies individuelles et collectives. Heureusement, depuis quelques années, la parole se libère et permet une évolution et des prises de conscience.

Parlons-nous d’argent librement ? L’argent est plus ou moins tabou selon les sociétés. Comment parlons-nous d’argent, avec qui. ? Sommes-nous à l’aise de parler de nos succès ou soucis financiers ? Nous sentons-nous obligés de nous cacher si nous perdons notre emploi ? Les femmes ou les sociétés catholiques, par exemple, souvent mal à l’aise pour parler d’argent, sont-elles négativement impactées ? Parlons-nous du peu que nous octroyons aux plus déshérités de nos sociétés ?

Parlons-nous de notre sexualité ? Rêvons-nous d’une vie sexuelle épanouie, excitante, créative, tendre et respectueuse ? Dialoguons-nous en couple sur notre sexualité ? Quels sont nos sentiments par rapport à notre sexualité ? Sommes-nous à l’aise et heureux ? Nous sentons-nous coupable ou honteux ? Quand nous parlons de sexualité, parlons-nous de nos besoins ou en parlons-nous avec humour ou cynisme ? Parlons-nous de sexe ou de sexualité ? Les victimes d’abus sexuels parlent-elles, sont-elles écoutées, entendues et protégées ? Si nous nous sentons pudiques, des livres peuvent nous aider à explorer le sujet.

Parlons-nous de notre santé simplement ? Ne pas en parler nous a-t-il déjà empêché de nous soigner correctement ? Savons-nous où trouver de l’information ? Avec qui dialoguer ? Parlons-nous ouvertement de notre santé et de son coût ? Le secret médical peut-il entraver notre vision de problèmes sanitaires collectifs ?

Parlons-nous de nos sentiments sincères ? Sommes-nous pudiques avec nos sentiments ? Arrivons-nous à créer des liens chaleureux, fidèles et confiants auxquels nous aspirons profondément ? En intimité, savons-nous parler de nos sentiments sincères ?

Les secrets et tabous protègent-ils le manipulateur ou la victime ?

Il existe des secrets de manipulateurs et des secrets qu’on garde pour se protéger. Nos enfants apprennent la vie en la vivant avec nous, en nous regardant, et non en écoutant ce que nous leur disons. Gardons-nous des secrets ou partageons-nous avec eux les évènements de la vie ? Cette question peut être élargie au niveau d’un groupe ou d’une nation. Comment choisissons-nous les informations que nous transmettons et celles que nous gardons secrètes ? Donnons-nous assez d’informations aux membres du groupe ou aux citoyens pour leur permettre ensuite de prendre leurs décisions en toute connaissance de cause ?

Révéler le secret dans le respect, en préparant le terrain peut libérer.

Si vous me balancez un secret comme un missile, ça me crispe, sinon, je deviens beaucoup plus réceptive et la compréhension de la situation m’apaise, quelle qu’en soit l’horreur ou l’invraisemblance. Les secrets peuvent être purement techniques et faciles à garder. Qu’en est-il des secrets émotionnels et relationnels, peuvent-ils passer inaperçus dans notre cerveau et nos affects ou se mutent-ils en un poids psychique ? Ces secrets-là grignotent notre mental. Nous isolent-ils, nous rendent-ils clandestins de notre vie ? Nous sommes-nous déjà libéré d’un secret, cela nous a-t-il permis de retrouver la vie et de nager dans son flot naturel ?

Profil des protagonistes

Le manipulateur était un enfant manipulé.

J’ai remarqué qu’un manipulateur a toujours été, dans son enfance, un enfant manipulé. Les enfants apprennent la vie en la vivant, quel exemple avons-nous donné à nos enfants ? Nous adoptons tous des comportements plus ou moins manipulatoires à un moment, en tant que parent. Cela nous paraît plus simple ou plus rapide à court terme, mais quel modèle devenons-nous alors à long terme, quelle référence proposons-nous à nos enfants sur la vie relationnelle et émotionnelle ? Sommes-nous plus toxiques ou plus bienveillants envers nos enfants ? La différence entre un parent toxique et un parent bienveillant tient dans le lien chaleureux, l’empathie pour notre enfant, la reconnaissance de nos erreurs auprès de nos bambins et l’amour inconditionnel que nous leur offrons.

