Profil des protagonistes

Le manipulateur était un enfant manipulé.

J’ai remarqué qu’un manipulateur a toujours été, dans son enfance, un enfant manipulé. Les enfants apprennent la vie en la vivant, quel exemple avons-nous donné à nos enfants ? Nous adoptons tous des comportements plus ou moins manipulatoires à un moment, en tant que parent. Cela nous paraît plus simple ou plus rapide à court terme, mais quel modèle devenons-nous alors à long terme, quelle référence proposons-nous à nos enfants sur la vie relationnelle et émotionnelle ? Sommes-nous plus toxiques ou plus bienveillants envers nos enfants ? La différence entre un parent toxique et un parent bienveillant tient dans le lien chaleureux, l’empathie pour notre enfant, la reconnaissance de nos erreurs auprès de nos bambins et l’amour inconditionnel que nous leur offrons.

La mère peut être aussi manipulatrice que le père, voire plus. La manipulation est basée sur le contrôle, et parfois la menace et peut paraître une éducation stricte et ordinaire. Les menaces insécurisent l’enfant qui n’a pas le droit de se plaindre, ni de pleurer. La manipulation permanente est corrosive, elle ne transmet pas de chaleur humaine et l’amour est conditionnel. L’enfant ne se sent pas entendu, il se sent très seul alors qu’il a besoin de s’appuyer sur nous pour le guider et découvrir la vie. Des parents aimants, en revanche, sauront s’excuser, prendre en considération les émotions et sentiments de leur enfant et seront fondamentalement bienveillants. L’enfant apprend les stratagèmes de manipulation par l’exemple et n’a aucune conscience de son désert intime et de sa souffrance d’amour puisqu’il n’a aucun autre repère.

Certains sont si abîmés que leur développement cognitif et affectif se bloque très tôt. Ceux-là sont incapables d’autocritique et, une fois adultes, ils deviennent abusifs et se nourrissent de la souffrance de leur proie. Cette souffrance peut même créer une pathologie relationnelle comme celle des pervers narcissiques.

A quoi ressemble le manipulateur ?

Mieux nous apprenons à reconnaître un manipulateur et ses techniques, plus nous avons de chances d’arriver à le repérer pour refuser son emprise. Le manipulateur est une personne plutôt coupée de ses émotions. Dans une relation virtuelle, c’est souvent un groupe de malfaiteurs. De nos jours, toutes les images, voire même vidéos, peuvent être volées et trafiquées. Tant qu’aucune rencontre réelle n’a lieu, nous ne pouvons pas savoir si notre interlocuteur existe réellement. Il est impossible, dans une relation purement virtuelle, de savoir qui est vraiment notre interlocuteur.

Dans le réel, l’amoureux transis, le chef admiratif, le coach épris, le nouveau venu passionnel, connaissent tous les ressorts pour répondre à nos besoins inassouvis. Avec eux, nous pouvons ressentir une tendresse infinie, un amour authentique, une joie profonde, une estime de nous-même réelle. Mais en même temps, nous doutons de leurs intentions. Avec eux, nous nous sentons dans un environnement émotionnel, voire financier, psychique et intellectuel, instable et insécurisant.

Pour une personne physique, le premier profil est celui d’une personne à l’air très amical et d’apparence chaleureuse, quoique nous laissant souvent une gêne dès le premier échange. Elle a l’air d’avoir une confiance en elle inébranlable, qui en réalité est un bouclier étincelant qui cache un manque de confiance en soi très intime et enfoui. Si c’est un homme il aime souvent briller, et a parfois la folie des grandeurs. Si c’est une femme, elle peut mettre son nez partout pour nous donner des conseils, sur tout, avec une apparente générosité, qui en réalité est une prise de contrôle sur nos activités et relations.

Le second profil est celui d’un individu plus discret, qui reconnaît son manque de confiance en lui, tout en étant courageux, persévérant et ambitieux, mais encore une fois, il est toujours dans le contrôle et se nourrit de l’énergie de sa proie.

Dans les deux profils, la personne manipulatrice est intelligente, voire extrêmement intelligente et démontre une aisance verbale remarquable. Le verbe est son premier outil pour contrôler sa proie. Cette personne peut devenir physiquement ou sexuellement pressante, voire violente avec sa proie, par son discours hypnotique ou par la force. Dans tous les cas, l’individu manipulateur va chercher à contrôler sa victime et tous les aspects de sa vie. Le lien émotionnel sera chaotique et l’abuseur tirera les ficelles de la relation.

A quoi ressemble la victime ?

Nous aurions tendance à croire que les proies idéales du manipulateur ne sont que les hypersensibles avec leur empathie, leur écoute et leur générosité, autant de qualités que le vampire utilise pour créer un lien de dépendance. En réalité, nous avons vu dans le paragraphe sur l’égo que les méchants égocentriques sont tout aussi manipulables que les gentils empathiques. Ainsi tous les dictateurs et autres chefs autoritaristes autoproclamés sont peut-être souvent, en réalité, des personnalités faciles à placer à la tête d’une organisation ou d’un état, et faciles à manipuler. Le parcours d’Hitler en est un triste exemple. Sans être le sujet principal, dans son livre « Le problème Spinoza[i] », Irvin Yalom s’intéresse à la montée du nazisme et d’Hitler à sa tête. Il apparaît clairement, au cours du récit, que cet homme déséquilibré n’a absolument pas choisi sa place, il a été formé et installé et son égo lui a donné la rage de plaider et servir son idéologie effroyable. Est-ce que des influenceurs internationaux avaient intérêt à le voir à cette place ? De même, Napoléon admettra sur l’île de Sainte Hélène qu’il n’avait jamais prévu sa vie ainsi. L’Histoire du monde s’articule autour de nombreux dirigeants tyranniques qui sont montés, ont changé le cours de l’Histoire, puis ont été éconduits, sans réelle volonté personnelle au départ, d’occuper leur charge. Des groupes d’intérêts pourraient-ils favoriser la mise en place de certains dictateurs à la tête de nations ? Quels seraient leurs intérêts ?

Ce qui est sûr, c’est que certaines personnes se retrouvent manipulées dans des relations toxiques et d’autres pas. A partir de ce constat, il est indispensable de se poser la question, pourquoi nous ? Bien que nous n’ayons jamais cherché ce type de situation, nous avons mordu à l’hameçon du manipulateur, pourquoi ?

Une fois devenu.e adulte et victime d’un.e abuseur, être capable de comprendre la détresse invisible, et souvent inconsciente du manipulateur, peut nous aider à réagir avec plus d’assertivité à son comportement abusifet à nous éloigner de lui sans rancœur. Quoi qu’il en soit, la seule manière de retrouver notre indépendance, sans passer d’une relation toxique à une autre, est de prendre conscience de nos forces motrices et nos valeurs pour choisir de façon éclairée nos pertes et nos gains personnels. Pour refuser les bénéfices secondaires et retrouver notre autonomie.


[i] Le problème Spinoza – Irvin Yalom – Librairie Eyrolles – 2014

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s