La mère peut être aussi manipulatrice que le père, voire plus. La manipulation est basée sur le contrôle, et parfois la menace et peut paraître une éducation stricte et ordinaire. Les menaces insécurisent l’enfant qui n’a pas le droit de se plaindre, ni de pleurer. La manipulation permanente est corrosive, elle ne transmet pas de chaleur humaine et l’amour est conditionnel. L’enfant ne se sent pas entendu, il se sent très seul alors qu’il a besoin de s’appuyer sur nous pour le guider et découvrir la vie. Des parents aimants, en revanche, sauront s’excuser, prendre en considération les émotions et sentiments de leur enfant et seront fondamentalement bienveillants. L’enfant apprend les stratagèmes de manipulation par l’exemple et n’a aucune conscience de son désert intime et de sa souffrance d’amour puisqu’il n’a aucun autre repère.

Certains sont si abîmés que leur développement cognitif et affectif se bloque très tôt. Ceux-là sont incapables d’autocritique et, une fois adultes, ils deviennent abusifs et se nourrissent de la souffrance de leur proie. Cette souffrance peut même créer une pathologie relationnelle comme celle des pervers narcissiques.

A quoi ressemble le manipulateur ?

Mieux nous apprenons à reconnaître un manipulateur et ses techniques, plus nous avons de chances d’arriver à le repérer pour refuser son emprise. Le manipulateur est une personne plutôt coupée de ses émotions. Dans une relation virtuelle, c’est souvent un groupe de malfaiteurs. De nos jours, toutes les images, voire même vidéos, peuvent être volées et trafiquées. Tant qu’aucune rencontre réelle n’a lieu, nous ne pouvons pas savoir si notre interlocuteur existe réellement. Il est impossible, dans une relation purement virtuelle, de savoir qui est vraiment notre interlocuteur.

Dans le réel, l’amoureux transis, le chef admiratif, le coach épris, le nouveau venu passionnel, connaissent tous les ressorts pour répondre à nos besoins inassouvis. Avec eux, nous pouvons ressentir une tendresse infinie, un amour authentique, une joie profonde, une estime de nous-même réelle. Mais en même temps, nous doutons de leurs intentions. Avec eux, nous nous sentons dans un environnement émotionnel, voire financier, psychique et intellectuel, instable et insécurisant.

Pour une personne physique, le premier profil est celui d’une personne à l’air très amical et d’apparence chaleureuse, quoique nous laissant souvent une gêne dès le premier échange. Elle a l’air d’avoir une confiance en elle inébranlable, qui en réalité est un bouclier étincelant qui cache un manque de confiance en soi très intime et enfoui. Si c’est un homme il aime souvent briller, et a parfois la folie des grandeurs. Si c’est une femme, elle peut mettre son nez partout pour nous donner des conseils, sur tout, avec une apparente générosité, qui en réalité est une prise de contrôle sur nos activités et relations.

Le second profil est celui d’un individu plus discret, qui reconnaît son manque de confiance en lui, tout en étant courageux, persévérant et ambitieux, mais encore une fois, il est toujours dans le contrôle et se nourrit de l’énergie de sa proie.

Dans les deux profils, la personne manipulatrice est intelligente, voire extrêmement intelligente et démontre une aisance verbale remarquable. Le verbe est son premier outil pour contrôler sa proie. Cette personne peut devenir physiquement ou sexuellement pressante, voire violente avec sa proie, par son discours hypnotique ou par la force. Dans tous les cas, l’individu manipulateur va chercher à contrôler sa victime et tous les aspects de sa vie. Le lien émotionnel sera chaotique et l’abuseur tirera les ficelles de la relation.

A quoi ressemble la victime ?

Nous aurions tendance à croire que les proies idéales du manipulateur ne sont que les hypersensibles avec leur empathie, leur écoute et leur générosité, autant de qualités que le vampire utilise pour créer un lien de dépendance. En réalité, nous avons vu dans le paragraphe sur l’égo que les méchants égocentriques sont tout aussi manipulables que les gentils empathiques. Ainsi tous les dictateurs et autres chefs autoritaristes autoproclamés sont peut-être souvent, en réalité, des personnalités faciles à placer à la tête d’une organisation ou d’un état, et faciles à manipuler. Le parcours d’Hitler en est un triste exemple. Sans être le sujet principal, dans son livre « Le problème Spinoza[i] », Irvin Yalom s’intéresse à la montée du nazisme et d’Hitler à sa tête. Il apparaît clairement, au cours du récit, que cet homme déséquilibré n’a absolument pas choisi sa place, il a été formé et installé et son égo lui a donné la rage de plaider et servir son idéologie effroyable. Est-ce que des influenceurs internationaux avaient intérêt à le voir à cette place ? De même, Napoléon admettra sur l’île de Sainte Hélène qu’il n’avait jamais prévu sa vie ainsi. L’Histoire du monde s’articule autour de nombreux dirigeants tyranniques qui sont montés, ont changé le cours de l’Histoire, puis ont été éconduits, sans réelle volonté personnelle au départ, d’occuper leur charge. Des groupes d’intérêts pourraient-ils favoriser la mise en place de certains dictateurs à la tête de nations ? Quels seraient leurs intérêts ?

Ce qui est sûr, c’est que certaines personnes se retrouvent manipulées dans des relations toxiques et d’autres pas. A partir de ce constat, il est indispensable de se poser la question, pourquoi nous ? Bien que nous n’ayons jamais cherché ce type de situation, nous avons mordu à l’hameçon du manipulateur, pourquoi ?

Une fois devenu.e adulte et victime d’un.e abuseur, être capable de comprendre la détresse invisible, et souvent inconsciente du manipulateur, peut nous aider à réagir avec plus d’assertivité à son comportement abusifet à nous éloigner de lui sans rancœur. Quoi qu’il en soit, la seule manière de retrouver notre indépendance, sans passer d’une relation toxique à une autre, est de prendre conscience de nos forces motrices et nos valeurs pour choisir de façon éclairée nos pertes et nos gains personnels. Pour refuser les bénéfices secondaires et retrouver notre autonomie.


[i] Le problème Spinoza – Irvin Yalom – Librairie Eyrolles – 2014

Terreau de manipulation


Ego et humilité face à la manipulation.

Aux deux extrémités de la personnalité, l’égo peut être soit surdimensionné et créer une personnalité égoïste ou égotique, soit sousdimensionné et créer une personnalité à l’humilité ou la passivité démesurée. Ces défauts permettent au manipulateur d’attirer, soit des personnes brillantes, reconnues et égotiques en comblant leur besoin de se sentir des gens bien, soit des personnes brillantes, peut sûres d’elles-mêmes, hyperempathiques et généreuses en comblant leur besoin d’être reconnues.

Ces deux extrêmes apportent des réponses insatisfaisantes à nos besoins d’estime de nous par nous-même ou par les autres.

  • L’individu égocentrique se sentira peut-être très admiré mais manquera souvent d’estime de lui-même, sentiment bien déguisé. Son avidité à redorer son image vis-à-vis de lui-même lui fera désirer tous les messages usurpateurs du manipulateur qui peut l’abuser en lui permettant de s’approprier des qualités personnelles : tu dois être si fier, où vas-tu trouver toutes ces ressources ? Quelle générosité, perspicacité, efficacité…
  • L’individu trop modeste aura peut-être une très bonne estime de lui-même mais manquera de reconnaissance par les autres. Sa soif de reconnaissance et de pommade lui fera attraper en vol tous les messages usurpateurs du manipulateur qui peut ensuite l’abuser en lui attribuant des qualités personnelles : tu es si intelligent, si beau, si compétent, si drôle…

Notre égo et notre humilité seront à même de nous aider à nous développer harmonieusement, uniquement si nous les cultivons avec équilibre.

  • L’égo nous permet de passer à l’action sans réfléchir aux conséquences.
  • L’humilité nous permet de prendre de la distance, nous poser des questions, tout en restant passif.

Un égo développé de façon équilibré nous apporte donc une force incroyable qui balance la force d’action et la capacité de remise en cause.

Sur une échelle nuancée entre l’arrogance puante et l’effacement soumis,
il existe de nombreuses façons d’affirmer notre égo et notre humilité vis-à-vis de nous-même et des autres.

L’ignorance est le terreau de la manipulation.

Avons-nous conscience que nos secrets favorisent la manipulation ? Gardons-nous volontairement des secrets ou retenons-nous volontairement des informations pour cacher des situations aux personnes impactées dans l’intention de les manipuler ? Si non, avons-nous conscience qu’en rendant les gens ignorants, nous les rendons manipulables ? La transmission d’informations est une obligation minimum pour laisser aux individus la liberté de choisir en connaissance de cause. Les secrets pour cacher une vérité peu avouable sont-ils démocratiques ? Qui protègent-ils vraiment, sinon le coupable ou le manipulateur ?

En acceptant de piétiner nos valeurs, nous créons un terrain qui peut devenir notre talon d’Achille.

Une personne, un discours, une image ou un film peuvent nous inciter au meilleur ou à la corruption, à des pratiques scandaleuses ou immorales. Avons-nous l’impression d’avoir été piégé ? Avons-nous eu le choix de refuser une situation qui nous rend publiquement vulnérable ? Aurions-nous pu être incité à accepter des pratiques indignes avec l’intention de nous rendre manipulable ? Subissons-nous un chantage ? Pouvons-nous dénoncer cette manipulation ? Pourquoi ?

Les scandales sont-ils démocratiques ?

Même si les scandales permettent de dénoncer des affaires coupables, mettre en lumière ces histoires sous forme de scandale est-il démocratique ? Les rumeurs peuvent-elles être coupables ? Comment laissons-nous aux accusés la présomption d’innocence quand nous placardons leurs noms avant d’être certains ? Tout scandale peut-il être manipulatoire ? Quand éclate le scandale ? Quelle personnalité écarte-t-il ? Quel autre sujet d’actualité évince-t-il ? Combien de scandales, ou d’évènements déclencheurs portées aux nues, ont infléchi le cours de l’histoire de nos démocraties ? Les journalistes ont-ils été manipulés à leur insu pour enquêter sur un sujet ? Qui les a conduits à partir dans cette direction ? Qui est commanditaire ? Qui finance ? Qui trouve un bénéfice caché à l’exposition de ce scandale ? A qui ont bénéficié ces scandales sur le très long terme ? Quelle personnalité mettent-ils au-devant de la scène ? Combien de scandales ont modifié le résultat d’une élection présidentielle ou déclenché des émeutes ou des guerres ?

Quand nous déclenchons un scandale pour dénoncer, à juste titre, avec une intention démocratique de transparence, des pratiques frauduleuses et injustes, sommes-nous sûr de nos informations ? Le scandale est-il la meilleure façon de dénoncer cet abus pour s’assurer d’obtenir justice et réparation de la part des coupables ?

Le droit à l’erreur est une exigence en démocratie.

Quand nous croyons que nous n’avons pas droit à l’erreur, toute erreur, particulièrement dans la sphère publique, peut devenir fatale et peut être transformée en scandale qui élimine les uns ou les autres du paysage. Le scandale est-il la meilleure façon de dénoncer ?

Les leaders charismatiques au tempérament optimiste et battant réfléchissent-ils à se prémunir d’un potentiel scandale ? Ont-ils construit leur forteresse défensive pour éviter les attaques, si non, sont-ils les premiers à tomber ? Demander réparation à une personne publique pour son erreur est démocratique. L’éliminer à cause d’une erreur tue la démocratie. Celui qui s’excuse honnêtement, apporte réparation à son erreur, apprend et ne la répète pas est en processus d’apprentissage et de croissance.

Celui qui s’excuse honnêtement, apporte réparation à son erreur,
apprend et ne la répète pas, est en processus d’apprentissage et de croissance, il favorise une organisation apprenante.

Une personne touchée par un scandale dérange la bonne marche de son groupe d’appartenance et c’est souvent des gens de valeur qui sont éliminés. Nous avons besoin de connaître les sources d’information et de financement des campagnes de dénigration pour comprendre qui ressort gagnant grâce à cette éviction.  

Nous sentons-nous manipulés ou guidés ?

Une subtile présence intrusive dans ma vie m’a encouragée à développer et structurer mes idées pour ce livre, tout en m’aidant à aiguiser mon intelligence, approfondir ma compréhension de la nature humaine et des équilibres sociétaux, et à sentir ma part de responsabilité pour notre avenir commun. Ce faisant, j’ai perdu pied dans la vie réelle. A un moment, je me suis sentie guidée, mais ce grand écart entre mon écrit et ma réalité m’a laissé la sombre impression d’être manipulée et a fait remonter le souvenir d’une histoire que ma sœur m’avait racontée quand j’avais quinze ans.

C’était dans une jolie ville pimpante, les gens s’habillaient de toutes les couleurs et s’amusaient beaucoup. Le parfum des fleurs et le tapis herbeux, dense et confortable, invitait à faire des siestes bucoliques dans le parc. Tous les habitants travaillaient pour l’entreprise de poupées de la ville et leurs jouets étaient envoyés aux quatre coins du pays. Les gens étaient contents de savoir que leurs poupées égayaient les foyers. Mais un jour, une personne eut un flash, elle eut l’impression qu’elle était en train de construire des armes. Plusieurs fois, elle eut cette impression les jours suivants, jusqu’à ce qu’elle comprenne que tous les ouvriers fabriquaient des armes en étant hypnotisés par les écrans qu’ils regardaient en travaillant. Ils croyaient qu’ils produisaient des poupées, mais c’était une pure illusion, une vue de l’esprit, les produits qui sortaient de l’usine étaient bel et bien des armes. L’histoire s’achevait sur cette question : « Si tu étais cette personne, préférerais-tu savoir ou n’avoir jamais eu de flash ? »

Nous sentons-nous guidés ou manipulés ? Nous sentons-nous parfois hypnotisés par notre environnement et nos sources d’informations ? Avons-nous l’impression de penser et de vivre dans notre singularité, en référence à nos besoins profonds ? Prenons-nous des décisions pour créer notre rêve personnel et collectif dans un monde vivant ?

Manipulation et discernement

« Donne le doigt au diable et il voudra ta main. »

Proverbe russe

Pourquoi cédons-nous à la tentation ?

Pourquoi donnons-nous notre doigt au diable ? Il est tellement facile de se laisser corrompre que les films présentent souvent la corruption comme une contrainte inhérente à certaines professions ou fonctions. Chaque victime consentante, ou piégée, devient un maillon faible de notre société entière qui réduit la liberté de notre nation.

Quand avons-nous basculé, quel appât nous a séduit au point que nous acceptions d’écraser nos valeurs ? Jusqu’où sommes-nous allés dans la négation du sens de notre action ? Quelle estime de nous-même avons-nous ? Sommes-nous à l’aise avec nos décisions et actions, ou nous mentons-nous à nous-même ou à nos proches pour cacher notre culpabilité, honte ou apparente indifférence lancinante ? Nous sentons-nous libres de prendre nos décisions en notre âme et conscience ? Si non, qu’est-ce qui nous en empêche, quels sont nos intérêts personnels à accepter de prendre des décisions à impact collectif qui vont à l’encontre de nos convictions et nos valeurs ? Avons-nous le choix d’accepter ou non la manipulation ? Pourquoi ?

Le droit d’aimer

Pas de tendre souffrance
Elle est profonde et immense 
Perte de références 
A la recherche du sens 
Les hommes sont devenus fous 
Plus de garde-fous
Leurs lances percent les cœurs
Plus de ciel, plus de douceur 
Un monde en échiquier 
Je me sens pion sur les pavés 
Où trouver l’espoir 
Sur ces tristes trottoirs ? 
A quoi rime la vie 
Où sont parties mes envies ? 
Que va-t-on devenir ? 
Quel sera notre avenir ? 
Choisirons-nous le bonheur 
Ou le pouvoir en leurre ? 
Je veux vivre en liberté 
Droit de rire et droit d’aimer 
Ensemble, honorer la vie 
Et la vivre à l’envi 

Amour humain

Devenons la personne que l’autre attend.

Pensons à la personne qui nous attend plutôt qu’à celle dont nous rêvons.Si nous reprenions le temps de nous relier ? Aujourd’hui, dans nos sociétés pressées, nous allons tellement vite que beaucoup ne prennent plus le temps d’être patients pour apprendre à se relier et à s’aimer. Et si nous réapprenions à prendre le temps de vivre et d’aimer ? Comment pouvons-nous progresser pour créer des liens plus satisfaisants ? Les robots vont-ils nous faire prendre conscience de notre besoin de lien en humanité ? Quelle est notre capacité à créer des liens humains et humanisés ? Est-ce que cette aptitude est étudiée par la science ?

Et si nous devenions cette personne que l’autre attend plutôt que d’attendre la personne de nos rêves ?

Les enfants sont des mini-copies de leurs parents.

Quand nous parlons de couple sérieusement, vient souvent la question des enfants. Avons-nous des enfants ? Avons-nous observé comme ils sont un doux mélange des traits de personnalité du papa et de la maman ? Les enfants sont toujours ceux de leurs parents, quelle que soit la qualité du lien, même s’ils développent leur propre personnalité. Avant d’avoir des enfants avec notre partenaire, nous sommes-nous assuré que nous souhaitons sa mini-copie évoluée ?

Savons-nous ce qu’est l’amour humain ?

J’ai aimé comme j’ai pu, avec des références bancales, avec mes blessures d’amour, en allant chercher en dehors de moi, incluant dans la religion, ce que je connaissais mal. Même quand j’ai rencontré mon mari, je me demandais si c’était ou non de l’amour. Ce que j’ai peu à peu compris, c’est que l’amour est d’abord et avant tout un échange émotionnel. L’amour est un sentiment nourri d’émotions. Pour faire vivre une relation, nous avons besoin d’échanger nos émotions, toutes nos émotions. Dans une relation aimante, si nous entendons la joie de l’autre, elle nous irradie, si nous entendons sa tristesse ou sa colère, nous comprenons mieux l’autre, nous avons envie de l’aider. Nous vivons ensemble. C’est la raison pour laquelle l’alphabétisation émotionnelle est si importante. Savoir dire à l’autre ce que nous ressentons, non seulement nous fait du bien, mais nourrit le lien avec l’autre et permet l’échange, bien plus qu’un bon restaurant ou que deux jours dans un hôtel de rêve. Les endroits magiques aident à vivre des instants magiques, mais sans l’échange d’émotions, ils entrent dans un catalogue, pas dans une expérience de vie. Quelle expérience nous fait penser que nous avons partagé un vrai amour ? Avec des parents, un.e chéri.e, des enfants, qui ? Comment définirions-nous cet amour ?

Avec nos enfants, nous pouvons découvrir l’amour humain.

Avec mes enfants, j’ai découvert la difficulté d’aimer sans condition, chaque jour et chaque heure, indéfectiblement des êtres humains. C’est exigeant, nourrissant et chaleureux. Nourrissons-nous notre besoin d’absolu en nous intéressant à nos pairs et aux personnes que nous aimons ? Avons-nous des enfants, des neveux ou des nièces, des filleuls ? Qu’avons-nous découvert de l’amour humain en aimant ces petits êtres en croissance ?

Amour et haine sont-ils le même sentiment ?

Avec les enfants, j’ai été confrontée à mes plus beaux sentiments et ma pire violence. Même dans mes pires colères, j’ai toujours ressenti que j’aimais mes deux trésors. Mais quand notre réservoir d’amour est vide, est-ce qu’aimer et adorer peut se transformer en détester et haïr ? Ces sentiments seraient-ils tous le même à des extrémités opposées ?

Plutôt que de glisser vers nos sentiments ténébreux, pourrions-nous regarder nos blessures profondes pour les soigner en partie et réduire ces béances d’amour afin de préserver les gens que nous aimons de nos propres déchirures ? Est-ce que l’amour se déploie dans la bienveillance et la tendresse et la haine face à l’isolement, l’injustice et l’abus ?

L’amour serait-il notre nature profonde d’être humain et la violence, notre réaction à l’amour piétiné au fond de nos entrailles, liée à nos blessures d’amour ? Sommes-nous à l’aise avec cette la dualité sentimentale amour-violence, la voyons-nous à l’intérieur ou à l’extérieur de notre être ?Est-ce qu’amour et haine sont trésors et blessures intérieures que nous avons besoin de regarder en face pour grandir ?

Le chemin de devenir en capacité d’aimer donne du sens à notre vie.

Nous oublions-nous dans notre relation à Dieu ou aux autres ? Savons-nous nous affirmer dans le respect de l’autre ? Nous autocentrons-nous sur nos besoins ? Est-ce que nous nous aimons nous-même ?

Est-ce que nous apprenons à aimer dans des relations concrètes ? L’amour nous a-t-il encouragé à nous dépasser ? L’amour nous donne-t-il de la force ? En même temps, une fois que nous aimons, nous nous sentons vulnérable, car toute relation d’amour peut être abîmée ou rompue, et alors nous souffrons. Choisir d’aimer et d’apprendre à toujours aimer mieux donne-t-il, malgré tout, du sens à notre vie ?
Voudrions-nous réapprendre à créer des relations chaleureuses et constructives ?

Chaudoudoux

Enfant, j’ai eu la chance de lire « Le conte chaud et doux des Chaudoudoux[1] », il m’a raconté l’art d’être heureux et de rendre les autres heureux, la joie de donner et de recevoir. L’histoire se passe dans un pays lointain, il y a fort longtemps. Les gens s’échangeaient des chaudoudoux, ils étaient inépuisables. Chaque fois que quelqu’un recevait un chaudoudoux, il se sentait immédiatement chaud et doux de partout, c’était gratuit et ils s’échangeaient des chaudoudoux à longueur de journée.

La sorcière qui cherchait à développer son commerce sema le doute dans l’esprit des villageois pour leur vendre les froids-piquants qu’elle avait inventés. Ça coûtait cher et les gens commençaient à compter, éliminant presque les chaudoudoux dont ils avaient soudain peur de manquer.

Quand Julie Doux arriva dans le village, elle n’avait jamais entendu parler de la pénurie et offrit gratuitement des chaudoudoux à tous ceux qu’elle rencontrait. Les enfants l’adoraient car ils se sentaient bien avec elle et eux aussi se mirent à distribuer des chaudoudoux quand ils en avaient envie, comme au bon vieux temps.

Nous l’aurons compris, les chaudoudoux sont toutes ces marques d’attention et de bienveillance que nous pouvons échanger et qui nous réchauffent autant que celui qui reçoit. Les froids-piquants représentent toutes ces piques que nous nous envoyons en guise d’interaction, mais qui nous laissent un peu pantois. Ce conte traite non seulement du partage inconditionnel et de la peur de manquer qui détériore les relations humaines, mais aussi de l’espoir et d’un changement possible. Pouvons-nous continuer à être gentils ? Voulons-nous créer des liens pour le plaisir de l’échange ?

Comment se connecter à notre humanité face au grand nombre ?

Si nous entendons que cent-vingt personnes sont décédées aujourd’hui du virus, entendons-nous parler de vies disparues ou entendons-nous un chiffre ? Nous sentons-nous concerné ? Si notre ami nous dit que sa mère vient d’être emportée, sommes-nous touché ? Comment réagissons-nous face aux chiffres ? Gardons-nous notre humanité ? Si nous entendons parler de cette caissière ou cette soignante, cela nous fait-il réaliser l’importance de son rôle, son engagement malgré le risque pris face au virus et sa vie financière et organisationnelle difficile ? Nous sentons-nous plus concerné par cette femme que par des chiffres ? Qu’est-ce que la vie sans aimer ?

Le droit d’aimer
Pas de tendre souffrance
Elle est profonde et immense
J’ai perdu mes références
A la recherche du sens
Les hommes sont devenus fous
Plus de garde-fous
Leurs lances percent mon cœur
Plus de ciel, plus de douceur
Un monde en échiquier
Je me sens pion sur les pavés
Où trouver l’espoir
Sur ces tristes trottoirs ?
A quoi rime la vie
Où sont parties mes envies ?
Que va-t-on devenir ?
Quel sera notre avenir ?
Choisirons-nous le bonheur
Ou le pouvoir en leurre ?
Je veux vivre en liberté
Droit de rire et droit d’aimer
Ensemble, honorer la vie
Et la vivre à l’envi

Quelle place donnons-nous à l’amour dans notre vie ?

Nous sommes revenus hier de Dübendorf, j’y ai emmené mon fils passer un test pour tenter de rejoindre la section des parachutistes pour son futur service militaire, obligatoire en Suisse. Sur la route du retour, il me racontait ses épreuves puis nous avons abordé les perspectives de la vie militaire, le sens de la mission de ces hommes et de ces femmes qui sont prêts à mettre leur vie en péril pour défendre leur patrie, ce qui nous a entraînés sur des discussions plus générales, évoquant les guerres et le sens de la vie. Il s’est bien moqué de moi quand je lui ai parlé de la beauté comme sens de la vie. Voici une bribe de notre dialogue :

– Arrête avec tes trucs philosophiques, moi je ne me pose pas ce genre de questions.

– Quand j’avais ton âge, j’ai participé à un camp qui s’appelait « Réussir sa vie », nous nous interrogions sur ce que ça voulait dire pour nous, qu’est-ce que c’est pour toi, réussir ta vie ? Ça a quel sens pour toi ?

– Déjà là, tu vois, rien que la question, ça ne m’intéresse pas. Vivre, ça veut dire survivre, on n’a pas le choix.

– Survivre, seulement ? Pourtant tu me dis que tu es fier de toi et que tu as plein de projets et dans mon cœur, t’aimer, te voir vivant, ça a du sens. Se sentir vivant, ça a du sens.

– Mais maman, c’est pareil, on est bien obligé d’aimer pour survivre.

– On est bien d’accord 🙂

Nous n’avons pas les mêmes approches mais le même élan du cœur. Est-ce que l’essence de notre humanité n’est pas notre capacité d’aimer ? Aimer l’autre, n’est-ce pas lui permettre d’être lui-même dans son entier, ses besoins et ses choix ? Suivre notre cœur en gardant notre tête, et en respectant notre corps peut-il nous aider à nous sentir vivant, voire heureux ? Se centrer sur un sentiment d’amour authentique, peut-il nous aider à nous éloigner des manipulateurs ?


[1] Le conte chaud et doux des chaudoudoux – Claude Steiner – Librairie Eyrolles – 2009